‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 224 sur 287 · Annales politiques, t. II, p · texte numérisé non relu

Annales politiques, t. II, p

crable. Et après avoir chaleureusement plaidé la cause de la vie future, il ajouta : « Madame Deshoulières qui avait, dit-on, tant d'esprit n'en avait pas assez pour s'apercevoir que son opinion sur l'anéantissement de l'âme humaine était une opinion qui la déshonorait elle-même et qui flétrissait sa réputation parmi les personnes les plus sages et les plus sensées ^. »

Une autre fois, c'est la fameuse comparaison du philosophe de Ferney entre l'âme de Newton et celle de son chien qui indigne notre bon abbé : « L'âme du chien de Newton à six mois, disait Voltaire, avait plus de connaissance et de perception distinctes que l'âme de Newton au même âge. On peut donc les considérer toutes deux, comme étant de la même nature. Or, l'âme du chien a été anéantie à sa mort, donc il en a été de même de l'âme de Newton. )) Vous raisonnez mal, répliqua l'abbé ^, car de la différence qui existe entre l'âme du chien de Newton à six mois et l'âme de Newton au même âge, différence qui est si fort à l'avantage du chien, vous devriez conclure que l'âme de celui-ci est supérieure à celle de son maître. Pourquoi ne le faites- vous pas ? Moi, je ne les prends pas à six mois. Je les prends à vingt ans et je vois que l'âme de Newton est incomparablement supérieure à l'âme de son chien. Que répondez-vous ? Que l'âme du chien serait ce qu'est l'âme de Newton si elle était dans le corps de Newton et réciproquement. Qu'en savez-vous ? Vous supposez précisément ce qui est en question à savoir que l'âme dépend de la machine qui l'enferme, et je crois, moi, que les deux substances que l'on appelle le corps et l'âme sont complètement distinctes. »

Il faut bien reconnaître que de ce duel ce n'est pas l'abbé qui sort vaincu et l'on s'explique qu'avec son caractère vindicatif. Voltaire lui en ait gardé rancune d'autant plus que l'abbé ne se gêne pas pour qualifier son écrit d'infâme et provoquer contre lui toutes les sévérités de la justice. « C'est aux parlements qui ont soin de la police, dit-il, à condamner sévèrement ces sortes d'écrits. »

De ce que l'abbé de Saint-Pierre se fait le champion — et le champion intolérant — de l'immortalité de l'âme, il serait

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