Ouvrages de politique et de morale, t. XIII, p
2. Ihid., t. XIII, p. 51-63. Observation sur deux lettres sur la nature de Vâme humaine attribuées faussement à M. de Voltaire.
LA RELIGION DE l'aBBÉ DE .SAINT-BIERRE 'i07
excessif de conclure qu'il est convaincu de l'existence d'un paradis et d'un enfer. Non, sa foi ne repose que sur ce fait « qu'il y a pour les bienfaisants plus de vraisemblance suffisante pour croire l'immortalité de leur âme après leur mort, que pour croire son anéantissement » « L'opinion de l'immortalité est pour l'homme le parti le plus désirable et le plus vraisemblable ^ », cela lui suffit. Il dit même quelque part ^ à propos des preuves de la vie future : (( Il ne s'agit pas ici de certitude et de démonstration, il ne s'agit que de probabilité, de vraisemblance pour fonder notre désir, notre espérance, notre passion pour le Paradis. »
Le fond de sa pensée, c'est c|u'un Dieu justicier est très utile et très conforme à nos intérêts en ce qu'elle éloigne les autres de nous faire du mal et qu'elle peut nous exciter à leur faire du bien. Voilà la seule raison pour laquelle l'abbé de Saint-Pierre va même jusqu'à vouloir livrer au bras séculier celui qui nie l'immortalité de l'âme. Il se rattache à cette école qui trouve bon de se servir d'un Dieu (qu'il existe ou qu'il n'existe pas, peu importe), afin de remplacer les gendarmes et qui, sans croire elle-même à la religion, estime qu'il en faut une pour ce qu'elle appelle la canaille. Otons au dogme de l'immortalité de l'âme la grande utilité pratique qu'il peut avoir dans la société, il est hors de doute que l'abbé de Saint-Pierre ne s'en fût jamais occupé et que les théophilanthropes de la Révolution n'auraient pas eu l'avantage de le plagier. Car, on le sait, leur but était de remplacer les cultes « mystérieux et superstitieux » par une religion basée sur la morale. Mais comme une religion, si morale qu'elle soit, ne peut se passer d'une base et d'une sanction, on avait introduit dans la religion de la théophilanthropie deux dogmes, ceux de Robespierre : l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme. C'était bien la même doctrine que celle de l'abbé de Saint-Pierre ; et comme le nom qu'ils ont pris aurait convenu au bon abbé : Théophilanthrope, ami de Dieu et surtout ami des hommes, n'est-ce pas ainsi qu'il nous apparaît au début du xviii^ siècle !
Les encyclopédistes ne suivront pas l'abbé de Saint-Pierre sur le terrain de l'immortalité de l'âme. Sans doute, ils estimeront