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Le petit poisson et le pêcheur

LA RELIGION DE l'aBBÉ DE SAINT-PIERRE 300

fessions du corps politique, écrit-il ^. Ce n'est pas que cette profession soit regardée par les gens de bon esprit comme la plus utile de la république ; mais nous tenons nos coutumes de nos ancêtres ignorants et plus l'ignorance du peuple sera grande, plus il sera disposé à passer au clergé ses préséances anciennes. » La constatation est juste, du moins en ce sens que l'utilité du prêtre devenait de plus en plus discutée à mesure que la foi disparaissait aussi bien chez les ecclésiastiques que chez les laïques et la préséance du clergé sur les autres ordres n'avait plus guère pour base que la tradition.

La tradition ! Elle importe peu à notre époque et l'incroyant conclurait ' de nos jours, non sans logique : Puisque le prêtre remplit un rôle inutile, supprimons-lui tout caractère officiel et ne le mettons pas au rang de ceux qui assurent le bon fonctionnement des services publics.

Au début du xviii^ siècle, la tendance est toute différente, encore bien que les monuments basés sur la tradition commencent à s'effriter. Les déistes sont d'avis de garder le prêtre — le curé, pour parler plus exactement — en lui donnant une nouvelle raison d'exister, c'est-à-dire en le transformant en un officier de police morale, en un mandataire temporel de ses ouailles, en un bonhomme d'humeur douce et tranquille qui rend service à tout le monde et qui s'occupe très peu du dogme religieux et des controverses théologiques. Leur type de curé, monseigneur Myriel devait le réaliser avant de devenir l'évêque de Digne dont Victor Hugo célébra les vertus ^.

L'abbé de Saint-Pierre est le premier de ses contemporains à noter avec quelques détails ces idées qui commençaient à devenir communes. Nous ne saurions mieux faire, pour les résumer, que de citer une page que nous empruntons au Mémorial de Sainte- Hélène : (( Plus les curés sont éclairés, disait l'empereur, moins ils sont portés à abuser de leur ministère. Aussi à leur cours de théologie aurait-il voulu qu'on eût joint un cours d'agriculture et les éléments de la médecine» et du droit. Par là, disait-il, le dogme et la controverse, qui ne sont que le cheval de bataille

1. Annales Politiques. Discours Préli7ninaire. Ce passage, que les éditions des Annales n'ont pas reproduit, se trouve dans le manuscrit 950 de Rouen.

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