‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 228 sur 287 · Les Misérables. I^^^ partie, livre I · texte numérisé non relu

Les Misérables. I^^^ partie, livre I

et les armes du sot et du fanatique, fussent insensiblement devenus plus rares dans la chaire. Il ne serait plus guère demeuré que la pure morale, toujours belle, toujours éloquente, toujours persuasive, toujours écoutée et, comme on aime d'ordinaire à parler de ce qu'on sait, ces ministres d'une religion toute de charité eûssent pu donner de bons conseils contre la chicane et de bons avis aux malades, tous y eûssent gagné » Plus de discussions théologiques, l'enseignement de la morale excluant tout autre enseignement, les attributions du prêtre étendues aux questions temporelles, tels sont les trois points dont parlait Napoléon. On serait tenté de croire — et du reste le fait n'aurait rien de surprenant — qu'il a lu l'abbé de Saint-Pierre, car ce sont ces mêmes sujets qui intéressent le bon abbé.

Il a écrit un Projet pour faire cesser les disputes séditieuses des théologiens ^ qui troublent la société. Le gouvernement ne doit permettre aucune querelle entre les citoyens de la même république et moins encore aucune formation de deux partis dans l'Etat. Il est de son devoir d'obliger les adversaires au silence « sous des peines suffisantes et inévitables ^. » En admettant même que des erreurs se soient glissées dans l'interprétation des dogmes, ces erreurs sont de peu de conséquence. « Le zèle pour la charité chrétienne, pour la tranquillité publique et pour la concorde des chrétiens est encore plus recommandé par la même rehgion et par le même Evangile que n'est la connaissance de certaines vérités théologiques et mystérieuses qui ne sont point dans le formulaire ancien de confession de foi que nous appelons le Credo qui suffisait au temps des apôtres ^. » Il est préférable qu'une nation demeure dans la paix avec le mal que peut causer une erreur que de la voir sacrifier la tranquillité publique à la recherche d'une vérité. Aussi, dans l'intérêt de tous, le magistrat de police doit-il imposer « un silence entier et continuel » dans la chaire, dans les écrits et dans les assemblées sur toutes les matières théologiques qui peuvent prêter à discussion ^.

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