‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 231 sur 287 · Ms. Genty · texte numérisé non relu

Ms. Genty

LA RELIGION DE l'aBBÉ DE SAINT-PIERRE 313

Dans l'impossibilité légale où ils devaient être de discuter théologie et n'ayant plus à rédiger eux-mêmes leurs sermons, qu'auraient donc à faire les curés ? Eh bien ils s'emploieraient à des choses utiles. « Il serait de la bonne politique qu'ils pûssent soulager le corps a,ussi bien que l'âme... Dans cette vue, les évêques et autres nominateurs pourraient préférer pour curés à la campagne ceux qui auraient appris assez de morale dans les séminaires et assez de médecine dans les hôpitaux pour faire usage à l'égard des pauvres malades ou blessés de leurs paroisses des remèdes ou des pratiques qui sont écrits en détail... dans le petit livre de l'illustre madame Fouquet à qui on a donné depuis le titre de médecin charitable... Cette vue d'enseigner un peu de médecine aux ecclésiastiques, remarque l'abbé, est plus importante à l'Etat que l'on ne croit et mérite d'être approfondie ^. »

Déjà le prêtre de l'ancien régime était un véritable héraut du pouvoir séculier. Non seulement il tenait les registres des baptêmes, des mariages et des sépultures, mais encore il avait le droit de recevoir les testaments. Au prône de chaque dimanche, il notifiait les édits, lisait les bulletins de victoire, résumait les traités, proclamait les naissances ou les décès dans la maison royale. Il était à l'occasion l'auxiliaire de la justice et lorsqu'un crime avait été commis, il publiait en chaire des monitoires pour faire découvrir le coupable. Dans toutes les assemblées qui se tenaient dans la paroisse, il avait une place prépondérante 2.

L'abbé de Saint-Pierre veut encore étendre le cercle de ses occupations : qu'il donne à ses paroissiens des conseils juridiques ; qu'il informe le gouvernement des opérations de la taille, des dénombrements, de la situation matérielle de ses paysans ^. « A vrai dire, le seul homme bien élevé ou, comme disent les Anglais, le seul gentleman qui résidât d'une manière permanente au milieu des paysans et restât en contact incessant avec eux était le curé... Au xviii^ siècle, un village est une communauté dont tous les membres sont pauvres, ignorants et

1. Projet pour perfectionner la médecine. (Ouvrages de politique et de morale, t. V, p. 22).

2. Cf. L'organisation du clergé paroissial à la veille de la Révolution, par Em. Sevestre. Paris, 1911.

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