Ouvrages de politique et de morale, t. VII, p. 82, etc
grossiers ; ses magistrats sont aussi incultes et aussi méprisés qu'elle ; son syndic ne sait pas lire ; son collecteur ne peut dresser de sa main les comptes dont dépendent la fortune de ses voisins et la sienne propre ^. )) Le curé devra tous les diriger, guider leur inexpérience et leur ignorance et, au nom de la charité bienfaisante, se faire le serviteur de tous.
« Il n'y a plus que le pouvoir central qui s'occupe de la communauté, remarque M. de Tocqueville ^, et comme il est placé fort loin et n'a encore rien à craindre de ceux qui l'habitent, il ne s'occupe guère d'elle que pour en tirer profit. » Le curé servira d'intermédiaire, il constatera les abus et, s'il y a des doléances à présenter, c'est lui qui s'adressera au gouvernement pour le prier d'y mettre fin. Il ressemble aux maires de nos commîmes modernes, le curé de l'abbé de Saint-Pierre, avec son double rôle de mandataire de la paroisse devant le pouvoir central et de représentant du pouvoir devant les paroissiens. Ajoutons qu'à ce dernier titre il doit être « payé et bien payé » non certes comme un fermier général, mais comme un fonctionnaire subalterne qui dépense son temps au service de l'Etat.
Avant la « loi de séparation » qui abolit le Concordat, on discutait fort la question de savoir si le prêtre était un fonctionnaire et les partisans de l'affirmative devaient concéder que le prêtre était un fonctionnaire à part, d'un ordre spécial, auquel ne devait pas s'appliquer le statut complet des fonctionnaires de l'Etat. Point de discussion ici, le prêtre de l'abbé de Saint-Pierre est sans aucun doute un fonctionnaire dans toute l'acception du terme. S'il a un caractère particulier, c'est celui de s'occuper de plusieurs branches administratives à la fois, car il remplit les fonctions d' agent- voyer ^, de financier de juge de paix, de secrétaire de mairie et — s'il lui reste du temps libre — de ministre du culte catholique.
C'est un fonctionnaire et par conséquent le roi a toute autorité sur lui comme sur tous les fonctionnaires, malgré les prétentions « exorbitantes » des papes, « souverains étrangers », à vouloir
1. Alexis de Tocqueville. L'Ancien Régime et la Révolution, p. 189 et 190.