‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 234 sur 287 · Annales Politiques. Ed. 1758, p · texte numérisé non relu

Annales Politiques. Ed. 1758, p

ses Ouvrages de apolitique et de morale et c'est là que nous sommes allés les chercher pour écrire les pages qui précèdent. Mais l'abbé a réuni tous ces traits en un seul volume pour en composer, à la façon d'un La Bruyère, le portrait d'Agathon, archevêque très vertueux, très sage et très heureux ^, dont les soixante-dix-huit pages sont à lire d'un bout à l'autre. Agathon, qui est sans doute archevêque, mais qui est prêtre aussi, s'est imposé un programme de vie qui devrait être l'idéal du clergé, c'est-à-dire — pour employer un mot dont l'invention appartient à l'abbé et qui ' depuis a fait fortune — l'idéal des officiers de vertu et des officiers de morale chargés d'inspirer au peuple la justice et la bienfaisance. Est-il besoin d'ajouter que Agathon ressemble à s'y méprendre à l'abbé de Saint-Pierre dont tous les ouvrages ornent la bibliothèque du palais archiépiscopal et qu'il fait sa méditation quotidienne dans les Ouvrages de politique et de morale. L'archevêque et l'abbé sont deux jumeaux qui ont évidemment sucé lë lait de la même nourrice.

La haute idée que l'église romaine conçoit du sacerdoce a eu pour corollaire d'imposer à celui qui en est revêtu la chasteté, que les docteurs s'accordent à considérer comme la plus belle de toutes les vertus. Le rôle que l'abbé de Saint-Pierre assigne au prêtre, l'amène nécessairement à une conclusion opposée. A moins d'être un Napoléon, on n'imagine pas d'imposer le célibat au professeur, au magistrat, ou au médecin, pourquoi faire une exception pour le curé dont la profession résume les trois autres î La règle, que l'Eglise a posée, est de pure discipline, il est donc aisé de l'abolir ; et le mariage de prêtres aurait tant d'avantages, alors que leur célibat présente tant d'inconvénients, qu'il n'y a pas à hésiter pour abolir cette fâcheuse prohibition ^.

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