‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 235 sur 287 · Ouvrages de politique et de morale, t. X, p · texte numérisé non relu

Ouvrages de politique et de morale, t. X, p

2. Observations politiques et religieuses sur le célibat des prêtres. ( Ouvrages de politique et de morale, t. II, p. 150-184). Diderot, dans son Dictionnaire philosophique, au mot célibat a donné une analyse de l'ouvrage de l'abbé do Saint -Pierre.

LA RELIGION DE l'ABBÉ DE SAINT-riEKKE .'il 7

D'abord, l'abbé a calculé que chaque année quatre-vingt mille enfants naîtraient de ces unions sacerdotales, contribueraient à l'accroissement de la population et, comme ils seraient plus vertueux et mieux élevés que les autres, ils augmenteraient le nombre des bons catholiques. Quel bien n'en résulterait-il pas pour l'Eglise et pour l'Etat !

Le mariage des missionnaires en pays infidèle aurait encore plus d'avantages en formant un noyau de familles chrétiennes qui s'augmenterait de plus en plus. L'abbé n'a pas fait le calcul et c'est regrettable, il arriverait probablement à des chiffres fantastiques. N'a-t-il pas compté ^ que la France en 1733 aurait eu cinq cent mille habitants de plus, si deux cents ans auparavant François I^^ avait signé avec le pape un concordat autorissCnt les prêtres à se marier, et que l'Europe aurait deux millions de catholiques de plus, si le concile de Trente n'avait pas fait du • célibat ecclésiastique une règle très stricte !

Ensuite, si le vœu du célibat était supprimé, beaucoup de sujets vertueux et habiles, qui sont effrayés par l'observation rigoureuse de la continence, entreraient dans les ordres et «l'église serait beaucoup mieux servie ». On éviterait aussi les scandales qui font tant de mal au peuple, et le curé édifierait ses paroissiens en leur donnant l'exemple des vertus du père de famille.

L'abbé a réponse aux objections qu'on pourrait lui présenter. Si on lui déclare que la virginité, suivant l'expression de saint Athanase, est la vie des anges et la plus belle couronne des saints, il nous répondra que plus on a de devoirs à remplir, plus on plaît à Dieu quand on les remplit bien : or, la famille impose des devoirs dont le célibat dispense. Il ajoutera même que le célibat affaiblit chez beaucoup de prêtres la pratique des vertus, car « ils se persuadent aisément qu'ils remplissent bien leurs devoirs pourvu qu'on n'ait rien à leur reprocher de ce côté, parce que souvent c'est l'article le plus difficile pour eux. »

Qu'on ne lui dise pas que le curé ne pourra se consacrer suffisamment à ses paroissiens. L'objection était bonne autrefois, car les curés n'avaient pas le secours des « bons prônes imprimés » ; ils avaient besoin de plus de temps pour s'instruire eux-mêmes et pour instruire les autres. Mais elle ne vaut plus rien maintenant,

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