Saint Mathieu
Voilà à ses yeux toute la question et il la tranche hardiment par la négative. 8ans autre forme de procès, après avoir condamné tous ces inutiles, il confisque leurs biens pour en fonder ^ des établissements perfectionnés.
Que fera-t-on dans ces établissements ? Certes, on n'y péchera point par excès de dévotion et les pensionnaires n'y passeront pas leurs jours et leurs nuits dans la contemplation et la prière. Si l'on y prie, la prière s'adressera à un Dieu qui aura l'esprit assez large pour écouter tout le m'onde, car les protestants euxmêmes devront être admis à prendre l'habit, en supposant qu'il y en ait un. Si l'on y prie, la prière sera courte, car ce que l'abbé de Saint-Pierre prétend former avant tout dans ses couvents, ce sont de bons ingénieurs qui perceront de tous côtés de nouvelles routes et de bons architectes pour construire dans l'intérêt public des édifices qui ne seront peut-être pas des chefs-d'œuvre artistiques, mais qui reposeront sur des fondations solides. « Il y a une occupation utile à la société chrétienne, écrit-il ^, qui pourrait être du ressort de ces quatre ordres de religieux 2. C'est qu'il y a souvent dans un Etat des travaux publics que l'on adjuge au rabais, comme des collèges, des églises, * du pavé, des chaussées, des ponts, des ports, des canaux ou à faire ou à entretenir. Or si dans ces quatre ordres on y élevait de bons ingénieurs, de bons architectes, l'intendant de chaque province pourrait les assembler et adjuger l'ouvrage à celui de ces ordres qui demanderait le moins. Le roi serait sûr que l'ouvrage serait bon et que ce que ces entrepreneurs gagneraient irait au profit des hôpitaux ou des collèges de la province ; au lieu que souvent l'ouvrage est mal fait, peu solide, il coûte trop et la dépense excessive est employée à enrichir des fripons qui se mêlent de ces travaux publics. »
En un mot, de tous les moines qui ne consacrent pas leur vie à l'éducation des enfants dans les collèges ou aux soins des malades dans les hôpitaux, l'abbé de Saint-Pierre voudrait faire de nouveaux frères pontifes. Il ne fait aucune allusion à cette congrégation qu'un jeune pâtre du Vivarais, Benezet, avait fondée vers la fin du xii^ siècle pour construire des ponts et des