Ouvrages de politique et de morale, t. V, p
2. I^'abbé proposait de réduire à quatre les congrégations d'hommes et au même nombre les congrégations de femmes.
l'abbé de sainï-pierre
bacs, creuser des canaux, réparer des routes, escorter les voyageurs et leur donner abri dans des auberges. Ce serait cependant ♦ une erreur de croire que cette idée de diriger les occupations des moines vers l'architecture et les travaux publics lui appartient en propre, qu'elle est sortie un jour de son cerveau, et que nous lui en sommes redevables. Il suffit d'ouvrir l'histoire pour constater que la proposition de l'abbé se réduit à recopier les statuts de cette congrégation des frères pontifes, au long habit blanc au-devant duquel un pont était brodé en laine de couleur, et qui ont cessé la vie commune depuis 1633. Pour ne citer que les plus importants de leurs travaux, ils construisent de 1177 à 1188 le fameux pont d'Avignon, le premier pont que la France voyait édifier en pierre depuis les Romains. Avec le pont du Saint- Esprit, qui est un des plus hardis morceaux d'architecture qu'on connaisse, ils arrêtent les naufrages incessants que cause à Saint-Saturnin la rapidité inouïe du Rhône et en même temps font desservir une communication importante entre le haut Languedoc et la rive gauche du fleuve.
Les autres congrégations religieuses ne restent pas indifférentes. ' C'est un dominicain italien, Joconde, qui au xvi^ siècle construit le Petit-Pont et le pont Notre-Dame à Paris ; c'est un religieux carme qui élève en 1620 sur la petite église de son couvent, rue de Vaugirard, le premier dôme qu'on voit en France. Le père Derrand, jésuite, est l'auteur d'un traité où sont réunis d'excellents préceptes sur la coupe des pierres. Les fondations du Pont- Royal sont commencées le 28 octobre 1685 sous la direction du frère Romain, dominicain, qui applique le premier à Paris pour un travail de ce genre la machine à draguer et le mortier à pouzzolane et l'abbé de Saint-Pierre peut constater de ses yeux avec quelle adresse le religieux réussit à vaincre les difficultés qui proviennent du peu de solidité du terrain pour la pose de la première -pile du côté des Tuileries.
On voit donc que l'abbé de Saint-Pierre, quand il vient proposer de former dans les monastères de bons architectes et de bons ingénieurs, ne demande en réalité qu'à donner plus d'extension à un état de fait déjà existant. Non, il ne convient pas de lui accorder le mérite de l'invention, comme on serait tenté de le faire au premier abord, si l'on jugeait les choses d'après les mœurs de notre époque.