Eloge de Varignon, t. VI, p
3. « M. Varignon fut choisi trois ans après pour professeur de mathématiques au collège Mazarin, il y alla demeurer. M. Tabbé Vertot alla faire son séjour en Normandie à Saint -Pair près Duclair, cure considérable auprès de Caudebecq. M. de Fontenelle fut plus occupé dans son quartier et M. Tabbé de Saint-Pierre fut obligé d'aller à Brest après le mariage du comte de Saint-Pierre (avec Françoise de Kerven). Et de là il passa quelques mois en Basse -Normandie pour affaires de famille. Ainsi, au retour de Normandie, il quitta sa petite maison du faubom-g Saint- Jacques. )) (Ms. de Rouen 950, p. 215 et 216.)
4. Ouvrages de politique et de morale, t. XIII, p. 3, et Ms. de Rouen 950, ]). 215.
l'arrivée a paris
dra chez lui une passion. Nous le verrons en faire à tort et à travers. C'est une habitude, écrira-t-il, qu'on ne peut prendre trop tôt ni garder trop tard. Il émettra l'avis que le meilleur antidote contre l'ennui est la rédaction d'un mémoire politique ; il demandera qu'on en fasse à l'Académie et même à l'école.
Les manuscrits de Rouen nous apprennent comment il s'orienta de ce côté : « Après différentes lectures qu'il fit sur les différents moyens que prennent les hommes pour augmenter leur bonheur et pour diminuer leurs maux, il s'aperçut que la plus grande partie du bonheur ou du malheur venait des bonnes ou des mauvaises lois... Ce fut cette persuasion qui le détermina à s'appliquer désormais à l'étude du gouvernement, pour tâcher de découvrir le moyen de former des règlements sages et de faire faire de bons établissements qui engagent suffisamment les hommes par leur intérêt particulier à travailler constamment et avec ardeur pour procurer l'intérêt public... Cette réflexion, qui se présentait souvent à son esprit, le persuada que la morale n'hélait pas la science la plus importante pour le bonheur des hommes, mais que c'était la politique ou la science du gouvernement, et qu'une loi sage pouvait rendre incomparablement plus d'hommes heureux que cent bons traités de morale. Ainsi, dans le dessein de devenir plus utile à la société, il quitta l'étude de la morale pour l'étude de la politique ^. »
La fréquentation de Plutarque fut loin d'être étrangère à cette nouvelle et définitive orientation de l'abbé de Saint-Pierre et, pour s'en étonner, il faudrait ne pas connaître la vogue dont a joui à la fin du xvii^ siècle et au commencement du xviii^ l'auteur de la vie des Hommes Illustres. M. J. Lemaitre ^ ne nous montre-t-il pas Racine épluchant dans Plutarque, la plume à la main, tous les bouts de phrase qui paraissaient se rencontrer — en les sollicitant un peu — avec le dogme chrétien ! D'Argenson écrit dans ses Mémoires en 1744 : « On m'a fait l'honneur de dire de moi que, comme don Quichotte avait eu la tête tournée par la lecture des romans, il m'était arrivé la même chose par celle de Plutarque » — « C'est avec le secours du désir de la distinction la plus précieuse que j'avais puisée dans cette lecture.