‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 243 sur 287 · Cf. AUBERTIN, op. cit., p · texte numérisé non relu

Cf. AUBERTIN, op. cit., p

l'abbb de saint-pierre

N'a-t-il pas écrit : « L'abbé de Saint-Pierre s'est trompé souvent, car il n'a rien administré ; et on ne peut, dans son cabinet, deviner aujourd'hui hommes et affaires. »

Lui, au contraire, s'était initié au commerce des hommes : Il avait été cinq ans intendant ; plus tard sa participation assidue aux travaux du conseil d'Etat, ses deux années de ministère, ses devoirs de seigneur des terres qu'il prenait fort au sérieux ^, l'attention qu'il prêtait à toutes les questions administratives, économiques et sociales, combattirent heureusement ce penchant qu'il avait de se nourrir de pensées et de méditations solitaires, et de prendre des chimères pour des réalités ^.

Ceux qui ont lu dans les œuvres de Rousseau le Projet de paix perpétuelle et le Discours de la Polysynodie pourraient croire que d'Argenson et Turgot ^ n'ont pas été les seuls écrivains célèbres du xviii^ siècle sur lesquels l'abbé de Saint-Pierre a exercé une sérieuse influence. Jean- Jacques n'a-t-il pas dit un jour de l'abbé que « c'était un homme rare, l'honneur de son siècle et de son espèce et le seul peut-être depuis l'existence du genre humain qui n'eût d'autre passion que celle de la raison * ! »

On se tromperait néanmoins. Comme le dit George Sand, « il n'y a pas d'unité, il n'y a pas de fixité dans le jugement de Rousseau sur le philosophe de Chenonceaux. Selon les époques de sa vie où les dégoûts de la persécution l'abattent plus ou moins luimême, il le traite de grand homme ou de pauvre homme. En de certains endroits de ses confessions, on dirait même qu'il rougit de l'avoir admiré ^. »

C'est en 1742, à Chenonceaux, que l'abbé de Saint-Pierre rencontra le jeune Genevois, complètement inconnu alors, qui allait

1. Il a écrit un Mémoire sur le bien que les seigneurs peuvent faire aux habitants de leurs terres.

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