‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 247 sur 287 · Edit. Moland, t. XIV, p · texte numérisé non relu

Edit. Moland, t. XIV, p

7. Pensées et fragments inédits de Montesquieu publiés par le baron Gaston de Montesquieu. Bordeaux, 1899, t. II, p. 55.

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de culte. Aujourd'hui, nous n'avons d'estime que pour les sciences physiques, nous en sommes uniquement occupés et le bien et le mal politiques sont parmi nous un sentiment plutôt qu'un objet de connaissances. Ainsi, n'étant point né dans le siècle qu'il me fallait, j'ai pris le parti de me faire sectateur de l'excellent homme l'abbé de 8aint-Pierre, qui a tant écrit de nos jours sur la politique, et de me mettre dans l'esprit que, dans sept ou huit cents ans d'ici ^, il viendra quelque peuple à qui mes idées seront très utiles et, dans la petite portion de ce temps que j'ai à vivre, de faire pour mon usage un emploi actuel de ma modestie ^. »

A ceux qui discuteraient le caractère un peu ironique de ce passage et qui croiraient V Esprit des lois inspiré par le Discours sur la Polysynodie ou par le Projet pour perfectionner le gouverne^ ment des Etats, il suffirait de rappeler l'épigraphe hautaine que Montesquieu avait placée en tête de son ouvrage : Prolem sine rnatre creatam. C'est un enfant né sans mère, je n'ai pris aucun modèle pour le composer, « c'est le fruit des réflexions de toute ma vie ^. » Nous pourrions noter encore, pour les mieux convaincre, cette autre appréciation de Montesquieu : « L'abbé de Saint-Pierre, qui était le meilleur honnête homme qui fut jamais, ne sait pour chaque inconvénient dire autre chose si ce n'est qu'il faut assembler dix honnêtes gçns. On dirait que c'est un major qui choisit ses soldats et qui dit : Il faut qu'ils aient cinq pieds huit pouces. Il faut que les lois commencent par travailler à faire des honnêtes gens avant de penser à les choisir. Il ne faut pas commencer par parler de ces gens-là ; il y en a si peu que cela ne vaut pas la peine * ». C'est le procès de la « merveilleuse » méthode du scrutin perfectionné, l'œuvre préférée de l'abbé de Saint-Pierre.

Grimm, qui estimait cependant le bon abbé, s'amusait de « son rabâchage éternel. Il renvoie partout à son scrutin perfectionné et à sa diète européenne, avec une confiance qui m'amuse beaucoup^... Rien n'est plus désagréable au vrai philosophe que

1. Allusion aux prétentions de l'abbé de Saint-Pierre qui traA aillait « pour l'avenir. »

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