‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 248 sur 287 · Pensées et fragments inédits. T. I, p · texte numérisé non relu

Pensées et fragments inédits. T. I, p

5. Correspondance de Grimm, Diderot, etc. (Edit. Toiu'neux, t. III, p. 474). Lettre du 16 février 1758.

d'entendre soutenir à grands frais des projets chimériques qui ont tous les avantages du monde, excepté celui de la possibilité. L'abbé de Saint-Pierre nous a laissé de longs et nombreux écrits de cette espèce. Il a passé la plus grande partie de sa vie à former des projets pour la prospérité du genre humain... Je n'abuserai point de votre temps en démontrant l'a^bsurdité et l'impossibilité du Projet de Paix Perpétuelle. Les plus simples réflexions sur la nature humaine suffisent pour en faire voir la chimère... S'il est vrai que Henri IV se soit préoccupé du projet de la monarchie universelle, et que son ministre Sully ait eu dans la tête celui d'une paix perpétuelle, ne faisons pas à ces deux grands hommes l'injure de croire qu'ils aient conçu ces projets d'une manière aussi puérile que le bonhomme Saint-Pierre et son rédacteur Jean-Jacques Rousseau... Aux yeux du sage, Vahhé de Saint- Pierre et Jean- Jacques Rousseau sont deux fous logés à Vune et Vautre des petites maisons, mais j'aime mieux la folie du premier, elle n'a rien d'attristant, et le fiel me déplaît en tout. »

Leibniz qui exerçait alors sur l'Europe une sorte de dictature intellectuelle, ne prenait guère au sérieux, lui nOn plus, le pauvre abbé de Saint-Pierre. « J'ai vu quelque chose de son projet, écrivait-il à Grimarest, pour maintenir une paix perpétuelle en Europe. Je me souviens de la devise d'un cimetière, avec ce mot, pax perpétua : car les morts ne se battent point, mais les vivants* sont d'une autre humeur... » Et après s'être amusé aux dépens de l'abbé il termine sa lettre en disant : « Voilà des projets qui réussiront aussi aisément que celui de M. l'abbé de Saint-Pierre ; mais, puisqu'il est permis de faire des romans, pourquoi trouverions-nous sa fiction mauvaise qui nous ramènerait le siècle d'or ? »

Son panég3^riste lui-même, d'Alembert, écrit ^ : « Nous passerions les bornes de cet Eloge en donnant ici la simple liste des écrits de l'abbé de Saint-Pierre. Ces écrits, il faut en convenir, furent assez peu lus dans le temps où il les publia et sont encore moins lus aujourd'hui. Tout a concouru à la disgrâce qu'ils ont éprouvée : Des idées quelquefois singulières, quelquefois impraticables, quelquefois minutieuses ; des vérités même qui peu connues encore lorsqu'il les écrivait sont maintenant usées et

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