Ms. de Rouen 950, p
l'arrivée a paris 37
Saint-Pierre sous le pseudonyme de Mopse ^. Le peintre a sans doute cédé au désir de donner plus de piquant et plus de relief à son œuvre, en quoi, d'ailleurs, il a parfaitement réussi. Dironsnous qu'il a pris le crayon du caricaturiste à la manière de Cham ou de Sem ? Nous n'irons pas jusque-là. Mais, si les traits de l'abbé sont trop fortement dessinés, on aperçoit cependant fort bien notre importun personnage. « Je connais Mopse, dit La Bruyère, d'une visite qu'il m'a rendue sans me connaître. Il prie des gens qu'il ne connait point de le mener chez d'autres dont il n'est pas connu. Il écrit à des femmes qu'il connait de vue, il s'insinue dans un cercle de personnes respectables et qui ne savent quel il est, et là, sans attendre qu'on l'interroge, ni sans sentir qu'il interrompt, il parle et souvent et ridiculement. Il entre une autre fois dans une assemblée, se place où il se trouve, sans nulle attention aux autres ni à soi-même : on l'ôte d'une place destinée à un ministre, il s'assied à celle d'un duc et pair ; il est là précisément celui dont la multitude rit et qui seul est grave et ne rit point. Chassez un chien du fauteuil du roi, il grimpe à la chaire du prédicateur, il regarde le monde indifféremment, sans embarras, sans pudeur ; il n'a pas, non plus que le sot, de quoi rougir. »
L'auteur des Moyens de conserver la paix dans la société, Nicole, venait de rentrer précisément des Pays-Bas où, pour échapper à la malveillance de ses ennemis, il s'était prudemment retiré quelque temps. Segrais et le voisinage aidant, le futur auteur de la Paix perpétuelle compta bientôt au nombre des rares amis qui allaient le désennuyer dans son isolement du quartier de la Crèche, en lui racontant les événements du jour et surtout en controversant avec lui. « Je l'ai vu deux ou trois ans toutes les semaines, écrit-il. Il demeurait à la Crèche, dans mon quartier et, comme il aimait les nouvelles, je lui disais celles que j'apprenais chez madame de La Fayette. Je lui faisais quelques objections sur ses essais de morale et j'étais plus content de son esprit que de celui des autres jansénistes que je voyais ^. » L'abbé ajoute ce petit détail qui est bien de nature à
1. Les Caractères, ch. II, édit. Renouard, t. II, p. 48. Toutes les clés qui ont paru sur les Caractèi^es s'accordent pour reconnaître qu'en faisant le portrait de Mopse, La Bruyère visait l'abbé de Saint-Pierre.