CHAPITRE III
LE MEMBRE DE l'aCADÉMIE FRANÇAISE
I, Discours de réception. Assiduité de l'abbé aux séances. — II. Il est nommé aumônier de la duchesse d'Orléans. — III. L'abbé commendataire de Tiron. — IV. Apparition du Projet de paix perpétuelle. Les relations de l'abbé de Saint-Pierre et du cardinal Dubois.
Ce fut le 16 mars 1695 que l'abbé de Saint-Pierre fît son entrée au Louvre dans la salle située « à rez-de-chaussée » que l'Académie tenait de la magnificence royale, « aux murailles de laquelle, dit un contemporain ^, se voient quelques tableaux : un de la Sainte- Vierge, un autre du roi en habit dont on se sert au sacre, le portrait du cardinal de Richelieu, celui du chancelier Pierre Seguier et celui de la reine Christine de Suède, sans oublier les portraits de tous les académiciens qu'on y rassemble autant qu'il est possible. »
A ce moment l'Académie était dans tout son éclat. Si l'on se demande à quelle époque de son existence elle a contenu le plus d'hommes distingués, je crois bien, dit M. Boissier 2, qu'il faudra répondre que « c'est à la fin du xvii^ siècle et, pour fixer une date précise, en 1693, quand elle a reçu La Bruyère. Elle avait sans doute perdu Corneille et Colbert. Mais elle possédait encore Bossuet, Fléchier, Fénelon, Racine, La Fontaine, Boileau et audessous d'eux le savant évêque d'Avranches Huet, Segrais, Perrault, Thomas Corneille et Fontenelle ».
L'abbé alla prendre place entre M. de Chaumont, bibliothécaire du roi, évêque de Dax, et le cardinal d'Estrées, l'heureux
1. Germain Brice, Description de la ville de Paris, 1752, t. I. p. 86.