Archives d'Eure-et-Loir, H
2. Journal des recettes, des cens et rentes de la mense conventuelle : En 1728, 2481 livres 7 sols 2 deniers. — En 1729, 3082 livres 1 denier. — En 1730, 3527 livres 12 sols 6 deniers. — En 1731, 3086 livres 2 sols 6 deniers plus 7 poules, 15 chapons et 12 livres de beurre. (Archives d'Eure-et-Loir, H 1448).
Les biens des abbayes étaient ordinairement partagés en trois lots ou mense^. La première mense appartenait à l'abbé, la seconde aux moines et la dernière, le tiers lot, était réservé pour les réparations de l'église et du monastère.
3. On prétend que Philippe Desportes, qui fut à Tiron l'un des prédécesseurs de l'abbé de Saint-Pierre, doit à un sonnet, adressé à l'amiral de Joyeuse, l'un des nombreux bénéfices dont il était titulaire et qui lui valaient ensemble 10.000 écus de rentes.
LE MEMBRE DE l'ACADÉMIE FRANÇAISE 57
demi-mesures, Henri de Bourbon avait attaqué le mal à sa racine et faisant place nette à l'abbaye il y avait appelé au lieu des Bernardins les Bénédictins de 8aint-Maur.
On sait que ceux-ci, à l'époque de l'abbé de Saint-Pierre, étaient dans tout l'éclat de leur prestige. Parmi eux venait de prendre naissance cette école de savants aussi modestes qu'infatigables qui s'étaient donné la tâche de renouveler en France les sciences historiques et dont le nom est devenu pour les érudits l'éloge le plus envié. C'était le moment où le plus illustre d'entre eux, le doux et calme Mabillon, le père de la diplomatique, l'heureux adversaire du fougueux abbé de Rancé, était présenté au roi par Le Tellier comme « le religieux le plus savant du royaume » et méritait d'entendre ce mot de la bouche de Bossuet : « Ajoutez, monsieur, et le plus humble. »
A peine arrivés à Tiron, les Bénédictins de Saint-Maur avaient jeté à l'abbaye même les fondations d'un collège qui ne tarda pas à prospérer. Quand l'abbé de Saint-Pierre fut nommé commendataire, ce collège venait d'être érigé par Louis XIV en « école royale militaire » où les officiers de l'armée envoyaient leurs fils, grâce aux bourses que beaucoup d'entre eux obtenaient de la munificence royale. En retour, le roi s'était réservé le droit d'y faire loger et nourrir un certain nombre de soldats invalides. A la fin du xviii^ siècle, on y comptait plus de cent cinquante pensionnaires accourus de tous côtés, du Perche, de la Beauce et même de Paris.
L'abbé de Saint-Pierre visita souvent son abbaye, située sur le parcours de Paris à Chenonceaux où l'attirait à la fin de sa vie la présence de son illustre amie madame Dupin. Il eut l'occasion de constater par lui-même les résultats de l'éducation qui s'y donnait et dont on a conservé le programme détaillé ^. Les notes retrouvées dans ses papiers témoignent qu'il sut les apprécier. (( Pour rendre le collège établi dans mon abbaye de Tiron plus utile au public et à la congrégation, écrit-il en 1717 au supérieur général des Bénédictins ^, je propose de me joindre à elle afin d'obtenir des lettres patentes pour avoir la liberté d'y
1. Mémoire instructif pour messieurs les parents qui veulent envoyer leurs enfants au collège de Tiron, 1740. (Cartidaire de l'abbaye publié par M, Merlet).
2. Ms. Genty. Sur les collèges de la congrégation de Saint-Maur.
enseigner non seulement les humanités, mais encore tout ce qui s'enseigne dans les plus grands collèges comme philosophie, mathématiques, théologie, etc.. et afin de procurer à ce collège un fonds plus considérable et plus certain tant pour la subsistance des professeurs que pour les autres frais du collège. Je propose encore de consentir que les prieurés dépendant de mon abbaye, qui sont entre les mains des religieux, soient unis à perpétuité à ce collège. »
Ce qui prouve bien l'intérêt que prenait l'abbé de Saint-Pierre au collège royal de Tiron et l'estime qu'il avait pour les professeurs, ce sont toutes ses démarches pour multiplier de tous côtés les collèges de la congrégation de Saint-Maur. Il demandait aux bénédictins ^ d'employer une partie de leurs revenus « à élever gratis ou presque gratis » un certain nombre d'enfants de pauvres gentilshommes, tout en leur faisant espérer que le gouvernement favoriserait très volontiers ces vues généreuses. Le public, ajoutait-il, ne crierait plus contre les grands biens de la congrégation, ni les ecclésiastiques contre les prieurés qu'elle possède sous le nom de ses religieux, car ils verraient qu'elle en fait un emploi très sage et très utile. Il envoya même au supérieur général des bénédictins un long mémoire dans ce but et celui-ci permit de créer, avec l'agrément de la Cour, une centaine de collèges nouveaux « en choisissant de préférence les endroits les plus éloignés des autres collèges ». Il ajouta que dans chaque étabhssement les bénédictins nourriraient et entretiendraient « douze pauvres gentilshommes à la nomination du roi, les uns gratis, les autres à moitié gratis ^ ».
Tout marchait pour le mieux, d'autant plus que le chancelier, auquel l'abbé avait envoyé son mémoire, en avait bonne opinion. Il en informa l'auteur en lui demandant un délai de trois jours pour prendre des mesures... Mais il faut qu'il y ait un côté plaisant dans tous les projets de l'abbé, même dans les meilleurs : au lieu d'attendre patiemment la décision du gouvernement, il se met en devoir de tracer au supérieur des bénédictins une ligne de conduite. Il lui écrivit en hâte ^ « Je crois que durant cet