Procès-verbal du jeudi 17 juin
2. Redressons ici l'erreur commise par M. de Molinari (op. cit., p. 12) qui est allé chercher dans les Annales Politiques (édit de 1757, t. II, p. 501), pour l'attribuer à la Polysynodie, le portrait suivant qui n'a paru que quarante années plus tard. « On pourra bien, dit l'abbé en parlant de Louis XIV, lui domier le surnom de Louis le Puissant, de Louis le Redoutable, car nid de ses prédécesseurs n'a été si puissant et ne s'est fait tant redouter. Mais les moins habiles ne lui donneront jamais le surnom de Louis le Grand tout court et ne confondront jamais la grande puissance avec la véritable grandeur. C'est que cette grande puissance, à moins qu'elle n'ait été employée à procurer de grands bienfaits aux hommes en général et aux sujets et aux voisins en particulier, ne fera jamais un liomme fort estimable. En un mot, la grande puissance soido rie fora jamais un grand hoiinnc.
ments qui regardent les pauvres et l'éducation des enfants, à favoriser les arts et les sciences à proportion de leur utilité, à trouver les moyens de faire distribuer les emplois et les récompenses avec justice et sans égard pour les recommandations, à ôter la vénalité des charges, les survivances et les brevets de retenue, à diminuer nos besoins en diminuant nos jeux de hasard, à perfectionner nos mœurs en trouvant les moyens de rendre la vertu et les talents utiles plus honorés, plus respectés, plus justement récompensés... »
Ce jugement devait produire et produisit en réalité d'autant plus d'impression qu'il répondait aux sentiments secrets de beaucoup de contemporains : « Personne, dit Saint-Simon, ne se scandalisait d'un ouvrage qui pouvait manquer de prudence, mais qui n'exposait que des vérités dont tout ce qui vivait avait été témoin. » Dans l'ancienne cour, ce fut une toile général où l'on vit se distinguer plus particulièrement le turbulent duc du Maine, encore sous le coup de l'arrêt qui venait de le déclarer inhabile à succéder à la couronne et à la veille d'entrer dans la conspiration de Cellamare. — Le vieux maréchal de Villeroi dont les manèges, les déclamations et les tintamarres dans la circonstance sont restés légendaires ^. — Et enfin, comme toujours, le cardinal de Polignac qu'on était sûr de rencontrer sur la la brèche, quand il s'agissait de défendre une mémoire, dont il semblait s'être approprié la garde.
Ajoutons avec Duclos ^ à tous ces anciens courtisans du feu roi, ceux qui voulaient faire pièce au régent, le « mortifier dans un officier de sa maison » et surtout ruiner l'institution des conseils devenus impopulaires et destinés à disparaître quelques mois après ^.
1. On trouve dans les Mémoires secrets sur le règne de Louis XIV par Duclos (Didot, 1886, p. 110) ce propos attribué au maréchal de Villeroi qui peint bien son caractère de courtisan : « Il faut tenir le pot de chambre aux ministres tant qu'ils sont en place et le leur verser sur la tête quand ils n'y sont plus » et il ajoutait : « Quelque ministre des finances qui vienne en place, je déclare d'avance que je suis son serviteur, son ami et même un peu son parent. »