‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 56 sur 287 · Mémoires de d' Argensotk. Edit. Bathery, p · texte numérisé non relu

Mémoires de d' Argensotk. Edit. Bathery, p

LE CLUB DE l'eNTRESOL. LES RELATIONS FÉMININES 79

de l'avenir et s'encourage à persévérer dans ses recherches et dans ses découvertes qui le promènent dans toutes les parties du gouvernement. Il nous communiquait donc tous ses ouvrages non imprimés, demandait des objections par éorit et y répondait constamment, toujours satisfait de ses propres solutions ^. »

C'est du reste à cette période de sa vie, pendant qu'il fréquente le club de l'Entresol, que le cerveau de l'abbé travaille avec plus d'acharnement et produit avec plus de fécondité que jamais. Statistique, administration, instruction publique, ponts et chaussées, guerre, marine, finances, diplomatie, morale, sermons, théâtre, il écrit sur tout, et il peut dire comme le poète latin : Homo sum et nihil humani a me alienum puto.

Il se livre même à des calculs sur la durée des différents métiers à la mode. « Semblable en quelque sorte à cet Anglais qui avait poussé la finesse de l'arithmétique jusqu'à déterminer l'année précise de la fin du monde, l'abbé de Saint-Pierre, rapporte d'Alembert ^, avait aussi calculé à sa manière l'époque où chaque préjugé, chaque erreur, chaque sottise des hommes devait finir, et nous pouvons donner par un seul trait quelqua idée de la certitude de ses spéculations : il n'hésitait point à prédire qu'il viendrait un temps où, pour emprunter ses propres termes, le capucin le plus simple en saurait autant que le plus habile jésuite. »

L'Entresol ne tarda pas à faire parler de lui, .on postulait pour y être admis, on commentait les conclusions des principaux membres, on s'intéressait aux discussions. Ce fut sa réputation de bon entre-soliste qui valut à M. de Plélo sa nomination d'ambassadeur à Copenhague. Horace Walpole, quand il fut admis en 1726, fit une harangue pendant plus de deux heures pour prouver la nécessité de maintenir l'alliance de la France et de l'Angleterre. On parla même un instant de transformer le club en Académie officielle et de réaliser le rêve de l'abbé de Saint- Pierre qui dans son Projet pour perfectionner le gouvernement des Etats insiste sur l'importance d'une Académie politique ^.

1. Lettres de Bolingbroke, éditées par le général de Griiiioard. Paris, 1808, t. III, p. 469.

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