‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 6 sur 287 · Jeanne Jalot, dame de Mesnileury · texte numérisé non relu

Jeanne Jalot, dame de Mesnileury

3. Ce manoir fut construit au début du xvii^ siècle par le grand-père de l'abbé, Nicolas Castel, dont le château « environné de fossés revêtus avec pont-levis » avait été incendié par les ligueurs en 1595. (Mercure Galant, novembre 1701, p. 354). Le château actuel n'a été bâti que vers 1758 par le neveu de l'abbé, Bon-Hervé-Castel.

4. Cf. aux Pièces justificatives, p. 351, la généalogie de Fabbé de Saint- Pierre.

5. Edition Chéruel en treize volumes. T. VII, p. 355 et t. III, p. 159 et 294.

LES PREMIÈRES ANNEES

pour sa noblesse,... avait fait faire de faux titres et qu'avec ces titres faux et un peu d'argent, on avait apaisé le traitant ^. » Pour être véridique, Saint-Simon eût dû ajouter que cette affaire « qui avait fait beaucoup de bruit à la cour, à Paris et surtout en Normandie, où la famille était fort connue et distinguée parmi la noblesse », avait été, après une minutieuse enquête, appréciée par le roi lui-même comme elle devait l'être, c'est-à-dire comme l'œuvre d'un calomniateur... et d'un calomniateur maladroit qui ne connaissait pas les archives des Saint-Pierre.

Autrement il y eût appris que les Cas tel, qui blasonnaient de gueules au chevron d'argent accompagné de trois roses d'or, remontaient au xiii^ siècle ^, — que, mis en demeure de justifier de leurs droits, ils avaient été maintenus dans leurs titres et privilèges par la cour des aides de Normandie en 1509 — et que, érigée d'abord en baronnie par lettres patentes de février 1644, la tenue de Saint-Pierre avait été élevée à l'état de marquisat trente-cinq ans plus tard, après la mort de Charles Castel, en reconnaissance des loyaux services de la famille à la cause royale ^.

Dans la famille paternelle de l'abbé, il convient de faire une place à part à sa grand'mère Jeanne de Couvert ^, femme de Nicolas Castel. N'est-ce pas un cerveau puissamment organisé et merveilleusement équilibré que celui de cette « gentilfemme )) appartenant à la réforme et « vacillant en sa créance ^ » ? Elle

1. Le Mercure Galant, novembre 1701, p. 351 et suiv... Cf. aux Pièces justificatives une partie de l'article du Mercure (p. 357).

2. Uarrest du Conseil du 21 février 1704 qui maintient messieurs Castel de Saint-Pierre dans leur ancienne noblesse fait remonter la famille à 1296. Dans les manuscrits de M. Tony Genty se trouve une liasse assez importante de papiers sur la famille Castel, qui donne la généalogie depuis 1296 jusqu'en 1700 avec les principaux faits de chaque personnage. D'après le manuscrit de Rouen (Ms. 950, p. 211), on trouve im Johaimès de Castello en 1258, ambassadeur du roi d'Angleterre vers Alphonse, roi de Cas tille, et Hugo de Castello qui se porte caution pour Philippe - Auguste « avec huit autres grands seigneurs de France. »

3. Recherches historiques... par Louis Drouet, p. 87 et suiv.

4. D'hermine à la face de gueules, chargée de trois boucles d'or.

5. Comme cette « gentilfemme » vacillait en sa « créance ». elle alla trouver à Caen les ministres La Benserie et Le Bou\ ier, ainsi que Benjamin Basnage, ministre de Sainte-Mère-Eglise et de Carentan, tous les trois de la R. P. R. et, d'accord avec le -sieur de Sainte-Marie-du-Mont, elle

appelle à controverser devant elle les trois plus fameux ministres normands de la R. P. R. et le P. Gontier, l'adversaire le plus redouté du parti protestant ; puis, au sortir de là, elle s'en va publiquement abjurer entre les mains de l'évêque de Coutances et passe le reste de sa vie dans l'apostolat par la plume et par l'exemple. « Elle fit abjuration publique entre les mains de M. de Briroy, évêque de Coutances, nous disent les mémoires de son fils Charles Castel, vécut depuis saintement, en convertit plusieurs autres, car elle était savante en l'écriture sainte, aux langues latine, grecque, chaldéenne et syriaque, dont elle a laissé plusieurs écrits de sa main glosés des véritables significations pour confuter les falsités que les huguenots ont glissées dans leur bible, et après avoir racheté ses crimes par des aumônes qu'on a crues miraculeuses, décéda en opinion de sainteté le 11 février 1613. »

Par sa mère, l'abbé de Saint-Pierre était encore mieux apparenté. Il descendait de Bernardin Gigault de Bellefonds ^, gouverneur de Valognes et de Caen, qui sous Henri IV était venu faire souche en Normandie en épousant Jeanne Aux Epaules ^, fille du redoutable ligueur Robert Aux Epaules, seigneur de Sainte-Marie-du-Mont ^. Les Gigault, non plus que les Castel, n'ont échapj)é à la plume acerbe de Saint-Simon. « Parenté médiocre, a-t-il écrit, on sait en Normandie quels sont les Gigault M »

arrangea une conférence où les trois ministres batailleraient contre le P. Gontier assisté d'un jacobin. Le P. Gontier était doué d" une éloquence de tribun qui lui avait procuré sur la population parisienne un véritable ascendant ; il ne se gênait pas devant le roi pour flétrir les désordres de la cour, pas plus qu'il ne se gênait pour traiter les Huguenots de vermines et de « cainailles ». La conférence eut lieu le 29 mars 1606 devant trente ou quarante gentilshommes et aboutit à la conversion au catholicisme de Jeanne de Couvert. Cf. A. Galland, Essai sur f histoire du protestantisme à Caen et en Basse- Normandie, de Védit de Nantes à la Révolution, Paris, 1898, p. 16 et 17.

1. D'azLU" au chevron d'or accompagné de trois losanges d'argent.

2. Recherche de la noblesse faite par ordre du roi en 1666 et années suivantes, par Guy Chamillart, intendant. Caen, édit. Delesques, p. 387. Los Aux Epaules étaient apparentés à la maison de France, Jeanne Aux Epaules étant la petite-fille de Madeleine de Dreux, princesse de sang royal.

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