Jbid., t. XVI, p
3. « J'ai eu obligation à madame de Vauvray, écrit-elle dans ses Mémoires, de m'avoir fait connaître d'un assez grand nombre de gens du monde et de gens d'esprit... Un jour que l'abbé de Saint-Pierre dînait chez elle avec M. de Fontenelle et que j'y étais, ils raisonnèrent sur ma situation et sur les moyens de m'en procurer une avantageuse. Cet abbé, protecteur du genre hiunain, imagina qu'il fallait me proposer à madame la princesse pour me mettre auprès de mademoiselle de Clermont qu'elle avait prise avec elle et à qui il paraissait qu'elle voulait donner ime éducation meilleure que ne l'ont ordinairement les princesses. Il nous dit qu^e l'abbé Couture était déjà chargé de l'instruire de l'histoire et de plusieurs choses convenables à son sexe et à son rang, que je poiu*rais être proposée comme capable de suivre de telles vues et de l'avancer dans les connaissances qu'on voulait lui faire acquérir ; qu'il fallait m'adresser à M. de Malezieux que je voyais souvent à Sceaux, le prier d'en faire l'ouverture à madame la princesse et de lui rendre bon témoignage de moi. » Mademoiselle de Laimay suivit les conseils de l'abbé et plut tant à la duchesse que celle-ci se l'attacha à sa persomie au lieu d'en faire l'^institutrice de la petite princesse. (Mémoires, t. X, p. 688, S*" série de la collection des Mémoires pour servir à V histoire de France.)
d'intérêts opposés, elle ne veut offenser personne^. » Et le bon abbé d'entrer dans maints détails pour lui dicter sa ligne de conduite.
La duchesse d'Aiguillon lui communiquait plusieurs pensées du docteur Swift qu'elle avait traduites, et il y ajoutait une petite préface pour distinguer les pensées belles de celles qui ne sont que jolies ^. C'est à elle qu'il disait, ce dont elle était charmée : (( Votre esprit galoppe toujours, le mien ne va jamais que le pas ^. »
Son amie la plus chère, celle à laquelle il donnait tout son temps était, sans contredit, la jeune et spirituelle madame Dupin qui n'avait que vingt-huit ans quand son « enfant gâté )) entrait dans sa soixante-dix huitième année. M. Dupin avait acheté l'hôtel Lambert à l'île Saint-Louis et y avait installé sa jeune femme. Leur salon était devenu rapidement le rendez- vous de la meilleure compagnie, et madame Dupin trônait au milieu de ces hommes éminents, les charmant tous par son . esprit et sa grâce, sachant les écouter, leur répondre et les faire valoir, a Sa maison aussi brillante alors qu'aucune autre dans Paris, dit Rousseau rassemblait des sociétés auxquelles il ne manquait que d'être un peu moins nombreuses pour être l'élite dans tous les genres... On ne voyait chez elle que ducs, ambassadeurs, cordons bleus. Madame la princesse de Rohan, madame la comtesse de Forcalquier, madame de Mirepoix, madame de Brignolet, milady Herver pouvaient passer pour ses amies. M. de Fontenelle, l'abbé de Saint-Pierre, l'abbé Sallier, M. de Fourmont, M. de Bernis, M. de Bufïon, M. de Voltaire étaient de son cercle et de ses dîners. Si son maintien réservé n'attirait pas beaucoup les jeunes gens, sa société d'autant mieux composée n'en était que plus imposante. » >
Le vieux philosophe avait séduit l'esprit de madame Dupin qui l'emmenait passer la belle saison en Touraine dans son château de Chenonceaux, et quand les circonstances les séparaient pour quelques jours, la jeune châtelaine et son vieil enfant s'écri-