‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 70 sur 287 · M s. Genty · texte numérisé non relu

M s. Genty

2. L'abbé avait d'abord écrit : « se trotive fort éloigné d^en désirer Vexécution )).

dants ^. Ainsi, il en arrivera tout naturellement que les ministres futurs se feront honneur dans cinquante ou soixante ans d'éxécuter dans leur vieillesse des projets qu'ils ont approuvés jeunes et de faire valoir ce dont leurs prédécesseurs n'ont pas fait assez de cas.

« C'est ainsi que le bon citoyen qui, pour plaire à l'Être souverainement bienfaisant, travaille à faire cesser de grands maux dans sa nation et à lui procurer de grands biens, ne pouvant être d'aucun secours à ses contemporains par quelques-uns de ses projets ^, peut facilement procurer de grands avantages à leurs petits enfants et rendre ainsi par reconnaissance à la postérité ce qu'il a reçu de bienfaits par les travaux de ses prédécesseurs.

(( Il a encore ùne voie pour empêcher ses bons projets de tomber dans le néant, il peut les prêter à ceux qui en sont curieux avec permission de les extraire et de les faire copier, afin que ce qu'il a trouvé de bon ne soit pas perdu pour sa patrie. Ainsi, la plupart de ses démonstrations ne tomberont point dans l'anéantissement et passeront de main en main par tradition jusqu'à quelque ministre sufifîsamment autorisé pour se faire honneur d'exécuter un projet qu'il adopte comme un enfant trouvé, parce que personne ne songe à l'adopter comme sien. «

Il est regrettable que cette note n'ait point paru avec le titre suivant : Moyens à employer pour faire entrer dans la pratique les projets des inventeurs de constitutions. Il ne manque pas d'hommes d'Etat en chambre qui ont dans leurs cartons des projets tout prêts et qui se désolent à la pensée que leurs manuscrits prendront directement à leur mort le chemin de l'officine de l'apothicaire ou de l'arrière-boutique de l'épicier. L'abbé leur indique là un moyen infaillible pour que le fruit de leurs veilles et de leurs insomnies échappe à cette lamentable destinée.

Pour que ses projets aient encore plus de chances de subsister, l'abbé de Saint-Pierre s'occupe de les revoir et de les corriger avec l'intention d'en donner au public une seconde édition. Il aurait divisé son œuvre en deux parties : Politique et Morale, et

1. L'abbé de Saint-Pierre n'eut pas la joie de voir son ami et disciple d'Argenson, ministre des affaires étrangères. Il est mort une année trop tôt.

2. L'abbé a ajouté après coup : par quelques-uns de ses projets.

LES DERNIÈRES ANNEES

mis un peu plus d'ordre qu'il y en a dans l'édition de Rotterdam. Il devait placer les pensées morales sur chaque matière « les unes tout auprès des autres, car les vérités sur le même sujet, disait-il se soutiennent et font plus d'impression sur l'esprit du lecteur. »

Les ouvrages de politique auraient compris trois titres : Ministère du dedans, Ministère des Finances, Ministère des affaires étrangères. La méthode du scrutin perfectionné devait trouver place dans le premier ; le projet de Taille Tarifiée dans le second ; la Paix Perpétuelle dans le dernier.

« J'aurais pu faire ce travail moi-même, écrit-il, mais la première attaque de paralysie qui m'arriva au mois d'août 1739 m'en ôta l'espérance. La seconde attaque, qui m'arriva il y a trois mois, m'a confirmé dans mon impuissance, et c'est pour cela que je souhaite que mes héritiers fassent faire à loisir ce que j'avais à dessein de faire moi-même ^. »

Il voulut néanmoins résumer « ses quatre plus importants projets politiques ^ » en une vingtaine de pages, à la fin de 1742. Son secrétaire a écrit sous sa dictée, et l'abbé n'a pu y ajouter que quelques lignes, d'une main tremblante, avec des brouillons... Il a près de quatre- vingt cinq ans.

De ces quatre projets, celui de l'arbitrage prend tout naturellement à lui seul une dizaine de pages. Quant aux autres, ce sont : (( L'établissement d'une académie politique pour avoir à choisir entre plus de bons sujets de meilleurs intendants, les meilleurs conseillers d'Etat et les meilleurs ministres, pour faire faire dans chaque Etat plus de progrès dans la science la plus importante de toutes les sciences humaines. )) — « L'établissement des prix de vertu, dans les collèges, pour rendre un jour le genre humain plus vertueux et par conséquent plus heureux. » — Enfin, « rétablissement du scrutin exempt de cabales, pour faire rendre plus sûrement justice dans les promotions aux officiers les plus distingués entre leurs pareils par leur mérite national. » On peut dire que l'abbé de Saint-Pierre mourut la plume à la main, fidèle jusqu'au bout aux idées qu'il avait défendues et prêchées pendant tout le cours de sa longue existence.

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