Ouvrages de politique et de morale, t. XVI, p
LES DERNIÈRES ANNÉES
un pareil ouvrage ; ils aiment mieux employer leur temps à gagner de l'argent, à guérir ceux qui sont malades d'intempérance. Aussi prît-il lui-même la plume pour décrire les avantages de la sobriété et pour donner les moyens de l'acquérir.
N'exagérons point toutefois, et l'abbé, quand il en avait l'occasion, était un excellent convive. « Je crois que, pour entretenir la santé du corps et de l'esprit, il faut de temps en temps un peu d'extraordinaire dans les repas, et surtout un peu de bon vin ^. — Je n'achète rien au prix de ma santé, j'en ai trop peu pour la risquer ; mais, après tout, je ne suis pas fâché de regarder une demi-bouteille de bon vin, tantôt comme remède, tantôt comme préservatif contre un certain excès de sérieux qui ressemble fort à la mauvaise humeur ^. » Il écrit même un jour : « A m 'entendre faire les éloges du vin pris quelquefois en plus grande quantité qu'à l'ordinaire, vous me prendriez pour quelque ivrogne ; mais à me voir boire sans crainte un demi- verre de vin d'Auvillers, vous me prendriez sans peine pour un homme qui n'est pas assez mal avisé pour chercher le plaisir dans l'excès ^. »
Dans les dernières années de sa vie, au moins à partir de 1737, l'abbé de Saint-Pierre avait laissé le soin de sa maison à son secrétaire Henri Riqueur et à sa femme. Moyennant la somme de six cent soixante-quatorze livres « par quartier », ils s'étaient chargés de la « nourriture ordinaire * » de l'abbé et de ses quatre domestiques ^ « avec la fourniture de bois, de chandelle et de blanchissage ^ )> ; et suivant convention, passée devant Davust notaire, le 31 juillet 1742, Riqueur louait à l'abbé de Saint- Pierre un carrosse et deux chevaux pour sept cents livres « par