‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 75 sur 287 · Ibid., t. XVI, p · texte numérisé non relu

Ibid., t. XVI, p

4. Après l'inventaire fait à la mort de l'abbé, Riqueur réclame, en plus de ses gages, la somme de « soixante livres pour avances et déboursés faits par lui pendant la maladie dudit de Saint-Pierre pom- dépenses extraordinaires, tant pour volailles, gelées et médicaments. »

5. Les quatre domestiques de Tabbé étaient : Hem-i Riqueur, sa femme, François Daudin, dit petit laquais, payé cent cinquante livres par an, et Jeanne Guerrand « fille, servante, domestique », payée cent vingt livres.

6. Tous ces détails sont fournis par le scellé fait par M*^ xA.braham Desnoyers après le décès de l'abbé.

quartier, w Les gages de Riqueur et de sa femme s'élevaient à quatre cents livres par an.

Nous ne savons pas exactement à quelle époque l'abbé abandonna le logement qu'il occupait au Palais-Royal depuis plus de quarante ans ^, pour aller habiter au faubourg Saint-Honoré non loin du salon de madame GeofPrin et de l'hôtel du comte de Saint-Pierre, son frère, dans une maison appartenant au sieur de Pernet, maître d'hôtel du roi.

Il avait au rez-de-chaussée ^ une salle à manger, une cuisine et un bûcher, ainsi qu'une écurie-remise, avec un jardin dont l'entretien lui coûtait quarante-huit livres par an.

Le premier étage était composé de quatre pièces : une antichambre, sa chambre à coucher et un cabinet donnant sur la rue, une seconde chambre occupée par Riqueur et sa femme. Au troisième étage, l'abbé avait loué deux autres chambres, l'une pour les domestiques et l'autre pour servir de débarras.

Il ne sera peut-être pas sans intérêt de décrire le mobilier de la principale chambre, celle où il est mort et qu'il occupait lui-même. On verra qu'elle servait à la fois de bureau, de salon et de chambre à « Messire Charles-Irénée Castel de Saint-Pierre, abbé commendataire de l'abbaye de la Sainte-Trinité de Tiron, ordre de Saint-Benoît, diocèse de Chartres, l'un des quarante de l'Académie française et ci-devant premier aumônier de feu S. A. R. Madame, duchesse d'Orléans. »

D'un côté de la cheminée, une armoire ^, de l'autre un grand bureau à écrire et deux tablettes remplies de livres * ; un poêle de fonte, une pendule à répétition, six fauteuils de bois de hêtre

1. Dans les manuscrits de M. Genty, les lettres adressées par l'abbé de Saint-Pierre en 1739, sont encore datées du Palais-Royal. — Il avait un bail, 16, faubourg Saint-Honoré.

2. Aussitôt après la mort de l'abbé de Saint-Pierre, Abraham Desnoyers, avocat au Parlement, conseiller du Roy, commissaire au Châtelet de Paris, fut requis d'aller apposer les « scellés et cachets » sur les « meubles et effets » se trouvant dans l'appartement et d'en « faire telle description que de raison. » (Archives nationales, Y 15, 172). Cf. aux Pièces justificatives, p. 360, un extrait de l'inventaire.

3. La clef de cette armoire était dans la poche de culotte de l'abbé, nous dit le notaire. Dans la poche il y avait 210 livres, et dans l'armoire 174 livres.

4. La bibliothèque était dans le cabinet près de la chambre, et la plus grande partie des papiers dans la chambre du troisième étage.

LES DERNIÈRES ANNÉES

verni recouverts d'étoffe, une petite table de travail, deux autres tables recouvertes de serge verte, des tentures en k siamoise flambée », un petit tabouret recouvert de tapisserie, un lit et tous ses accessoires, un lit de repos, un vieux fauteuil de commodité, une chaise de commodité recouverte d'une étoffe bleue, un tableau ovale, peint sur toile, représentant Louis XIV, tels sont les meubles qui furent trouvés, au moment du décès, dans la chambre de l'abbé par M® Desnoyers, notaire.

Il ne paraît pas que le défunt ait laissé un testament, encore bien qu'il pensât à la mort, et qu'il ne s'en effrayât pas : « J'ai atteint aujourd'hui la quatre- vingtième année de mon âge, avec de la santé, écrivait-il le 13 février 1738. Si la vie est une loterie pour le bonheur, il se trouvera qu'à tout prendre il m'est échu un des meilleurs lots que je ne changerais pas contre un autre, et il me reste une grande espérance au bonheur éternel. ))

Le dernier écrit que nous possédons de lui, daté du 15 avril 1743 ^, ne comporte qu'une petite page. Il se termine par cette phrase inachevée : (( 0 Paradis immortel qui commencera pour un homme mortel, mais dont le bonheur conmmencera dans la vie future, et s'il commence il ne finira point, parce que ce qui est fini ne peut avoir de fin... »

Il paraît que peu de jours avant sa mort, il reçut la visite de Voltaire, et que celui-ci lui demanda comment il envisageait sa fin prochaine. Comme un voyage à la campagne, répondit-il ^. La veille même, à quelqu'un de son entourage, il répétait le mot de Patru : « Un mourant a bien peu de choses à dire lorsqu'il ne parle ni par faiblesse, ni par vanité. »

Si l'on en croit d'Argenson, l'abbé aurait consenti par condescendance pour sa famille à remplir ses devoirs de chrétien sur son lit de mort. Mais la cérémonie terminée, il aurait rappelé le prêtre et lui aurait dit : « Qu'il n'avait qu'à se reprocher cette action, qu'il ne croyait pas un mot de tout cela, que c'était une vile complaisance pour sa famille et pour sa maison et qu'il voulait être le confesseur de la vérité toute sa vie. »

Cette version doit être exacte. On n'a aucune raison d'en douter. C'était la façon courante dont on quittait la vie au milieu

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