Donc quatorze jours avant sa mort. (Ms. Genty
2. Voltaire. Œuvres complètes en 52 volumes. Edition Moland cliez Garnier, 1883-1885, t. XIV, p. 129.
l'abbé de SAmT-PIERRE
du xviii^ siècle : Bien qu'on ne crût à rien, on se jugeait obligé de subir le cérémonial ordinaire et de mourir, comme on avait vécu, esclave soumis de la mode et des habitudes mondaines.
Malgré Boileau, qui avait fait à ses confrères un sermon digne de Bourdaloue sur le pardon des injures ^, l'Académie avait décidé de ne point faire à Furetière de service funèbre. Elle traita l'abbé de Saint-Pierre avec plus d'indulgence et le 9 mai 1743 un service fut célébré pour le repos de son âme à l'église des Cordeliers « soit pour, réparer une destitution que l'Académie moderne n'approuvait pas ; soit parce que les torts du défunt plus qu'effacés par 20 ans de proscription n'avaient eu pour objet aucun de ses confrères ; soit enfin, car nous voulons croire qu'on n'oublia pas la meilleure raison, parce qu'un citoyen si vertueux ne devait pas être frustré des honneurs funéraires qu'on accorde à tant d'hommes indignes de les obtenir^. »
On lui donna pour successeur Maupertuis, cet ancien officier de la Roche-Guyon devenu mathématicien. Mais l'éloge de l'abbé de Saint-Pierre fut interdit et il fallut que Maupertuis renonçât à jeter sur la tombe de l'académicien défunt ces vaines fleurs qui, suivant l'expression de d'Alembert, n'ajoutent assurément rien à la renommée, mais qui ne doivent se refuser qu'au vice. La responsabilité de cette prohibition fut, à l'époque, attribuée à l'abbé Boyer, évêque de Mirepoix, précepteur des enfants de
1. « Messieurs, leur dit-il, il y a trois choses à considérer ici : Dieu, le public et V Académie. A l'égard de Dieu, il vous saura sans doute très bon gré de lui sacrifier votre ressentiment et de lui offrir des prières pour un mort qui en a besoin plus qu'un autre, quand il ne serait coupable que de l'animosité qu'il a montrée contre vous. — Devant le Public, il vous sera très glorieux de ne pas poursuivre votre emiemi par delà le tombeau ; et pour ce qui regarde V Académie, sa modération sera très estimable quand elle répondra à des injures par des prières et qu'elle n'enviera pas à un chrétien les ressources qu'offre l'Eglise pour apaiser la colère de Dieu ; d'autant mieux, qu'outre l'obligation indispensable de prier Dieu pour vos ennemis, vous vous êtes fait une loi particulière de prier pour vos confrères. »