‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 80 sur 287 · Pfister. Etudes sur le règne de Robert le Pieux, p · texte numérisé non relu

Pfister. Etudes sur le règne de Robert le Pieux, p

peut-être même auparavant ^, et qui interdisait de faire la guerre, sous peine d'excommunication, pendant certaines périodes déterminées. En 1041, le concile de Montriond, près de Lausanne, déclare que tout chrétien doit s'abstenir de faire la guerre depuis le soir du mercredi jusqu'au matin du lundi, pendant le temps de l'Avent jusqu'à l'octave de l'Epiphanie et de la Septuagésime à l'octave de Pâques. Quelques années plus tard, en 1054, le concile de Narbonne ajoute à cette liste de jours pacifiques : la semaine de la Pentecôte, les fêtes de la Vierge, de saint Jean-Baptiste, de saint Pierre-aux-Liens, de saint Laurent, de saint Michel et de saint Martin. Les docteurs des universités de Bologne et de Padoue interviendront comme arbitres pour mettre fin aux luttes des petits états d'Italie et d'Allemagne, en attendant que le pape lui-même soit appelé à juger les différends entre les nations chrétiennes.

La doctrine est facile à résumer : Tous les hommes sont fils de Dieu et frères en Jésus-Christ, rachetés par le même sang, appelés au même bonheur. Il doit donc y avoir une répercussion de cette solidarité, c'est la vertu de charité et l'effet de cette charité mutuelle est précisément la paix. A dire vrai, dans ces préoccupations théologiques, il semble bien que l'idée d'une législation positive des relations entre peuples n'a pas effleuré avec netteté l'esprit du moyen âge, autrement que par l'intermédiaire de la religion chrétienne.

Peut-être faut-il faire cependant une exception à propos des hérétiques cathares ou albigeois. Ils divisent l'histoire en trois parties. La première période, au temps d'Abraham, avait vu le règne du Père, c'était alors le règne de la justice ; la seconde, à l'avènement du christianisme, caractérisée par l'amour fraternel, était le régime du Fils. Enfin, disaient-ils, nous entrons dans une troisième période, le règne du saint Esprit qui est aussi le règne de chacun de nous ^. Et pour le mieux réaliser, ils proposaient l'union par delà les frontières, espérant arriver à une entente parfaite, in concordiam ^.

Plus tard, la question pacifique se pose sur un autre terrain. On abandonne la morale pour faire appel à l'intérêt, mais, en

Page 1