‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 82 sur 287 · Ibid. Préface, p. iv · texte numérisé non relu

Ibid. Préface, p. iv

l'abbé de saint-pierre politique

fait connaître que la religion n'est le plus souvent qu'un prétexte pour en venir aux mains ^. Il ne fera pas non plus mention des guerres nécessaires qui ont « jadis contraint plusieurs nations de sortir en troupe de leur pays et chercher, par force, nouvelles demeures^ )>, car aujourd'hui ces « débordements de peuples » sont excessivement rares.

Il reste donc, au dire d'Emeric Cruce, quatre causes de guerres, qu'il va étudier successivement : « Pour l'honneur, ou pour le profit, ou pour réparation de quelque tort, ou bien pour l'exercice ^ )).

Uhonneur que l'on recherche dans les combats ne mérite que le mépris, quand il n'est pas mis au service du droit. « Quelle apparence y a-t-il d'estimer tant une chose que les imbéciles animaux peuvent exécuter ? » L'inconstance de la fortune se joue des plus grands et, au lieu de trouver la réputation qu'ils cherchent, les hommes tombent parfois en une honteuse servitude et servent de jouet à leurs ennemis. Aussi, tant que les princes ne travailleront pas à une concorde générale, ils auront toujours de quoi craindre, d'autant -plus que « bien souvent un peuple reculé, dont on se doutait le moins, est capable de ruiner une monarchie * ».

Le profit, que l'on croit retirer de la guerre, est encore plus incertain que l'honneur. Les princes y épuisent toujours leurs finances et « pour deux soldats qui s'y enrichiront, on en trouvera cinquante qui n'y gagneront que des coups ou des maladies incurables... Celui qui se peut vanter le plus de ses exploits militaires, c'est le Grand Seigneur, car, outre que ses sujets font profession des armes, ses entreprises ont réussi si heureusement qu'il n'y a, pour le présent, monarchie comparable à la sienne. Voyez néanmoins ce qu'il a gagné depuis plusieurs ans. Il n'a quasi fait que se défendre et a été réduit à des extrémités par ses propres sujets qui lui doivent bien faire penser à sa conservation, plutôt qu'à une nouvelle conquête, et considérer que, si la force établit les monarchies, elle les peut aussi ruiner ^ ».

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