Ibid., p. 13 et
Les violations de Vintégrité territoriale et des droits de succession à la couronne sont, d'après Cruce, la troisième cause des guerres et peut-être la moins facile à supprimer. Il suffit cependant de contempler l'origine des empires et des royaumes pour trouver une solution. La royauté vient de Dieu, comme les bornes des seigneuries et des royaumes sont tracées par lui. Il fait des changements quand bon lui semble, et il n'est en la puissance d'aucun prince de rompre un ordre divinement établi, même pour rentrer en possession de ses anciens droits ^.
Enfin la guerre peut avoir pour cause principale le besoin qu'ont certains hommes de prendre les armes, de sentir la poudre, de mettre la main sur le pommeau de leur épée et le pied sur un champ de bataille. Le monde n'est pas fait pour de telles gens ; il n'y a qu'à les envoyer chez les cannibales et les sauvages qui n'ont rien de l'homme que la figure ^.
De toutes ces constatations nous devons forcément déduire, continue Cruce, que la guerre est inutile, qu'elle est toujours nuisible et que personne ne se trouve dans la nécessité d'y avoir recours. Une conclusion s'impose alors, c'est qu'il faut la supprimer et assurer à perpétuité ^ le règne de la paix. Comment ? Par l'arbitrage des potentats et autres souverains.
Tous garderont leurs possessions en l'état où elles se trouvent et ils enverront des ambassadeurs dans une ville d'Europe, Venise par exemple, pour former un conseil chargé de juger tous les différends qui pourraient survenir. « Pour autoriser davantage le jugement, on prendrait avis des grandes républiques qui auraient aussi en ce même endroit leurs agents » telles les républiques de Venise et de Suisse ; et si quelqu'un « contrevenait à l'arrêt d'une si notable compagnie, il encourrait la disgrâce de tous les autres princes, qui auraient beau moyen de le faire venir à la raison. »
Pour entreprendre un projet aussi important, il faut qu'un prince puissant exhorte tous les autres. « Il n'y a personne qui soit plus capable de cela que le pape. C'est son devoir de moyenner une concorde générale entre les princes catholiques. )) Quant