Ihid, p. 60 et
l'abbé de saint-pierre politique
aux Mahométans, qui sont une partie notable du monde, le roi de France, plus que tout autre, « pour le crédit et réputation qu'il a parmi eux, pourra plus aisément les faire condescendre à la paix ^. »
Tel est, dans ses grandes lignes, le projet d'Emeric Cruce. Nous ne saurions dire d'une façon précise en quelle estime il fut tenu par les contemporains, bien qu'il ne paraisse pas avoir exercé une très grande influence... du moins s'il faut en croire les rares auteurs qui en parlèrent alors. Dans la Bibliographia politica, Gabriel Naudé trouve que le Nouveau Cynée a été « fait plutôt par récréation d'esprit que par aucune opinion qu'eut l'écrivain que l'avis qu'il donne peut jamais réussir^ » et quelques années plus tard, en 1664, Charles Sorel écrit dans la Bibliothèque françoise ^ : « Il y a un livre appelé le Nouveau Cynée qui donne des avis pour établir une paix générale et la liberté par tout le monde. On se figure quelque chose à y souhaiter pour y trouver du succès. »
C'est Grotius, le fameux jurisconsulte hollandais, qui semble avoir fait le meilleur accueil au Nouveau Cynée, quand deux ans après Emeric Cruce il écrira ces quelques lignes dans son De jure pacis et helli : « Il serait utile et en quelque sorte nécessaire que les puissances chrétiennes fissent entre elles quelque espèce de corps, dans les assemblées duquel les démêlés de chacune se terminassent par le jugement des autres non intéressées et que l'on cherchât même les moyens de contraindre les parties à s'accommoder sous des conditions raisonnables »
Quoi qu'il en soit, le livre d'Emeric Cruce eut l'honneur d'être réédité l'année qui suivit son apparition, en 1624. L'auteur n'y apporta aucune modification ; il changea seulement le titre de son ouvrage. Au lieu du Nouveau Cynée ou Discours d'état représentant les occasions et moyens d'établir une paix générale, il écrivit : Le Cinée d'état sur les occurences de ce temps. C'était le premier Traité pour rendre la paix perpétuelle.