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Russie, ri^utriche et la Prusse coupaient en trois la Pologne et s'en partageaient les morceaux ; elles en prirent possession. Oserait-on dire — à moins d'admettre qu'un acte de brigandage international suffit pour constituer un titre — qu'elles en acquirent la propriété ?
L'objection cependant n'a pas dû échapper à l'abbé de Saint- Pierre, mais il lui fallait arracher le consentement de ceux dont il voulait obtenir la signature ; et le moyen de faire renoncer l'Empereur à la possession de la Hongrie, de Naples et de Milan ! Il aime mieux, dans une seconde partie, indiquer aux souverains les puissants motifs qu'ils auront de signer les cinq articles, cet (( élixir merveilleux » qui ramènera l'âge d'or. Il s'adresse d'abord à l'Empereur, puis au roi de France, enfin aux autres potentats d'Europe. Il est intéressant de le suivre dans les arguments qu'il emploie et qui ne sont pas sans faire honneur à la fécondité de son esprit.
« Heureusement pour toutes les nations de l'Europe, dit l'abbé, au début du chapitre qui concerne l'Empereur ^, je puis parler devant un prince très prudent, très raisonnable, très éclairé, très équitable qui consulte en public et en particulier des personnes sages et des gens de bien affectionnés à sa personne et à sa maison, qui s'intéressent à son bonheur et à sa gloire. Il peut peser leurs raisons et prendre son parti avec sagesse. Ainsi je puis espérer que si ces mémoires vont jusqu'à lui, je n'aurai pas exposé en vain qu'il est de son plus grand intérêt de solliciter l'alliance générale et indissoluble entre tous les souverains chrétiens. )) L'Empereur, c'était alors Charles VI, dont le but principal était d'assurer sa succession à Marie-Thérèse, sa fille, qu'il voulut faire reconnaître par les puissances, ce qui n'empêcha pas, du reste, après sa mort, la guerre de la succession d' Autriche. L'abbé de Saint-Pierre va lui prouver que le seul moyen de garantir la durée de sa maison sur le trône, et d'assurer l'exécution de la pragmatique sanction, c'est de signer les cinq articles. Il lui promet encore « l'augmentation de son revenu et de ses sujets » et il termine par une comparaison entre Charles- Quint victorieux et Charles VI pacificateur. « La gloire de Charles VI — à supposer naturellement qu'il signe les cinq