Ibid., p. 117 et tome III du Projet de Paix Perpétuelle
4. Ibid., p. 118, 119, et tome III du Projet de Paix Perpétuelle.
l'abbé de SAmT-PIERRS
le bienfait de cette panacée, c'est le peuple turc pour l'expulsion duquel l'abbé se prononce, mais non sans démontrer que l'entreprise sera aussi avantageuse que possible aux puissances confédérées ^.
Le Projet de Paix perpétuelle comporte une troisième partie où l'abbé de Saint-Pierre développe les objections, qu'on lui a faites ou qu'on aurait pu lui faire ; il y répond méthodiquement avec l'espoir de convaincre tous ses lecteurs ^. Mais il est une objection à laquelle il n' a pas répondu, et elle est fondamentale. Rousseau l'a présentée dans son Jugement sur la paix perpétuelle. « Les souverains se soumettront-ils dans leurs querelles à des voies juridiques que toute la rigueur des lois n'a jamais pu forcer les particuliers d'admettre dans les leurs ? Un simple gentilhomme offensé dédaigne de porter ses plaintes au tribunal des maréchaux de France, et vous voulez qu'un roi porte les siennes à la diète européenne ? Encore y a-t-il cette différence que l'un pèche contre les lois et expose doublement sa vie, au lieu que l'autre n'expose guère que ses sujets ; qu'il use, en prenant les armes, d'un droit avoué de tout le genre humain et dont il prétend n'être comptable qu'à Dieu seul ? »
En définitive, le fameux projet de l'abbé de Saint-Pierre ne démontrait qu'une seule chose, c'est que si son auteur était pétri de bonnes intentions, il ne connaissait pas la nature humaine. Autrement il eût compris que parmi tous ces souverains, auxquels il offrait son invention, pas un, même des plus petits, ne pouvait consentir à s'amoindrir en renonçant à tout jamais à l'espoir de devenir plus puissant.
1. C'est daiLS le toiiie III du Projet que l'abbé est le plus explicite. Dans V Abrégé il n'est question des Turcs qu'incidemment : l'auteur parle des dépenses destinées à doubler les garnisons des états limitrophes de la Turquie. I/abbé a changé d'opinion car dans les deux premiers tomes du Projet (t. I, p. 269, 271 ; t. II, p. 157, 275, 295), il propose de conclure avec eux des traités d'alliance et de commerce, et même de les admettre comme associés dans l'Union européenne. Henri IV, on le sait, se prononçait pour leur expulsion.