‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 93 sur 287 · Cité par G. de Molinaki, op. cit., p · texte numérisé non relu

Cité par G. de Molinaki, op. cit., p

3. Œuvres complètes de Voltaire (Edit. Moland), t. XXIII, p. 128.

« J'ai vu, écrivait-il à Grimarest ^, quelque chose du projet de M. de Saint-Pierre pour maintenir une paix perpétuelle en Europe. Je me souviens de la devisé d'un cimetière avec ce mot : Fax perpétua. Les morts ne se battent point mais les vivants sont d^une autre humeur et les plus puissants ne respectent guère les tribunaux. Il faudrait que tous ces messieurs donnassent caution bourgeoise : Un roi de France par exemple cent millions d'écus et un roi de la Grande-Bretagne à proportion, afin que les sentences du Tribunal puissent être exécutées sur leur argent en cas qu'ils fussent réfractaires. »

« Il n'y a que la volonté qui manque aux hommes pour se délivrer d'une infinité de maux... écrivait le même philosophe à l'abbé lui-même, le 7 février 1715. Un souverain qui le veut bien, peut préserver ses états de la peste, il peut encore garantir ses états de la famine, mais pour faire cesser la guerre il faudrait qu'un autre Henri IV, avec quelque grand prince de son temps, goûtât votre projet. Le mal est qu'il est difficile de le faire entendre aux grands princes. Un particulier n'ose s'y émanciper et j'ai même peur que de petits souverains n'osassent le présenter aux grands... Je vous souhaite, monsieur, autant de vie qu'il en faut pour goûter les fruits de vos travaux ^. »

Grimm lui-même, qui est sympathique à l'abbé de Saint- Pierre, écrira un peu plus tard : « S'il est vrai que Henri IV se soit préoccupé du projet de la monarchie universelle et que son ministre Sully ait eu dans la tête celui d'une paix perpétuelle, ne faisons point à ces deux grands hommes l'injure de croire qu'ils aient conçu ces projets d'une manière aussi puérile que le bonhomme Saint-Pierre et son rédacteur Jean- Jacques Rousseau ^. »

D'autres se seraient découragés ; pour l'abbé de Saint-Pierre, ce fut un stimulant que cette avalanche de plaisanteries. Confiant dans la vérité de sa cause, il organisa en faveur de son

Page 1