‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 94 sur 287 · Cité par E. Goumy, op. cit., p · texte numérisé non relu

Cité par E. Goumy, op. cit., p

2. Lettre datée de Hanovre. ( Œuvres de Leibniz, publiées pour la première fois d'après les manuscrits originaux avec notes et introduction, par A. FoucHER DE Careil. Paris, 1862, t. IV, p. 325). Cette lettre est suivie des Observations sur le Projet d'une paix perpétuelle de M. l'abbé de Saint -Pierre (p. 327).

3. Correspondance de Grimm, Diderot, etc.. Edit. Tourneux, t. IV, p. 395.

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traité une véritable persécution contre les ministres ou contre les princes ennemis auprès desquels il avait accès. Sa persistance était telle qu'on a dit de lui qu'il aurait adressé son livre à Charles XII s'il l'eût connu, ou bien à Attila, si Attila eût été encore en vie.

Nous voyons son nom revenir à tout propos sous la plume infatigable du roi philosophe Frédéric II. « L'abbé de Saint- Pierre, écrivait-il à Voltaire le 12 avril 1742, l'abbé de Saint- Pierre, qui me distingue assez pour m'honorer de sa correspondance, m'a envoyé un bel ouvrage sur la façon de rétablir la paix en Europe et de la constater à jamais. La chose est très praticable... Il ne manque pour la faire réussir que le consentement de l'Europe et quelques autres bagatelles semblables ^. »

Ce à quoi Voltaire informé que son royal correspondant avait fait venir douze danseurs et danseuses de l'Opéra, répliquait le 15 mai suivant : « Mon espoir (en la paix) n'est pas uniquement fondé sur le projet que l'abbé de Saint-Pierre a envoyé à Votre Majesté. Je présume qu'elle voit les choses que veut voir le pacificateur trop mal écouté de ce monde et que le roi philosophe sait parfaitement ce que le philosophe qui n'est pas roi s'efforce en vain de deviner... Ce qui me donne une sécurité parfaite; c'est la douzaine de feseurs et de feseuses de cabrioles que Votre Majesté fait venir de France dans ses états. On ne danse guère que dans la paix ^. »

Monté sur le trône en 1740, Frédéric était entré la même année en Silésie, à la tête d'une armée, pour enlever cette province à l'héritière de Charles VI. On vit alors le successeur du plus fidèle allié de l'Autriche, tourner sa puissance contre une maison longtemps défendue et secourue par ses ancêtres. Ne trouvant qu'une faible résistance, il devint bientôt maître des places les plus considérables ; et l'armée suivante il continuait sa campagne qui ne devait se terminer qu'en 1745, après la victoire de Friedberg. De tels événements ne pouvaient échapper à l'abbé de Saint-Pierre et nous trouvons dans les manuscrits

1. Lettre datée de Tribau. (Œuvres complètes de Voltaire. Edit. Moland, t. XXXVI, p. 124.)

2. Lettre datée de Paris. (Œuvres complètes, même édition, t. XXXVI, p. 127.) Cf. p. 142. 145, etc.

que M. Genty nous a confiés ^, des remarques datées les unes du 10 mars 1741, les autres du 8 avril. Elles montrent à quel degré l'abbé poussait l'optimisme quand il s'agissait de son rêve.

« D'un côté, toutes les louanges que nous avons entendues sur la justice du roi de Prusse, disait-il, ses lettres de politesse à la reine de Hongrie, ses écrits pleins de maximes justes, surtout l'ouvrage précieux qu'on lui attribue contre les fourberies, les scélératesses et les injustices approuvées par Machiavel, forment un préjugé très grand en faveur de son caractère juste. Mais de l'autre, son entreprise d'entrer à main armée dans une des provinces de la reine de Hongrie, y faire des conquêtes malgré les garnisons qu'il a faites prisonnières de guerre, lui qui pouvait, avant d'employer la voie de la force et de la violence, employer la voie des souverains médiateurs et même des juges souverains composés de la diète de l'Empire, voilà ce qui fait paraître au gros du monde une contradiction manifeste dans le caractère de justice de ce prince tant vanté comme juste. Voilà ce qui forme Vénigme politique. »

L'abbé explique cette contradiction. C'est que Frédéric n'a pas vu de quel côté était le bon droit. Faute de lumières suffisantes le monarque est tombé dans l'injustice malgré sa bonne intention. Son gouverneur aurait dû lui répéter souvent : Tenez pour mal moral, pour injuste tout ce que vous ne voudriez pas qu'un autre fit contre vous. Voilà ce qui lui a manqué. Aussi doit-on l'éclairer ; et le vieillard de montrer en quoi l'invasion de la Hongrie n'est pas admissible et de conseiller au roi de Prusse, pour retrouver sa bonne réputation, de s'en remettre au jugement d'arbitres comme les Hollandais et les Anglais. H profite de l'occasion pour demander au souverain de contribuer « à former en Europe une ligue totale, défensive et perpétuelle et un arbitrage perpétuel entre les souverains par la signature des cinq articles fondamentaux pour y rendre la paix perpétuelle et inaltérable. )>

On sait de quelle façon Frédéric tint compte des exhortations de l'abbé. A ce moment là même, au mois d'avril, il surprenait à Molvitz le comte de Neipperb qui commandait vingt-cinq

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