CHELLES
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sa curiosité sur ce point dans la cinquantième édition des œuvres des écrivains sus-mentionnés.
La prière du matin se fit, par une heureuse coincidence, vis-à-vis de l’église de l’Ange- Gardien. J’ai toujours trouvé un charme ravissant dans la prière du matin faite en communauté, mais ce jour-là surtout, il y avait je ne sais quoi de saisissant dans ces groupes nombreux qui, agenouillés en plein air, confiaient à la brise matinale leurs premières aspirations d'amour envers le Créateur. Oh1 si toutes les excursions commencaisnt ainsi par la pensée de Dieu 1 Si tontes les journées de plaisir étaient ainsi consacrées par la prière !: (
Un philosophe chinois a dit que l'attente enlève l'appétit. De cette assertion on peut de suite tirer deux conclusions ; premièrement que le susdit chinois était fin observateur, et deuxièmement que nos élèves sont à cet endroit aussi chinois que ceux dont ce philosophe parlait. Depuis deux jours, la promenade était le thème ent des causeries, et la veille on était précisément arrivé à ce point culminant de la surexcitation où l'appétit disparait. Au souper, les coupeurs de pain étaient, comme l’Ofhello de Shakespeare, sans occupation ; le plus maussade des lecteurs du réfectoire eût pu dominer le cliquetis des fourchettes.
Mais dame ! en attendant les estomacs s’étaient creusés. Si l'appétit vient en mangeant, je vous le certifié, il vient plus vite en jeûnant. Aussi, quand, après la prière, M. le Directeur eut annoncé le déjeuner, je crus pour un instant qu’il avait proclamé l’ouverture des vacances, tant furent spontanés les cris de joie qui accueillirent cette nouvelle. Tels, lorsque sur le bord du nid que l’amour maternel a bâti au sommet de l’orme, l’oiseaumère paraît ave la pâture désirée, les oisillons, encore vierges de plumages, ouvrent un large bec et s’agitent convulsivement, tels les écoliers affämés s’agitarent autour d’un immiconse plat de jambon et de sorn beef, dont les tranches succulentes disparaissaient, disparaissaient, disparaissaient..…..
Arrivés en face de la Bonne Sainte-Anne, nous chantâmes l’Ave Maris Stella, ensuite les accords de la musique saluèrent l’apparition du Petit-Cap, terme de notre voyage.
Il nous parut d’abord soulevé au-dessus des eaux, comme un présent qui nous descendaït des cieux ; mais quand nous fûmes arrivés
au bout de l’île, il prit une assiette plus ferme,
et déjà nous distinguions les pins, les falaises, les maisons de la grande ferme, le tout dominé par la cime majestueuse du Cap-Tour* mente. L’antcre est jetée au milieu de bruyants hourrahs—terme anglais qui, de nos jours, exprimait la plus vive satisfaction-—la berge
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est mise à l’eau, une soixafitaine de personnes, prêtres, ecclésiastiques et écoliers, y trouvent place ; les avirons fendent l’onde, cinq ou six minutes s’écoulent, le bord est atteint, et le premier quart desexeursionnistes est débarqué sans accident sur une belle grève tapissée de verdure. Le spectacle offrait alors dans son ensemble quelque chose de vraiment beau.
En face, nous avions la campagne parée de toute la première fraicheur d’un printemps un peu en retard ; sur les eaux, qui dormaient
tranquilles et transparentes, se réfléchissaient
les formes arrondies du ‘ Saint-George ; ” les groupes joyeux que nous voyions à travers les érables, les vivats énergiques, les gais propos, entremêlés des accords de la musique, tout cela formait un tableau dont les charmes n'échappèrent à personne.
Plusieurs prêtres, avec MM. les ecclésiastiques et quelques écoliers, prirent les devants, afin de pouvoir dire.la sainte messe avant l’arrivée de laeommunauté. M. X. resta en arrière, afin de surveiller le débarquement qui fut des plus heureux.
J'aurai occasion dans le cours de ces annales de vous. parler, cher lecteur de trois cents ans, des beautés qui ornent le Petit- Cap. Je m'en fais même une obligation
très-stricte. Car ces beautés sont hélas !
du genre de toutes celles que nous trouvons sur la terre : elles passent, et passent bien
rapidement ; ot, side ne puis arrêter”les ravages du temps, je me crois au moins en Conscience d’arracher, en autant qu'il m'est possible, leur souvenir à l'oubli. Je me contenterai donc de dire, pour le présent, que les premiers arrivés y trouvèrent tout à sa place, comme aux plus beaux jours des vacances, grâce au zèle éclairé de M. V. qui avait fait poser les oratoires, balayer les allées, orner la Chapelle, préparer Liesse et la salle de billards. Bref, il n’y avait que lui-même qui ne fût pas en bon ordre ; et, disons-le, il était passablement chiffonne par la fatigue qu'il s'était donnée. :
Vers huit heures, nous étions à causer autour de la table du déjeuner, lorsque tout-àcoup les échos du petit bois, qui s’étaient révoillés aux sons de la bande, nous apportèrent la nouvelle de l'arrivée prochaïne de nos compagnons. |
Nous sortons à la hâte, et deux minutes après, ils défilaient quatre par quatre, précédés de M. X., à travers la route Wellington, et débouchaient sur la pelouse, en face du château Belle-Vue. Une chaleureuse harangue (1), un air de musique, de nouveaux hourrahs, et les rangs se remplirent au son
(1) Cette harangue fut prononcée par l’abbé Doherty lui-même. Se donnant comme le seigneur du château, il souhaîita la bienvenue à ses nombreux visiteurs, dans un discours tout pétillant d’esprit.
de la cloche de la chapelle qui annonçait la messe. ÆElle fut dite par M. le G. V.T. Un chœur bien organisé exécuta plusieurs morceaux de chant ; il va sans dire que le goût de M. V. se trahissait partout dans l’ornementation du sanctuaire. Au sortir de l’église, on visita Liesso, le petit bois, le fort.Saint- Louis, et comme l'heure avançait, on organisa sans tarder