‹ L'abbé Doherty [microforme]Chapitre 13 sur 28 · LA PROMENADE DE LA CIME · texte numérisé non relu

LA PROMENADE DE LA CIME

Le chroniqueur, à qui l’on a imposé le de” voir de faire le rapport de cette promenade»

sent au début qu’il a nne rude tâche à accomplir. Lorsqu'une course se fait avec ce qu’on

est convenu d'appeler ‘la petite bande, ” vous êtes facilement au fait de tout ; rien ne vous échappe, vous avez vu et entendu tout le monde. Les bons mots, les facéties, les impressions drolatiques de chacun, en vous mettant à même d’enjoliver votre compte-rendu, vous permettent de rendre justice à tous. Mais quand la foule des promeneurs à 2RN 4 la communauté, et que la file s'étend depuis le haut de la côte Saint-Louis de Gonzague jusqu’au chemin du roi et au-delà, on comprend qu'il est impossible de tout saisir, de tout noter. Je me vois donc dans la triste nécessité de passer sous silenee mouït hauts faits de tout genre, de laisser dans l’ombre mille

traits sointillant d'esprit, mille réparties vives et enjouées-qui auraient /luminé mon récit, comme ils ont fait carillonner les éclats de rire joyeux parmi les rangs, durant tout le parcours. C’est pourquoi l'on voudra ne pas me taxer d'égoïsme, si je ne relate, à peu de chose près, que les incidents particuliers au cercle dont je formais un modeste rayon.

Cette réserve faite, en faveur de la vérité, et en guise d'amende honorable, je sens que ma conscience est plus à l'aise, et que ma plume coulera plus facilement.

“ Ceux qui désirent faire partie de la pro- ‘“ menade voudront passer à droite, pour que “ nous puissions en voir le nombre, et faire ‘ensuite un partage égal des provisions “ entre ceux qui partent et ceux qui demeu- “ rent ici. C’est une course un peu fatigante ; “ voyez-y avant de l’entreprendre. ” Ce petit discours, que M. C. nous adressa du haut du perron, laissait tout le monde libre de choisir ses amusements de la journée ; mais il ne diminua pas le nombre des promeneurs. Toute la communauté, à l'exception peut-être d’une vingtaine, se rangea vers la droite, et la distribution des vivres commença

À nous voir en ce moment on eût dit la nation juive au sortir des ombres de la terre d'Egypte. Chacun, emeffet, ou du moins pres:

que tous, portaient quelque objet qui devenait

précieux, à raison du voyage que nous allions

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entreprendre. Celui-ci pliait sous le faix d’un énorme sac de pain; celui-là le suivait de

rès avec le beurre tout fraichement enlevé à a Petite Ferme ; l’un portait de la viande fraiche, un autre un jambon des plus arrondis ; ceux-ci étaient munis de gourdes, ceux-là de tasses de ferblanc ; d’autres étaient chargés à la manière du quatrième officier qui assistait au convoi funèbre du défunt Malbrook, mais ils se consolaient par la perspective d’être souvent de relai. M. X., dont la science s’appuie sur une longue expérience, nous donna quelques avis sur la manière de marcher sans se fatiguer, nous fit quelques recommandations, puis, la clochette, à la main, se mit à la tête de la colonne qui partit incontinent dans l’ordre suivant. À l'avant-garde, MM. les ecclésiastiques, précédes de M. T. au centre ; MM. les Grands avec le gros.....des provisions ; MM. les Petits fermaient la marche avec ordre de pousser devant eux les trainards, et de ne pas trop lambiner.

Presqu'’à chaque pas aux alentours du Petit- Cap vous rencontrez des endroits consacrés

ar quelque souvenir. C’est ici la rivière de loue fameuse par ses goujons, et les ébats fréquents de nos petits barbotteurs ; c’est là la grotte aux punaises, autour de laquelle voltigent les échos à la voix moqüeuse et stridente ; plus loin coule la Friponne, qui fait grincer la scie du petit moulin, et tout près; à

l'ombre des falaises, fleurit le pommier, qu’un

rsonnage célèbre planta, dit-on, sans s’en outer. Dans la route Saint-Charles, on trouve les rivières Rouge ct Billion ; et, sur le versant de la montagne, le classique Simoïs, le Pactole, le Lethce, et aïnsi de suite. Or, comme M. X., qui s'était chargé du rôle de cicerone, ne pouvant communiquer à tous, les intéressants détails qui se rattachent aux lieux traversés, il convint d'en fuire part à ceux qui l’entouraient, et ceux-ci à. leur tour devaient les télégraphier de rang en rang, tout comme nos pères se renvoyaient les nouvelles avant que Franklin eut arraché au ciel le secret de l’étincelle électrique.

Nous étions partis du château Belle-Vue à neuf heures, et à neuf heures et demie nous faisions notre première étape au petit moulin. Nous pensions pouvoir gravir la falaise sans arrêt, mais rendus au haut de la première côte, notre guide crut devoir ménager les faibles, et ordonna une halte, qui fut, du reste, du goût de tous. MM. les Ecclésiastiques continuèrent cependant leur route, et nous ne

‘les revimes qu’au pied de la croix, sur le sommet de la montagne. Après quelques minutes de:repos, on nous cria de nouveau en route ; et nous nous engageñmes dans la : sinuosité de la montée, par une route compa- -rativement récente, due à l’industrie de M.

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