L'ART DE VOIR ET L'ART DE NE PAS VOIR
Vous ne sauriez vous imaginer combien il est peu de personnes qui voient clair.
Je ne veux pas dire que les lunettes soient en grande demande; car je parle au figuré ; et d’ailleurs, dans une dissertation sur les goûts, on à affirmé que plusieurs portent aujourd'hui des lunettes plutôt pour orner leur profil que pour remédier au défaut de la vue. Ce que je veux dire, c’est qu’un grand nombre de gens marchent les yeux fermés ; ou bien, comme. les idoles des Gentils, ts ont des yeux et ne voient pas. Tel par exemple ne trouve rien à remarquer là où tel autre a mille nuances à saisir, mille choses à observer; Celui-ci voit dans un pré jusqu'aux insectes qui y sautillent, tandis que l’autre ne voit qu'un champ êt rien de plus. Je demandais l’autre jour à un philosophe s’nior l’explication de ce phénomène. (On sait que ces Messieurs voient des phénomènes partout:
ainsi un écolier faisant un pensum pendant la récréation serait un phénomène !)—"‘* Eh! me répondit-il, c’est que votre individu est si rempli de lui-même qu'il ne daigne pas porter son attention sur ce qui se passe en dehors de lui:”” La critique, j'aime à le croire, est un peu sévère. Il y a peut-être dans le fait que je signale plus de paresse irréfléchie, de noncha-