‹ L'abbé Doherty [microforme]Chapitre 22 sur 28 · NE · texte numérisé non relu

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lance d'esprit, que de véritable mépris de ce qui n'est par soi. IL n’en est pas moins constant que, pour une raison ou pour une autre, beaucoup de personnes ne remarquent pas une foule d'objets fort intéressants pour

d’autres mieux instruits dans l’art de voir, et

se privent ainsi de beaucoup d'agrément tout en perdant de nombreuses occasions de s’instruire.

Je n’ai nulle envie, eroyez-le bien, de m'ériger en Mentor; mais ces quelques réflexions m'ont été suggérées par un trait dont j'ai été témoin, il y a quelque temps, et que je me permettrai de vous raconter. .

Je me trouvais pendant les vacances chez un respectable cultivateur. J'étais à causer avec lui par un beau matin, lorsque ses deux fils, Jean et petit Pierre, l’un de dix et l'autre de onze ans, arrivèrent d’une proménade. Je m'avisai de leur demander s'ils s'étaient bien amusés, et je fus frappé des impressions qu'ils rapportaient de leur eourse. L’ainé s'était fort ennuyé, et il n'avait recueilli de sa promenade que le souvenir de la chaleur qui l’accablait et de la poussière dont il était couvert. ‘ Vraiment, ajouta-t-il, ce n’était pas la peine de faire une promenade d’une heure pour ne rencontrer que notre chien en sortant, etun pauvre tout couvert dé guenilles, et,

uand nous avons voulu nous reposer, des urmis que je déteste souverainement. Mais ce

qui m’a ennuyé encore plus, c’est que Pierre : s'y amusait, et était presque scandalisé de ce que je ne trouvais pas tout cela fort beau. ?’

Petit Pierre, effectivement, pendant toute cette jérémiade, donnait des marques évidentes de désapprobation : il ouvrait de grands yeux, hochaïit la tête, et brûlait d'envie de parler, si bien qu’il eut beaucoup de peine à attendre son tour. Laissons-le raconter lui-même ce qu’il appelait ses aventures : ‘Comme nous sortions, dit-il, le soleil commençait à pa:

raître au-dessus des grands ormes, près du verger, et semblait dire qu’il ferait tout ce qui dépendrait de lui pour nous donner une belle journée ; et il n’a pas manqué à sa promesse. Les petits oiseaux étaient evidemment tous

-en vacances, et il fallait voir comme ils en profitaient. Leurs vacances durent toujours, et ils ont l'air d'y prendre plaisir ; mais je ne sais pas s’ils n’en auraient pas encore davantago:s’ils avaient travaillé comme nous pendant une partie de l’année. Mon père nous a dit que plus nous travaillons au collège, plus nous trouvons les vacances belles.

Dans l’avenue, nous fimes la rencontre de notre gros chien Pélops, qui,.en voulant jouer avec nous, faillit, par ses caresses un peu trop brusques, me jeter à terre. Cela m’a rappelé la fable de Florian, qu’on m’a fait apprendre cette année, et dans ‘laquelle il est dit que l'éléphant écrasa un rat de ses connaissances,

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en voulant: lui faire des amitiés. Pélops nous aurait bien rendu un pareil service, s’il en eût été capable, tant il paraissait content de nous voir. Plus loin, nous vimes un pauvre vêtu de la manière la plus misérable, Il était assis sur le chemin, et paraissait très-fatigué, ear bien qu’il fût encore matin, il nous dit qu’il avait déjà fait une longue route. La petite aumône que nous lui fimes lui fut très-agréable, il nous remercia mille fois, et je me rappellerai toujour le plaisir que j'ai éprouvé en voyant la joie qui brilla sur sa figure amaigrie. Après avoir marché encore pendant quelque temps, nous nous reposâmes sons: le vieux chène, près du petit étang, et à côté d’une fourmilère. Là, j'eus beaucoup de plaisir à observer les efforts que faisait une fourmi pour emporter un petit morceau de biscuit que j'avais laissé tomber. Malheureusement son courage était au-dessus de ses forces; elle avait beau le tirer, le pousser, en faire le tour, grimper dessus, le morceau restait toujours à. Enfin elle s'éloigna, et je crus sa patience à bout, mais, point du tout; elle revint au bout de quelques instants avec une compagne, et toutes deux, après beaucoup de diffeultés, réussirent à enlever leurproie. C'était gagner son pain à la sueur de $on front...

Mon jeune ami allait continuer lorsqu'un appel au diner le força d'interrompre. Je le félicitai sur sa belle promenade, et, tout en

encourageant son frère aîné à l’imiter, je me demandais à moi-même si je savais aussi bien profiter du temps que ce jeune enfant de dix ans. Jene me rappelle pas trop quelle fut alors ma réponse à cette question ; mais peu inporte. Ce que je sais bien, c'est que je n'avais jamais mieux compris la différence qu’il y a entre l'art de voir et l'art dene pas voir.

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