‹ L'abbé Doherty [microforme]Chapitre 3 sur 28 · B£25SE · texte numérisé non relu

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heur, lorsque l’enfant, interrompant la récitation de ses lettres sur les genoux maternels,

; | se tournait tout-à-coup vers elle pour Ini dire: . ; Maman, je t’assure que je serai prêtre, et je , te prêcherai un sermon pour ton salut.” ee : 4 ; Le Ce fut donc sa mère elle-même qui lui as donna les premiers éléments de son instruc- #+ tion, en même temps qu'elle lui inspirait les pe 1 sentiments de la plus tendre dévotion, surtout f = à l'égard de la sainte Vierge, Excellente R é : école, la meilleure de toutes, que celle d’une \ mère vraiment chrétienne : aussi n’oublia-t-il | r jamais les leçons qu'il y reçut; ce qu'on a apprend avec le cœur ne-s’efface pas facile. à- ment. ï À | Il fallait bien cependant envoyer le jeune | e Patrick, comme les autres enfants de son âge, à e | à l’école publique: On choisit de préférence 4 e celle d’un excellent catholique irlandais, M, ‘ee il Kennedy. La science de ce brave homme+ pie 0 n’était peut-être pas illimitée, mais sa foi ri n'avait pas de bornes, et c'était là, après tout, 1 le point principal. | e es progrès de Patrick, sous son nouveau ( maître, furent très-rapides: il y avait à peine ie le trois ans qu’il prenait des leçons de M. Ken- ne. 1- nedy, que celui-ci lui dit un bon jour: ‘“ Mon ot ami, il faut changer d'école, car je vous ai LE 1 montré maintenant tout ce que je savais, ” 40

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Patrick dit adieu au bon M. Kennedy pour entrer à l’école des frères de la doctrine chrétienne. Ce furent ces excellents maîtres, aussi modestes que dévoués, qui le préparèrent à la première communion. Impossible de dire avec quelle piété angélique Patrick accomplit, à l’âged’une dizaine d’années,cet acte si touchant, le plus important peut-être de la vie du chrétien. Il était déjà le modèle de tons ses petits compagnons ; et chacun admirait la candeur de sa tigure, la douceur de sa physionomie, la grâce de ses manières, la vivacité piquante de son esprit. Les prêtres qui desservaient alors l’église de Saint-Patrice, en particulier M. McMahon, desiillustre mémoire, n'avaient pas manqué de faire une attention’ spéciale à ce joli enfant aux manières engageantes qui paraissait prendre tant d'intérêt et de plaisir aux choses du sanctuaire. Quel dommage, sc disaient-ils entre eux, qu’un si rare sujet ne soit pas placé au séminaire; on en ferait sans doute un prêtre remarquable,

Mais rien ne pressait encore. Et du reste le temps que Patrick passait à l’école des frères n’était pas un temps perdu. Là, sous l'œil vigilant de ses maïtres, se dévelopèrent dans son cœur ces sentiments si heureux que sa bonne mère avait su y déposer tout d’abord et qu'elle continuait de cultiver. avec amour dans les entretemps que laissaient à son cher Patrick les heures de la classe,

. M. Doherty n'a jamais oublié les deux ou trois années qu'il passa à l’école des Frères. Rien ne peut égaler le respect qu'il conserva toute sa vie pour ces premiers instituteurs de sa jeunesse. Il avait pour eux comme une espèce de vénération, ct nous lui entendions raconter à lui-même, il n’y a pas longtemps encore, quelle vive et salutaire impression ces hommes simples et dévoués avaient su produire sur son esprit. ‘Je ne les comprenais pas tous, disait-il aimablement : je n'entendais pas un mot de français; mais même lorsqu'ils priaient en français, J'éprouvais à les écouter les plus vives émo-

tions.”

Cependant le temps était arrivé pour lui de faire dans sa vie un nouveau changement.

Ses talents, son assiduité au travail, l'avaient avancé rapidement dans ses classes, et Patrick avait pour sôn âge une somme d'instruction suffisante pour lui permettre d’embrasser dès lors la carrière du commerce.

IT eut un moment la tentation de s’y livrer.

Et chose singulière ! sa mère qui jusque-là n'avait fait pour son enfant que le rêve de le voir prêtre un jour, parut entrer tout-à-coup dans les nouvelles vues de Patrick et lui avait même déjà trouvé une place dans uno maison de commerce. |

Mais cette tentation—car c'en était une—fut

bientôt dissipée. Dieu avait sur le jeuno Patrick des vues particulières ; il permit à temps une heureuse intervention, qui ramena à leur première idée et le fils et la mère, L'un des vicaires de Saint-Patrice, de plus en plus frappé des dispositions et des

ualités de l'enfant, fit bientôt consentir

adame Doherty à le mettre externe au Séminaire de Québec.

À partir de son entrée au collége il n’y eut

plus dans son esprit un seul moment d’hésitation. Sa détermination était prise de se consacrer à Dieu ; il s’appliqua dès lors à conformer de plus en plus sa vie et sa conduite à la sublime vocation qu'il voulait embrasser.

… 1] demeura externe pendant tout le cours de ses études, Quatre mois sulement avant la fin de sa dernière année de philosophie, il voulut goûter la vie de pensionnaire, engagé qu'il y fut par M. L. J. Casault qui, voyant en M. Doherty un futur professeur du Séminaire, voulait qu'il se mit plus à même de connaitre les règlements et les usages inté.

rieurs de la maison. :

Toute sa vie d’écolier peut se résumer dans cette simple parole : C'était un élève parfait, La piété, l’obéissance, le travail asaidu, la regularité dans l’accomplissement de ses devoirs, l’éclat du talent, l’aimable modestie qui en double le prix et le mérite, tout se réunis-

sait chez lo jeune Patrick pour en fuire un écolier modèle. k Le succès ne pouvait manquer de lui sourire, Mais il ne se contenta pas des triomphes ordinaires qu'un élève simplement laborieux est sûr de remporter à la fin de chaque année scolaire. Sa conduite toujours exemplaire, sans aucun mélange de raideur ou d’ostentation, lui mérita, lorsqu'il n'était encore qu’en cinquième, une médaille d'honneur, récompense extraordinaire pour tout écolier, distinction presque inouïe pour un externe. Nous nous rappelons avec quel air naturel et aisé il reçut des mains du Supérieur cette marque si flatteuse de la haute satisfaction de ses maitres. Il était heureux sans doute ; quelle n'allait as être la joie de sa mère en voyant son cher atrick décoré ! Nous pouvons dire pourtant que ce bonheur bien légitime n’était pas plus grand que celui de ses confrères.

. Déjà, en effet, il avait su gagner l'affection de tous ceux qui venaient en contact avec lui. Déjà il commençait à exercer sur les cœurs ce talent de fascination qu’il possédait à un si haut degré et qui l’a rendu plus tard, pour mè servir de l'expression consacrée, l’ami et le favori de tout le monde.

Sincèrement aimé de tous ses confrères, il ne ge contentait pas de les édifier par sa conduite, mais il savait encore, dans leurs réunions intimes, les amuser de mille manières char:

mantes, toujours nouvelles et toujours spirituelles.

Une nature aussi heureusement douée se rencontre bien rarement ; et nous doutons qu'on püt trouver, dans un jeune homme de son âge, une plus belle réunion de qualités à la fois solides et aimables.

Son immense talent d'écrire se révéla dès les premières années de son cours d’étua &.

Il n’était encore qu’en troisième et en seconde que déjà il en fuisait l’essai avec un succès remarquable. En rhétorique la langue française lui était tout-à-fait, familière, et nous trouvons dès cette époque dans l’Abeille, petit journal rédigé et imprimé par les écoliers, quelques écrits des plus gracieux, où la verve et l'esprit le disputent à la plus fine élégance.

Pendant ses deux années de philosophie, il continua ‘d'écrire dans l’Abeille dont il fut l’un des plus brillants rédacteurs.

Lé séjour et les amusements du Petit Cap de Saint-Joachim lui inspirèrent les pages les plus aimables : oh ne peut les lire sans admirer les ressources intarissables de son esprit et de son imagination.

Il est impossible de rien trouver nulle part de plus joli, de plus spirituel. |

Nous n’entreprendrons pas d'apprécier ses écrits. Nous aimons mieux laisser au lecteur le plaisir de juger par lui-même avec quelle facilité étonnante, quelle souplesse d’expression, quelle finesse de style, quelle richesse d'imagination, enfin, et par-dessus tout, avec qüelle spirituelle et piquante originalité il avait appris à manier la langue française.

Et dire que Patrick ne savait pas un mot de cette langue lorsqu'il vint s’asscoir pour la première fois, timide et naïf enfant, sur les bancs de la septième! N'y a-t-il pas là quelque chose de vraiment merveilleux ?

C’est donc en français qu'il fit ses premières armes comme écrivain. Disons de suite qu’il n'oublia pas pour cela sa langue maternelle.

Les écrits qu'il a laissés en anglais, et qui datent surtout des deux dernières années de sa vie, ne le cèdent en rien à ceux que lui doit la littérature française. $Ses lettres écrites de Rome à l’époque du Concile, son journal de voyage, seraient lus avec avidité par ceux qui peuvent goûter les beautés de la langue de Shakespeare.

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Nous mentionnions tout-à-l’heure le Petit Cap de Saint-Joachim. C’est là un nom qui résonnait d’une manière bien douce aux oreilles de M. Doherty. Encore tout jeune

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écolier, il commença à aller y passer ses

vacances. Chaque année, fidèle à son amour pour ce petit paradis de délices que la nature semble avoir créé tout exprès pour des éco:

liers en vacances, notre aimable Patrick était le premier rendu. Nous ne dirons pas, nous ne pourrions jamais dire les mille et mille amusements qu’il savait y créer, tous les tours agréables qu’il imaginait, la vie et l'animation que son esprit inventif, que sa gaité inépuisable répandait partout. Ecolier, séminariste, prêtre, \. Doherty a été pendant je ne sais combien de vacances, et jusqu’à l’année dernière, l’âme de Saint-Joachim.

Les échos du Petit Cap répèteront pendant longtemps le nom de celui qui avait su, par son intarissable esprit, rendre le séjour de Saint-Joachim l’endroit de vacances le plus aimé et le plus populaire qui se puisse imaginer.

Nous sommes loin d’avoir tout dit sur ses années d'’écolier. IL faut cependant nous borner ici et le suivre dans une nouvelle phase de sa vie. Sa vocation à l’état ecclésiastique, nous l'avons vu, datait de loin, puisque déjà, sur les genoux de sa mère, elle surgissait comme d’instinct dans son âme et se révélait dans ses premières saillies d'enfant. Il prit la soutane en septembre 1861, et fut hômmé aussitôt maître de salle dans la divi-

sion des petits, ainsi que professeur de sixième. Cette première année de son Grand Séminaire fut signalée par une maladie très-grave qui le conduisit à deux doigts de la mort, et qui porta à sa constitution délicate un coup fatal dont elle n’a jamais pu se relever complètement.

Après avoir été professeur de sixième pendant une année, il fut chargé d'enseigner anglais dans diverses classes, emploi. qu'il occupa pendant tout son séjour au Séminaire.

Inutile de dire combien il était aimé de ses élèves ; jamais professeur ne sut mieux que lui gagner l'affection des enfants. Etant maître de salle, il passait souvent la récréation du soir au pied de la tribune des exercices, entouré d’un grand nombre d’élèves, leur racontant mille histoires de toutes sortes qu'il savait embellir et rendre beaucoup plus intéressantes encore par des épisodes imaginés sur le moment et débités avec un charme inimitable. Les enfants prenaient à ces entretiens un intérêt si vif qu'ils n’hésitaient pas à sacrifier leurs jeux les plus aimés pour écouter les histoires de M. Doherty. (C'était

our eux la plus douce des récréations.

- L'année 1864, qui était pour lui la troisième de son Grand Séminaire, mérite une mention toute spéciale. Ceux qui, comme nous, ont été à même de connaitre sa scrupuleuse régularité, son esprit de sacrifice et d’abnégation,

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