‹ L'abbé Doherty [microforme]Chapitre 4 sur 28 · TE · texte numérisé non relu

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apprendront sans étonnement qu'il se crut appelé à l’état religieux. Encore écolier, il avait déjà pensé à se faire Jésuite et s’en était même ouvert à quelques uns de ses amis. Depuis son entrée au Grand Séminaire, il avait mûri à loisir cette idée de sa jeunesse. Après avoir prié, consulté, fait prier, il se décida, fit généreusement à Dieu le sacrifice de sa liberté, de ses amis, de sa famille, et brisa d’un seul coup vigoureux les mille liens qui l’attachaient si fortement à l’endroit de sa naissance. Nous fûmes plus chagrin que surpris de recevoir à Rome la lettre dans laquelle: il nous apprenait cette grande nouvelle : ‘ Quand vous recevrez cette lettre, nous écrivait-il, je serai novice chez les Jésuites, où je dois entrer avec la grâce de Dieu, le 18 juillet. Félicitez-moi, mes chers amis, d’avoir été l’objet de tant de bonté de la part de Dieu ; car, vous le savez, s’il est une grande

râce, e’est d’être appelé à l’état religieux.”

it après s’être recommandé à nos prières, il nous disait adieu pour aller de bon cœur s’enfermer dans ce tombeau du noviciat où le jeune homme marqué de Dieu doit laisser sa volonté propre afin de s’abandonner entièrement à celle du divin maitre. Dieu se contenta de son sacrifice. Une seule chose manquait à sa vocation, mais une chose essentielle pour la vie sévère du Jésuite : c'était la santé.

Quatre jours après son entrée au noviciat, il était, c’est lui-même qui nous l’écrivit, ‘ sur son grabat, attaqué de pleurésie. ?” Force lui fut donc de revenir au grand Séminaire, non qu'il renonçât à son idée chérie d’être Jésuite, mais espérant du temps les forces nécessaires pour suivre Ce qu’il a toujours cru être sa vocation. N'ayant jamais eu assez de

santé pour reprendre ce noviciat si prématu- .

rément interrompu, il eut du moins la consolation d’avoir fait tout en son pouvoir pour accomplir la volonté de Dieu ; il a sans doute

aussi, aux yeux du ciel, le mérite d’un double sacrifice.

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M. Doherty entra dans les ordres sacrés peu de temps après son retour du noviciat ct ajouta à son nom de baptème celui de Joseph, voulant allier sa dévotion pour ce grand saint à celle qu’il eut toujours pour la sainte Vierge.

Ordonné prêtre le 11 mars 1865, il célébra sa première messe dans l’église des Dames Ursulines, où quelque temps auparavant, n'étant encore que diacre, il avait fait également son premier sermon.

A dater de cette époque commence pour

M. Doherty cette vie active, ce ministère |

utile et brillant, que tout le monde connait, dont chacun se rappelle les principaux actes, et qui a marqué les quelques années de sa

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carrière sacerdotale par de nombroux et sfgnalés sorvices rendus à la religion.

Nous ne pourrions, sans dépasser les modestes bornes que nous nous sommes tracées, raconter au long la vie sacerdotale de M.

Doherty. Du reste, il a laissé dans les cœurs de tous ceux qui l’ont connu une impression que le temps n'’effacera pas. Une admiration trop vive, trop constante, trop méritée, s’est attachée à ce jeune prêtre accompli, aussi aimable que modeste, aussi poli que spirituel, aussi charitable que zélé, trop peu regardant, hélas, de son temps et de ses forces, tant il aimait à rendre service et à faire plaisir aux autres ; son souvenir sera de ceux qui ne périssent pas facilement et que l'oubli, défaut si naturel à l’homme, laissera intact dans la mémoire publique.

Nous avons déjà dit de quelle heureuse nature la Providence l'avait doué : il réunissait toutes les plus belles qualités du cœur et de Vintelligence. Son amabilité, l’affabilité de ses manières n'était égalée chez lui que par cet esprit irlandais si vif, si original, que tout le monde admirait et dont la source paraissait inépuisable. Nous n'insisterons pas davantage sur la beauté de -son caractère : qu’il suffise de dire ce que chacun répète, —c'était un type, un type: unique et Rated de gracieuseté et de finesse.

Ces heureuses qualités, jointes à son talent

ur écrire et parler, lui permirent tout d'abord de rendre à la ville de Québec et au diocèse les services les plus appréciables.

Quelques-uns peut-être, par sympathie pour sa faible santé, durent croire qu’il ne ménageait pas assez ses forces. Il est vrai qu’il se prodigua avec le zèle ie plus infatigable. Comment toutefois lui-en faire un crime ? Ce défaut, si c'en est un, est l'accompagnement presque nécessaire de la plus belle des qualités ; la charité qui porte à aider les autres, l’ardeur du bien qui ne calcule pas assez avec les exigences d’une frêle constitution.

M. Doherty, tout en continuant d'enseigner l'anglais au Séminaire, se livra de suite à la prédication, et recueillit dans ce ministère difficile des succès éclatants. N’étant encore que diacre et au Grand-Séminaire, il voulut inaugurer sa Carrière de prédicateur par l’évangélisation des humbles; il prêcha et conduisit lui-même les exercices de tout un mois de Marie en faveur des employés du Séminaire. Ces braves gens n’ont pas oublié ce bel acte de bienveillantefcharité; ils lui en témoignèrent alors et lui conservent encore aujourd’hui toute leur reconnaissance.

Il n'avait peut-être pas toutes les qualités qui font les orateurs hors ligne; il lui manquait assurément cette exhubéranee de force physique plus nécessaire qu’on le pense pour pouvoir donner à l’esprit tout l'élan dont il

se sent capable. Il suppléait à cela par les ressources de son imagination, par la facilité étonnante de sa parole, et surtout par un fond inépuisable de douce onction qu'il devait à son admirable piété, et à l'amour le plus tendre pour la sainte Vierge.

Il serait absolument impossible de dire le grand nombre de sermons, d'instructions, d'homélies, qu’il a prêchés dans toutes les églises de Québec, et dans un grand nombre de paroisses de la campagne, tant en anglais qu’en français. Aimant naturellement, même passionnément, la prédication; pouvant se préparer avec la plus grande facilité ; parlant presque sans effort aucun, si ce n’est l’effort

hysique qu’il méprisait, il se trouvait dans es conditions voulues pour être invité à précher partout, à tout moment; et il était trop bon pour refuser.

Il prècha à l’église de Saint-Patrice un avens et un carème complets, outre un grand nombre de sermons détachés qui tous furent écoutés avec admiration par la population irlandaise. Il donna également à l'Institut Suint-Patrice, dont il fut le président pendant quelque temps, ‘n bon nombre de lectures sur divers sujets, tantôt religieux tantôt littéraires ; et sut toujours, grâce aux immences ressources de son esprit, intéresser vivement les nombreux auditoires qu'il trainait à sa suite.

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Môme une fois ou deux, entre autres lorsqu'il s’agit de défendre la nation irlandaise contre les injustes attaques d’un ministre de Montréal, M. Irvine, la salle de l’Institut fut jugée bien trop étroite pour le nembre de ceux qui désiraient l’entendre, et l’on dut choisir la vaste enceinte du Music Hall.

L'Institut sut reconnaître ces services importants dans bien des circonstances. Du reste l'assemblée spéciale qui eut lieu immédiatement après la mort de M. Doherty ; les résolutions de condoléance qui y furent vo-" tées ; la présence de tous les membres en corps à ses funérailles; tout cela prouve combien la population irlandaise était fière de posséder dans ses rangs ce jeune prêtre si distingué:

Une chose bien remarquable, c'est que les deux langues française et anglaise lui étaient aussi familières l’une que l’autre, soit pour écrire soit pour parler. Nous étions même

orté à croire qu'il connaissait plus à fond la angue dans laquelle il «avait fait ses études classiques ; mais ceux qui ont parcouru ses écrits anglais assurent que la langue de Shakespeare n'avait pas pour lui plus de secrets que celle de Bossuet.

On sait qu’il écrivit soûvent pour réfuter q P

l'erreur ou pour combattre les calomnies ré-

LS pandues dans certains journaux par des esprits préjugés ou ignorants. Sa polémique était fine, polie, et toujours appuyée sur les meilleurs arguments.

Pour achever de donner une idée aussi exacte que possible des travaux qui ont oceupé M. Doherty pendant les premières années de sa vie sacerdotalc, nous devons mentionner ici plusieurs conversions à l'Eglise catholique qui furent dues à son zèle et à son habileté. Il est facile de comprendre la joie qu’il éprouvait à ramener au bercaii ces pauvres brebis égarées. ‘ Je crois, écrivait-il au mois de mai

-1865, à la suite de la conversion d’un personnage important, qui avait même été ministre de Ia “ Haute Eglise, ” je crois réellement qu'il n’y a rien de si consolant, de sitouchant que de voir l’abjuration d’un protestant. Prions et demandons à Dieu d'augmenter le nombre de ces heureux retours. ?” Assurément qu’il reçoit aujourd’hui de la part de ceux qu'il a ramenés à la vraie foi ce secours puissant de la prière qu’il invoquait alors pour eux.

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