‹ L'abbé Doherty [microforme]Chapitre 5 sur 28 · KT L · texte numérisé non relu

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L'année 1869 trouva M. Doherty beaucoup affaibli dans sa santé. Il était évident que sa charge de professeur, jointe aux travaux extérieurs que son ardeur lui faisait entreprendre, devenait trop forte pour la délicatesse de sa constitution, Il se décida, non sans chagrin, à

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dire adieu au Séminaire et à embrasser tout à fait le ministère sacerdotal, dont il avait jusque là partagé les labeurs plutôt par zèle que par devoir.

Mais, avant de prendre une nouvelle position, il voulut faire le voyage d'Europe et de la Terre-Sainte. C'était depuis longtemps son rêve favori: enfin, ileut le bonheur de visiter l'Irlande, pays de ses pères, d'assister à l’ouverture du grand Concile et de recevoir la bénédiction de l’Immortel Pontife, de baiser avec amour la terre sacrée qui a été arrosée du sang de Jésus-Christ. Ce voyage il le fit en homme d’esprit et de eœur, ne se conten-tant pas d’une admiration stérile qui ne laisse après elle aucune trace durabie, mais cherchant à se former, pour son âme de chrétien et de prêtre, comme un trésor précieux de douces et pieuses émotions, dans lequel il pût er:uite puiser sans relâche.

Plus tard, sans doute, quelqu’un pourra publier son journal de ‘voyage et les lettres qu'il écrivit de Rome et de Jérusalem à sa sœur (1) ainsi qu'à quelques amis. Nous avons été assez heureux pour parcourir plusieurs de ces pages tout empreintes de foi et de piété admirable, de ces descriptions magnifiques où s’étalent toute la richesse de sa belle imagination et les ressources intarissables de son esprit. Nous voudrions pouvoir en re-

(1) Sœur Sainte-Christine, religieuse aux Ursulines.

produire ici quelques-unes ; malheureusement pour les lecteurs français, tout ce qu’il a écrit pendant son voyage est dans la langue anglaise.

De son séjour à Rome nous ne voulons mentionner qu'un trait : ce fut l’étroite amitié qu'il lia avec les zouaves canadiens. Ces braves et nobles jeunes gens ne tardèrent pas à découvrir dans M. Doherty un de ces esprits toujours en verve avec lesquels les relations de société sont si agréables. Il obtint parmi eux et même dans tout le bataillon une immense popularité. On sait qu'il revint de Rome en compagnie du premier détachement de nos courageux défenseurs du pape, dont il fut constitué chapelain pour le temps du voyage. Son nom est toujours demeuré à

l’ordre du jour chez ces héroïques croisés de la Nouvelle-France.

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De retour de Rome, au printemps de 1870, M. Doherty fut envoyé comme vicaire à Sainte-Catherine. On avait pensé sans doute que le séjour de la campagne serait favorable au rétablissement de sa santé déjà compromise. Il n’en fut rien. Au bout do dix mois environ, après avoir conquis à Sainte-Catherine, comme partout où il était allé, l'estime ot l'affection universelles, il revint à Québec pour prendre à Saint-Roch et à l'Hôpital de

- Marine, la place laissée vacante par la mort du regretté M. Joseph Catellier.

Il était à peine‘installé dans ses nouvelles charges qu'il lui fallut s’en éloigner. Ce fut pour lui un nouveau et bien pénible sacrifice ; mais sa santé l’exigeait, ses amis le déterminèrent à aller demander au climat de la Géorgie le recouvrement de ses forces, de plus en plus épuisées. Il fut absent pendant trois mois, et lorsqu'il revint, quoiqu'il ne fût pas guéri, il y avait cependant dans son état un changement des plus heureux.

On ne voulut pas toutefois lui permettre de remplir encore son office de chapelain à l'H6pital de Marine ; mais il prit avec courage sa place de vicaire à Saint-Roch.

C’est là, dans cette bonne et religieuse paroisse de Saint-Roch, au milieu des soins les plus attentifs et les plus propres à lui redonner la santé, si c'eût été dans les desseins de. Dieu, que M. Doherty a passé la dernière année d’une carrière remplie d'œuvres et de travaux. Ses amis, ses confrères, l’excellent curé qui eut toujours pour lui des attentions si charitables et si paternelles, tous eussent désiré le voir plus soigneux de sa santé, plus économe de ses forces. Mais comment modérer une ardeur si bouillante ?

Comment arrêter et tenir en repos cette activité dévorante que Dieu lui avait donnée et qu'il avait vouée au service de la religion ?

L'empèêcher de travailler, ne pas lui permettre d'exercer ce ministère des âmes, qu’il aimait’ tant, c'eût été le rendre malheureux et peut-être avancer l’heure dé sa mort. Mieux valait, tout en le réglant par les conseils de l'amitié, laisser à son zèle l'essor dont:'ilavait besoin.

Son séjour à la paroisse de Saint-Roch n'a pas été long, une année à peine depuis son voyage du sud. Dans ce court espace de temps, néanmoins, il prêcha un bon nombre de fois et toujours avec ce talent de persuader et d'aller au cœur qui distinguait ses sermons.

Pendant le dernier carème, quoiqu'il fût assidu au confessionnal, il trouva le temps de donner aux membres de la société de Saint- Vincent de Paul, üne suite de conférences, dans lesquelles il raconta, avec un charme inexprimable, les principaux incidents de son voyage d'Europe et d'Orient. Il se préparait à prècher dans la Congrégation de Saint-Roch, pour la circonstance solennelle du 80ème anniversaire de la naissance de Pie IX, lorsqu'il se sentit frappé de la maladie qui a mis fin à ses jours. |

Toute la population de Saint-Roch lui était déjà extrèmement attachée et Paimait sincèrement, On ne pouvait se lasser d'admirer chez lui cette charité douce qui cherche sans cesse à consoler les peines d'autrui ; ce zèle infatigable qui n'a d'autre calcul que le bien

des âmes à produire ; cette piété tendre et confiante qui édifie les âmes et les porte à aimer Dieu.

Nous avons déjà mentionné en passant le culte qu'il avait voué à la sainte Vierge. C'était depuis les premières années de son enfance sa dévotion favorite, et à mesure qu'il avança dans la vie, son amour de la divine Mère devint de plus en plus vif. Il était admirable lorsqu'il prêchait sur ce sujet, cher à son cœur. Quand il avait une grâce à obtenir, c'est à Marie qu'il s'adressaït, à Marie en qui il avait mis toute sa confiance et dont il se montra toute sa vie l'enfant dévoué et reconnaissant.

Aussi, est-ce pendant le beau mois de Marie, suivant le désir qu’il en avait exprimé, que la sainte Vierge est venue retirer du monde celui qui l’aima tendrement et qui tant de fois excita dans le cœur des autres, en chaire et au confessionnal, l’amour de cette Mère des miséricordes. M. Doherty a été frappé au milieu même de l’exercice du ministère le

lus consolant et le plus sacré. La veille de Éasgemion au soir, après avoir confessé jusqu’à une heure très-avancée, il sentit les premières atteintes de la maladie cruelle qui l’a ravi à l'affection universelle. IL passa littéralement du confessionnal au lit de mort.

Une constitution plus forte, une santé moins compromise que la sienne, eût eu des chances

d'échapper au danger. Pour lui, déjà si faible, il fut tout d’abord accablé et ne put survivre à la première complication.

Il mourut le 20 mai, vers minuit, après avoir été muni de tous les derniers secours de notre sainte religion.

Nous ne dirons qu’un mot de ses funérailles, qui ont attiré dans l’immense église de Saint-Roch la foule la plus compacte, la plus recueillie, la plus sympathique qu’il soit possible de voir. On peut dire que la ville entière prit part à cette démonstration. de deuil. Les catholiques des deux origines, confondant leurs rangs, leurs regrets et leurs larmes, voulurent témoigner par leur présence de l’estime profonde, de l'affection sincère que depuis bien des années ils avaient vouées à ce jeune prêtre si bon et si aimable.

Les prêtres en grand nombre, la foule des fidèles, après avoir assisté au service solennel qui fut chanté dans l’église de Saint-Roch, accompagnèrent jusqu’à la chapelle des Dames Ursulines les restes mortels de M, l'abbé Doherty. C’est là que son corps repose en paix, sous la garde pieuse de sa sœur bienaimée et des bonnes religieuses qui lui avaient voué l’estime la mieux méritée, pendant que son âme jouit déjà, nous-en avons la confiance, de la récompense des justes.

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Notre tâche est finie. Puisse ce faible gage d'amitié contribuer à garder intact et vivace le souvenir du jeune prêtre dont la perte affecte si péniblement la religion et la patrie.

Nous lui laissons maintenant la parole, à lui qui savait si bien s’en servir, Chaqué fois qu'il s'agissait d’égayer, d'amuser agréablement mais surtout d’instruire et d’édifier; et nous, souhaitons au lecteur le même plaisir que nous avons éprouvé nous-même en relisant encore une fois ces pages quelque fois graves, plus souvent gaies et badines, mais toujours aimables et spirituelles, où M. Doherty sc peint LS avec toutes les qualités dont il était

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