PROFESSION AUX URSULINES
: M. Doherty, après avoir fait quelques réflexions sur le contraste que présente le tableau qu'il va tracer avec celui de l'article précédent, continue dans les termes suivants.
Entrens au moment où se tire le rideau qui sépare l’église de la chapelle intérieure, et contemplons un moment ce qui se présente à nos yeux. Là-bas on aperçoit à travers la grille toute la communauté, les religieuses occupant leurs places ordinaires au chœur ; ici les parents et les amis se pressent près de la balustrade du sanctuaire ; au milieu, et de manière à être vue de tous, est agenouillée la postulante. C’est la dernière épreuve qu’elle Aura à subir avant de se jeter entièrement entre les bras de son divin époux. Aussi le monde et la religion semblent avoir réuni tous leurs attraits dans ce dernier combat où il s’agit de l'empire de son cœur. Et certes, les forces sont imposantes des deux côtés ; car si la religion lui montre la paisible solitude, la paix de l’âme et les célestes joies qui.les accompagnent, le monde lui présente des parents chéris, des amis sincères, et déroule devant ses yeux tous les plaisirs de Îa vie.
Etes-vous indécis sur le côté qui remportera la vietoire ? Regardez l’objet de cette lutte, et,
ar la douce résignation, l’aimable tranquilité qui règne sur les traits de la jeune vierge,
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Fi vous reconnaitrez immédiatement que Île monde n’a plus de charmes pour elle, et que les triomphes précédents de la religion sont un gage assuré de ee dernier.
Après la bénédiction du voile par Monseigneur l’Administrateur, qui officiait en cette occasion, on chanta l'Evangile qui fut suivi du sermon de cireonstance par le Rév. Père B. Le célébrant se rendit ensuite au guichet de la grille, près de laquelle s'était placée la postulante, et après les questions ordinaires : “ Ma fille, que demandez-vous ?” et quelques autres, il retourna à l’autol et la messe commença.
Mais voici le moment de la communion, l’Evêque portant l’Eucharistie se rend de nouil veau aupri de la postulante ; et celle-ci il ayant adofé profondément .le Très-Saint Sacrement, lit à haute voix la formule écrite et signée par elle de ses vœux"do pauvreté, de
| chasteté et d’obéissance. On lui présente
| une plume avec laquelle elle trace une croix au bout de sa signature ; puis, après avoir il communié, elle se tre. et se mettant à genoux 1 devant la Supérieure, elle lui présente le par- 11 chemin qui comprend l'expression de ses V a: vœux. . ne” D Qu'elle est belle et imposante cette scène, | oùs8e déploie toute la majesté du culte catho- 1h lique ! Certes, la religion qui peut inspirer à ( ses enfants de semblables sacrifices, dait être 0
sainte et véritable. D'un côté, l’humble créature, soutenue par la foi, se dépouille solennellement, en présence de son Dieu, de tout ce qu’elle a de plus cher ; elle renonce à tout, jusqu’à sa liberté, afin de se dévouer tout entière au service de l’Agneau ; de l’autre, le Roi des Rois daigne recevoir ce sacrifice des mains de sa servante !
Après la messe, le célébrant quitte sa chasuble, et, revêtu d’une chape, se place sur un trône préparé près de la grille. Après quelques prières récitées À haute voix,et cntremêlées des chants du chœur, la Supérieure revêt la postulante des habits de profession,
Jusqu’ici, la nouvelle professe a été silencieuse et recueillie ; mais maintenant il semble qu’elle ne peut plus contenir la joie qu’elle ressent d’être enfin toute à Dieu, et elle entonne le psaume : Eructavit cor meum verbum bonum, le chœur répétant après chaque verset: Quem vidi, quem amavi, in quem credidi, quem dilexi. C’est comme la première aspiration de l’âme vers son Créateur, lorsque le pardon l’a affranchie du joug du péché ; comme le chant d’allégresse qui a de l’âme lorsque pour la première fois elle contemple avec ravissement la Beauté Eternelle |
Le psaume terminé, l’Evèque entonne le Te Deum, et la professe se prosterne la face contre terre, les bras étendus en forme de croix. La première extase est passée, et confondue à la vue des bontés du Seigneur,
la nouvelle religieuse ne peut que s’humilier
jusque dans la poussière, et adorer en silence :
la miséricorde du Créateur. Cependant la communauté élève la voix pour louer la bonté divine, le ministre de Dieu remercie la Providence et chante les louanges du Divin Epoux, et dans les échos qui retentissent à travers les voûtes, il semble qu'on entend le chant des anges qui se mêle au concert des hommes,
Le célébrant prononce ensuite une bénédiction solennelle sur la religieuse qui se lève aussitôt et va se jeter aux genoux de la Supérieure, Celle-ci la relève, lui donne l’accolade fraternelle, et son exemple est suivi par toutes les religieuses en commencant par les plus anciennes.
Ainsi se termine la cérémonie ; ainsi commonce pour la religieuse cette vie d’abnégation, de solitude, de prière, qui sera suivie d’une éternité de joie et de bonheur,