LE PRÉSENT ET LE PASSÉ
— Ce grand désespoir aura un terme; Georges imposera silence a son amour, pour songer a ses intérêts... Quand je serai mariée, je verrai à lui être utile, a le protéger!
Georges ne songeait qu''à mourir !
MARIE DE MOXTBAZOIV.
La duchesse de Luynes n'aimait point son
époux; de hautes convenances, la volonté du
roi et Pambition des Montbazon-Rohan, dont
elle était Tunicfue héritière , ' voila quels
étaient les liens qui unissaient la femme la I. 40
150 MAHIK DE MONTBAZON.
plus frivole du loyauiiie a riioiiime le plus froid et le moins épris; Albert de Luynts avait toujours poursuivi sans relâche Tespèce de mission qu'il s'était donne'e, et qui consistait à se placer, lui et les siens, au-dessus de cette foule de gentilshommes qui vivaient et mouraient obscurs et inconnus ; caste sans énergie, dont les membres étaient les courtisans obligés des favoris de la royauté , a laquelle ils servaient de cortège aux jours de cérémonie et d'^apparat.
Toujours s'élever et demander beaucoup pour obtenir un peu , telles étaient les maximes favorites de M. de Luynes , dont toutes les actions, bonnes ou n>auvaises, généreuses ou intéressées étaient Tobjet d'un calcul réfléchi.
Son mariage devait lui donner une postérité et de nouveaux titres pour solliciter
les fastueuses aumônes de Louis XIII; il s'hélait marié , et son espoir avait été rempli ; un fils vivait vu le jour après une année de mariage ; et ce fils , rhéritier de son nom et de ses titres , avait été salué par lui avec une joie secrète; car sa venue, en ce monde, le débarrassait d'une importante contrainte : celle de remplir auprès de la duchesse de Luynes son rôle dVpoux!
Ce cœur endurci, cette âme , qui calculait ses élans de tendresse, cet esprit blasé, qui ne se réveillait que pour dominer , opprimer et satisfaire son ambition avide, incessante, ce premier ministre, que le roi n''osait changer, mais dont il commençait à souhaiter réloionement , Albert de Luynes, enfin, froissé par des rivalités jalouses, en butte aux sarcasmes d'ennemis puissans, qui marchaient tétc levée et parlaient haut et sans ménage-
ment, avait voulu, mais tardivement, trouver au sein de sa famille le bonheur qu'il ne goûtait pliis a gouverner Te'tat ; ses frères ne venaient le voir , Fun que pour puiser dans ses coffres, Taulre pour Tennuyer par ses déclamations philosophiques , et par des averlissemens qui ressemblaient à de sinistres conseils ; tous deux étaient détestés par Albert de Luynes qui gémissait sur leur avidité et leur aveuglement ; il avait essayé de se rapprocher de la duchesse , mais celleci se rappelait Finsultant abandon, Foutrageant mépris dont on avait payé sa tendresse, et tout ce que M. de Luynes put obtenir par ses prières et ses emportemens , c''est que la duchesse aurait pour lui , mais clans le moiide seulement, les égards auxquels, jusqu'à ce jour, il n"* avait point attaché de prix.
Le premier ministre sentant que son crédit
MARIE DE MOiXTBAZON. 153
chancelait auprès du roi , avait jeté les yeux sur la sévère Anne d"' Autriche pour se maintenir au pouvoir qu'il n''amb!tionnait que par habitude. Mais pour se faire une protectrice de la reine, Luynes n"" avait pas attendu qu''elie vînt lui reprocher Fâbandon et Tindiffcrence dont la duchesse avait fait grand bruit, et qui faisait dire aux ennemis de M. de Luynes : « Qu''il était plus habile à maintenir le royaume en paix que son propre ménage.»
Pour plaire à la reine , le duc de Luynes tenait a paraître heureux , et tous ses efforts, sa persévérance et son esprit fin et délié avaient su lui procurer ce bonheur apparent qui lui suffisait.
Toutefois ce n'^était pas assez de s''appuyer sur le crédit douteux d''Anne dWutriche; une nouvelle puissance s'établissait à la cour , et cette puissance , qui s''appe!ait Févéque de
Luçon, menaçait de devenir beaucoup plus imporlanle et plus re'elle que ne Tétait celle dont M. de Luynes se montrait si jaloux; d** abord, il dédaigna ce riva!, qui avait entrée au conseil et qui en profitait pour émettre des opinions nouvelles , défep.dues avec une habilité qui devait finir par attirer Tatlention sur leur auteur, et donner à réfléchir au roi.
Luynes combattait tout ce que Tévéquc de Luçon soutenait avec autant de talent que do persévérance; mais comme ces luttes étaient souvent défavorables au premier ministre, il avait compris qu'ail pourrait se briser contre les écueils que Tévéque de Luçon signalait à chaque pas, et Luynes, pour acheter une paix qui lui était nécessaire , imagina d'unir son neveu, M. de Comballet, a la nièce d"'Armand Du Plessis, la séduisante mademoiselle de Vij'nerod ; seulement , il ne voulut pas faire
les premières ouvertures, etjjrâces à un habile négociateur qu''il mit en avant, il eut la satisfaction cFinspirer h l'adroit évéque le désir (|uc lui-niéme ressentait.
On comprend qu''aprés avoir accueilli la demande que Tévèque de Luçon lui fit de marier mademoiselle de Vigncrod au marquis de Comballet, M. de Luynes éprouvait un cruel embarras en se voyant contraint de rompre , sans pouvoir dire hautement les motifs qui Ty obligeaient.
La duchesse attribua la résolution de son époux a un caprice , ou plutôt a une combinaison toute politique, étrangère à Phonneur delà maison de Luynes, qui, suivant elle, ne pouvait être compromis par une alliance avec la famille des Du Plessis, et comme Marie de Montbazon avait de puissans motifs pour désirer que cet hymen se fit le plus promptement
possible , elle s"'était dit , en apprenant la rupture méditée par M. de Luynes, que malgré sa volonté, elle saurait bien Pobliger a conduire mademoiselle de Vignerod à Tautel ; et pour arriver à ce but, la duchesse avait songé à Alfonse Ruccclaï, dont l'esprit et le caraclère se prêtaient merveilleusement à Pintrigue qu'elle imaginerait pour placer M. de Luynes dans une situation, d''oii il ne pourrait sortir qu'en signant le contrat de mariage du marquis de Comballet.
Avant de faire aucune démarche , la duchesse qui , malgré sa frivolité , son insouciance et ses manières affables et pleines d"'abandon , avait un sentiment profond des convenances et des devoirs que son rang lui imposait , la duchesse se fit précéder chez le marquis Alfonse Piuccelaï par un de ses laquais, porteur d\in message ainsi conçu :
MARIE DK IWOMBAZON. 157
« Vous êtes Pami de M. de Luynes et le » protégé de l'évéque de Luçon ; écoulé fa- » vorablement par Pun , certain de voir vos )) avis partagés par l'*autre, vous pouvez opé- )> rer , non une réconciliation , la situation » n*'est pas aussi grave , mais une heureuse )) diversion dans Fesprit de tous deux.
» Il faudrait un.e bien longue lettre pour )) vous dire le service que je réclame de votre » galanterie, et de celte obligeance qui vous » distingue de la foule d''égoïstes dont les an- « lichambres des grands sont chaque jour » encombrées.
» J'abrège, en vous priant de me recevoir » le plus secrètement possible ; votre pru- » dence y avisera.
1) Faites-moi savoir Fheure la plus favo- » rablc pour vous entretenir.
« Marie de Montbazon. j>
En recevant ce billel, Alfonse Ruccelaï fut étrangement surpris ; néanmoins il y répondit aussitôt :
« Je recevrai madame Ja duchesse de » Luynes , ce soir , à neuf heures ; un de « mes valets , qui se nomme Nicolas , et » sur lequel je puis compter , sera en senli- » nelle à huit heures, au coin de la ruelle ; » je me procurerai la clé d'une porte prati- » quée dans la muraille d''un petit verger, » situé derrière la maison ; c''est Paccès le » plus sur pour arriver dans mon appartc- » ment.
« Alfonse Ruccelaï. »
Et pendant que le laquais de la duchesse de Luynes retournait en toute hâte auprès de sa maîtresse , Mfonsc Kuccelaï allait a la
MARIE DE MO.NTBAZOîf. 139
recherche de Nicolas, qu'il avait envoyé courir après son protégé Georges , dont Pabsence , en se prolongeant , commençait u Tinquiéler.
Le cocher Nicolas , avec lequel nous avons fait connaissance, au moment où il versait la voiture de son maître , le marquis Alfonse Ruccelaï, avait scrupuleusement obéi a Tordre que celui-ci lui avait donné et qui consistait à
ne point se pendre pour une roue brisée, mais à boire a sa sanlé deux ou trois pots de vin, dont le marquis avait fait généreusement les frais en le gratifiant de sa bourse qui renfermait six écus; Nicolas avait bu les trois pots de vin, contenant chacun une pinte, avec une religieuse résignation; et comme son chagrin s''en allait à mesure qu''il remplissait les intentions du marquis, il voulut perdre jusqu''au souvenir de ce qu'il appelait son humiliation , et pour arriver à ce but , il avala trois autres pintes à''\iiï vin généreux (jui acheVa d''égarer sa raison et de le rendre le plus heureux des hommes, car il s'imagina, pendant une heure environ , qu''il était maître de riiôtellerie où il s** enivrait.
On s''amusa , pendant quelques instans , dû ton d'autorité avec lequel Nicolas gourmandait les garçons, et de Tempressement ^tiM mettait à vouloir être agréable aux' hôtes
lie la maison ; mais comme l'ivresse le faisait balbutier, et qu'il répétait toujours les mêmes propos, maître Simon, rhôtellier, lui tourna les talons et dispersa du geste et de la voix, ses domestiques groupés derrière lui; les uns retournèrent a Fécurie , d"" autres à la cave et à la cuisine, si bien que le cocher i^icolas resta seul avec lui-même , jurant et buvant du bout des lèvres , car la liqueur vermeille commençait à produire sur ses sens Teffet d'une amère potion ; néanmoins , il essayait toujours de boire , intimement persuadé qu'il devait goûter tous les vins renfermés dans les caves de son cabaret.
La présence d'Alfonse Ruccelaï stupéfia d''étonnement Pivrogne , qui ne songeait plus qu'il avait une livrée sur les épaules et qu'ail appartenait a un grand seigneur, aux ordres duquel il était jour et nuit; ce retour sur luimême rimpressionna si vivement qu''il écouta
silencieusement , et dans Taltilude d'un homme attentif a retenir ce qu'on lui dit , les instructions qu^^lfonse Ruccelaï lui donna pour rejoindre Georges qui n''avait pu que s'égarer dans le trajet qu''il avait a parcourir du château a riiôtellerie, dont la situation, a Textrémité de la ville, lui était inconnue.
Nicolas n''était pas en état de faire une seule objection ; et tout ce qu'il put retenir, c''est que le chevalier Georges d'Artagnan n'était pas rentré ; pourquoi? Nicolas ne s''en doutait pas , et comme le marquis en finissant de parler , lui indiqua la porte de la rue avec un geste d''impatience , il se leva en chancelant et sortit en murmurant :
-^ Il me chasse aussi ! me voila tombé en disgrâce.
Le malheureux Nicolas ne tomba que sur
un monticule de terre qui se trouva sur son passage , et où il s''endormit en marmottant une kyrielle d'imprécations et d'' invocations, touchant sa destine'e; quand il se réveilla, un homme était a ses côtés et Fappelait par son nom. Nicolas , avant de répondre , se frotta les yeux et chercha à rappeler ses souvenirs, mais ils étaient si confus qu*'il lui fut impossible de rassembler deux idées ; néanmoins , il se leva, et promena ses regards autour de lui, comme un homme qui cherche a se reconnaître , et c'est alors qu''il aperçut le chevalier, la mémoire lui revint, et s''accrochant aux habits de Georges , il lui dit d''un air consterné :
— Monsieur le chevaher, nous sommes perdus, disgraciés, exilés ; le marquis nous a chassés tous deux.
Georges haussa dédaigneusement les épaules I. H
et repoussa Nicolas, dont Thaleine exhalait de bacchiques vapeurs.
— Vous êtes ivre! lui dit-il.
— Je suis un homme qu'on vole impunément, qu''on pille! s^écria Nicolas avec Paccent du désespoir ; ah ! si vous connaissiez mes malheurs.
Et sans attendre que le chevalier lui permît de les lui raconter, Nicolas entreprit de narrer ses aventures , tout en cheminant près de Georges qui récoutait d*'un air distrait.
— Je suis honnête homme, dit Nicolas avec un ton de satisfaction, et cependant, j''ai éprouvé tous les tourmens, supporté les craintes qui sont ordinairement le partage des coquins. J*'avais hérité du cabaret de mon père, et je puis dire, avec orgueil, que Théritage paternel n'a fait que fructifier dans mes mains jus-
qu'eau moment où la plus affreuse catastrophe est venue me plonger dans un noir cachot, d'où je ne devais sortir que pour être pendu!... Et j''étais innocent du crime dont on m''accusait; mais les juges n''avaient pas voulu ajouter foi à mes protestations , et ma sentence allait recevoir son exécution, quand un grand seigneur, que je ne connaissais pas, s''intéressa a mon sort , et sollicita ma grâce qui lui fut refusée ; tout ce qa'JX put obtenir , c'est qu'au lieu de finir mes jours a une potence , j''irais les terminer sur les galères du roi , au service duquel on m"" enrôlait gratuitement. C'était triste qu''un avenir comme celui-la, mais enfin, je vivais, et pour moi je n''en demandais pas davantage, ne pouvant obtenir ma liberté. Le grand seigneur, qui s'était intéressé à mon sort , ne m'abandonna pas; et bientôt il me fut permis de le remercier de sa protection et de ses généreux
bienFails, cari! parvint à séduire mes gardiens, et ceux-ci facilitèrent mon évasion. Deux heures après ma sortie des galères , j''étais assis derrière le carrosse de mon protecteur , du marquis A-lfonse Ruccelaï , et nous quittions Marseille pour aller voyager en Italie , où la maréchaussée ne s^wisa pas d''aller me chercher.
— Fort heureusement pour vous! dit le chevalier en jetant un regard de mépris sur Nicolas.
— Pour moi , sans doute , reprit Nicolas, mais aussi pour la conscience des juges qui m'avaient condamné , car j''étais aussi innocent que vous du crime qu''on m''imputait... Mais je n''ai point de rancune , et aiijourd''hui que je retrouve mon cabaret , dont un autre s'est emparé pendant mon absence, je veux qu'il me le rende ; c'est mon bien , il m'appartient.
Tout en formulant ses désirs, Nicolas, dont la raison n''e'tait pas plus saine que ses jambes n'étaient solides, avançait en trébuchant; et malgré Tobscurité , il reconnut la porte de l'hôtellerie qu'il se persuadait être à lui.
— Vous allez m''aider à les convaincre que je suis dans mon droit en réclamant mon héritage , le patrimoine de mon père , dit Nicolas dVne voix suppliante.
Le chevalier ne lui répondit pas et entra dans la cour de l'hôtellerie, au moment où Ruccelaï allait soi tir pour rejoindre Nicolas.
— Parbleu! chevalier, dit le marquis en s''approchant de son jeune protégé , je vous croyais déjà le héros de quelque galante aventure, et le prisonnier d'une noble dame jalouse de conserver sa conquête ; votre admission , dans les mousquetaires du roi , vous a fait perdre cette excessive timidité que je
VOUS reprochais comme le plus grand obstacle à acquérir celte fortune que vous ambitionnez... Oui, voire air annonce de la re'soliition , de la confiance en vous-même... Je vous en félicite , mon ami.
— Je ne mérite point vos éloges , répliqua Georges avec embarras , car depuis que je ne vous ai vu , bien des événemens se sont accomplis, et la part active qu''il m''a fallu y prendre sera Tobjet de votre blâme. J''ai détruit votre propre ouvrage.
— Vous n'avez pas voulu accepter du duc de Luynes le brevet de mousquetaire qu'il m'avait promis pour vous?
— J'ai dû le refuser, monsieur le marquis , car il était la récompense d'une action vile et méprisable !
— Georges, qu'avez- vous fait?
— Ce que llionneur m'ordonnait.
— Et c'est le duc de Luynes qui exigeait de vous une lâche complaisance ! Le duc ! l'homme le plus vain et le plus orgueilleux du royaume! est-ce donc possible?
— Marquis Alfonse Ruccelaï, votre expérience des hommes et des choses ne devrait pas vous faire accueillir avec incrédulité ce que j''ai Thonneur de vous dire... J'ignore, je Tavoue , les usages du monde dans lequel vous avez toujours vécu, mais je sais qu'il y aurait de la bassesse à se faire l'instrument d'une vengeance qui veut avant tout s'assurer l'impunité.
— Chevalier, loin de moi la pensée de blâmer vos généreux sentimens ; vos idées , en matière d'honneur, peuvent être exagérées, mais je les respecte ; seulement comme je ne comprends pas les motifs dei votre refus,
vous me les expliquerez tout-a-Fheure, en soupant... Je vais donner quelques ordres i\ Nicolas , qui se tient à Técart , honteux d'huile ivresse dont je suis cause... Je vous suis, chevalier ; vous pouvez faire servir.
Cette fois , Ruccelaï eut moins de peines a se faire entendre de Nicolas , et a Tenvoyer se mettre en embuscade à Pentre'e de la ruelle voisine, pour guetter Tarrivée de la duchesse de Luynes ; débarrassé de ce soin, le marquis regagna lestement sa chambre , dans laquelle il avait fait dresser deux couverts ; il y trouva le chevalier, accoudé sur la cheminée, et examinant avec attention de magnifiques pistolets qu'il venait de prendre dans une boîle laissée ouverte sur le guéridon.
Ruccelaï s''arrêta sur le seuil de la porte , et sourit de la joie d'^enfant que Georges lais-
Dt LA VIE HUMAINE. 173
sait paraître en touchant les armes damasquine'es et sculptées avec soin.
— Une jeune fille serait moins heureuse, en recevant des diamans des mains de son fiancé, que vous ne serez salisfait en acceptant ces pistolets , qui vous font envie, lui dit le marquis.
Georges fit un mouvement de joie, et balbutia quelques mots de remercîmens cjue le marquis abrégea en disant :
— A table ! chevalier, soupons et causons.
Et il décoiffa une bouteille de vieux Bourgogne.
— Je ne bois ni ne mange , dit Georges en repoussant son verre.
— Vous êtes amoureux , a n''en pas douter, s'écria gaiement le marquis, et en effet, je me rappelle maintenant celte jeune fillo aux
blonds cheveux , au sourire si doux , au regard ëtincelant , qui était placée sur le balcon de la duchesse de Luynes au moment oii nous passions sous les croisées de son appartement. . , Il est trop tard, chevalier, la jeune fille est fiancée , et sa délicieuse image ne doit plus être pour vous qu'un souvenir que le temps ou un autre amour effacera.
— Vous la connaissez donc? dit amèrement le chevalier.
— Je l'ai devinée fort aisément au milieu du joli troupeau féminin qui entourait la duchesse ; je vous ai fait son portrait , je vais vous dire son nom : c'est Marie de Vignerod , unique héritière des biens et du nom de Vignerod, qui va rentrer dans la poussière du néant, car dans quelques jours elle sera marquise de Obmballet.
— Peut-être! murmura Georges cFune voix sourde.
— M. de Comballet est un sot , poursuivit le marquis, aussi vain de sa naissance qu'il est nul par son espril ; il fera un petit mariage d'enfer avec la séduisante , mais trèscoquette Marie de Vignerod , surtout si celleci reçoit , comme par le passé , les conseils de son oncle, Tévéque de Luçon. Mais ditesmoi donc, chevalier, comment il se fait que vous la connaissiez?... elle sort, dit-on, d'un couvent.
— Et c'est aussi dans un couvent , et pendant le séjour que je fis en Bretagne, alors que vous voyagiez en Irlande , que j'ai eu le malheur devoir la perfide, dont il ne me reste plus qu'à détester le souvenir.
— Ou à vous venger de son infidélité ; nous en reparlerons ; au plus pressé, que voulait
M. de Luynes , et quelle nouvelle condition mettait-il a vous admettre dans les mousquetaires ?
— Il voulait me marier.
— A une femme bien respectable.. . et bien laide ?
— A une jeune et jolie personne.
— Riche de grâces , d'attraits et de vertus» mais pauvre de patrimoine?
— Elle est jeune , elle est belle , elle est riche.
— Et vous avez refusé cette alliance ? s''écria Ruccelaï , avec Taccent de Tétonnement, mais c'est de la folie !
— Dites de la prudence , reprit Georges , car cette alliance m''assurait encore un titre de comte ou de marquis... Vous comprenez
qu'on ne jelte pas ainsi dans les bras cFun inconnu un pareil trésor sans y être forcé... J'ai deviné , dans roÉFre que M. de Luynes me faisait, un secret de honte et d'^opprobre... et comme le duc ne voulait me délivrer mon brevet de mousquetaire qu''à la condition que je souscrirais aveuglément à toutes ses volontés, j''ai refusé l'honneur qu'il croyait me faire ; mieux vaut mon obscurité que de m'enrichir de celte manière.
— Vous êtes fou , Georges, et si je ne craignais de faire une fausse démarche , je me rendrais auprès de M. de Luynes pour accepter ce que vous avez dédaigné...
— Marquis Alfonse Ruccelaï, je ne sais point composer avec ma conscience !
— Chevalier Georges d'Artagnan , quand on poursuit une vengeance avec autant de persévérance que vous le faites , on ne doit
î 78 ÉPISODES
rien négliger pour en assurer le succès. . .Prenez ce qu'on vous offre , acceptez la proteclion et Tappui du duc deLuynes, soyez époux , fùt-cc même époux sans amour ni estime , et quand vous serez fort et considéré, quand une calomnie, sortie de votre bouche , pourra blesser mortellement ceux que vous voulez perdre , alors, vous serezlc maîtrede rejeter des moyens que vous ne pouvez choisir aujourd''hui. Estce tout ?
— Mes dédains et la répugnance que je n''ai pu m'empéclier de laisser paraître m'ont empêché d''en apprendre davantage.
En ce moment, Thorloge de Téglise voisine sonnait le couvre-feu.
— Neuf heures , dit Georges avec Taccent d"'une mélancolie profonde ; il y a deux mois, à cette même heure, que je franchissais pour la dernière fois la haute muraille qui ceignait
le jardin du couvent dans lequel cette Marie de Vignerod devait attendre mon retour... Sermens et promesses, elle a tout oublie... et j'ai pu être la dupe de sa candeur hypocrite , de cette fausse naïveté dont les élans m'^enchantaient!
— La haine et l'amour sont deux sentimens qui vont mal de compagnie , articula lentement Alfonse Ruccelaï , en attachant sur Georges un regard scrutateur ; vous êtes trop jeune , mon ami , pour haïr et aimer.
— Je n'ai plus d'amour, répondit Georges avec fermeté ; quant à ma haine , elle vivra aussi long-temps que mon cœur battra dans ma poitrine... Je me souviens, moi!
-- Et moi aussi , reprit le marquis en se rappelant le rendez-vous que la duchesse de Luynes lui avait fait demander ; bonne nuit ! chevalier, cria-t-il à Georges en ouvrant la
croisée qui donnait sur le petit verger ; je vais respirer Tair frais du soir.
Georges se dirigea vers la porte du pallier où se trouvait la chambre cju''on lui avait pre'pare'e. Avant de sortir , il se retourna pour souhaiter le bonsoir à son généreux protecteur, mais celui-ci était à demi-penché sur un grossier Ijalcon en bois de chêne, imaginé par rhôtellier Simon, pour donner plus de prix à cette chambre ; aussi , Ruccelaï n''entendit pas un mot, occupé qu'il était à chercher le moyen de faire entrer la duchesse par cette fenêtre, qui, par la disposition montueuse et inégale du terrain, se trouvait à dix pieds du soî , et il avait cru qu'elle était de plain-picd avec le jardin ; en reconnaissant son erreur, Ruccelaï se frappa le front et dit avec Taccent du dépit :
— Le galant gentilhomme , dont la noble duchesse implore la discrétion et Pappui , est
DE LA. VIE HUBîAiNE. 181
à jamais percju de réputation s**!! ne parvient a se justifier de son étourderie... Dix pieds à peine ! ajouta-t-il en se penchant sur le balcon et en mesurant de l'oeil la distance qui séparait la fenêtre de la pelouse verte et fleurie , habilement encadrée d''arbres fruitiers dont les rameaux s'étendaient majestueusement au-dessus de sa tête ; dix pieds! répéta-t-il en frappant sur le balcon , rien de plus facile à escalader pour Tamoureux le plus novice et le moins entreprenant, mais une femme!
une duchesse surtout , ne saurait s''accommoder d''une voie aussi dangereuse. .. Faisons les premiers pas , et pour ne point éveiller le trop candide Georges, rappelons-nous mes nuits d''amours et de plaisirs décevants... Que m''est-il resté de ces attachemens de cœur, dont le plus long n'a pas même duré six mois? des souvenirs fugitifs , des regrets ,
et pas une pensée consolante !
En prononçant ces derniers mots, Alfonse Ruccelaï escaladait le balcon de la croisée et se laissait glisser dans le jardin, et il toucha terre sans accident , grâce à une branche de pommier, à laquelle il se retenait , et qui ne se brisa qu''au moment où son secours lui était devenu inutile.
— Vienne la duchesse et je suis prêta la recevoir, dit Kuccelaï en s''avançant vers la porte par laquelle Nicolas devait Tintroduire.
Quelques minutes s''écou]èrent sans que le silence qui régnait fût troublé par le plus léger bruit ; les nuages se groupaient a Thorizon, et peu à peu le ciel devint sombre au point de ne pouvoir distinguer a quelques pas de soi les objets cjui vous environnaient ; Ruccelaï s'en félicita, comme si cette obscurité lui eût été nécessaire ; une secrète impatience, qu'il ne s''expliquait [)as , lui faisait désirer la pré-
sence de la duchesse, et en Tattendant, il allait, d'un pas pressé, de la porte de la ruelle, à la pelouse qui était sous sa fenêtre, en se disant que madame de Luynes avait peut-être voulu se jouer de lui, ou le compromettre aux yeux du duc , en se faisant une arme offensive du billet q\ii\ avait écrit en réponse a la lettre qu'il avait reçue ; son imagination , toute italienne , s'épuisait en conjectures sinistres , quand la voix rauque de Nicolas vint rappeler le marquis à lui-même ; il s''élanca vers la porte , l'ouvrit et se trouva face à face avec la duchesse de Luynes qui lui dit , d''unc voix qui trahissait une profonde émotion :
— Ma démarche doit vous paraître étrange, monsieur le marquis , mais auprès d''un autre que vous je ne Teusse point faite dans la crainte de la voir mal interprêtée ; la sagesse
de votre caractère me rassure , même en ce moment , où je me repens d'avoir promis mon intercession au duc, mon e'poux... Je n'avais re'fle'chi qu''au succès , non aux périls de fentreprise que je veux conduire au but.
. — S'agit-il d''une conspiration? demanda Ruccelaï d''un ton badin ; voudrait-on renvoyer, dans son royaume des Espagnes , la fière Anne d"'Autriche , qui , malgré les efforts de ses amis , n''aura jamais le caractère français ?
— C'est d\m complot , en effet , dont je viens vous entretenir, reprit la duchesse, mais d'un complot de famille.
Et madame de Luynes raconta a Alfonse Ruccelaï de quelle nature étaient les obstacles que son époux opposait à la conclusion d''un hymen dont la rupture , en irritant l'évéque
de Luçon , en désespérant le marquis de Combalieî, et en humiliant mademoiselle de Yignerod , qui en était Tobjet , compromettrait sûrement le crédit que le duc de Luynes se montrait si jaloux de conserver.
— Cette allionce est honorable pour notre famille , dit la duchesse en terminant ; aussi , loin de seconder M. de Luynes dans son extravagant projet , je ferai tous mes efforts pour unir M. de Comballetà la nièce de Tévéque de Luçon ; ils s'aiment , et en ma qualité de tante... qualité fort respectable! ajouta la duchesse en souriant, je ne séparerai pas deux coeurs qui se comprennent, deux âmes qui sympathisent.
— En amour, madame la duchesse, vous auriez raison ; mais ici , il s'agit d'un mariage, c'est-a-dire d'un contrat d'union entre deux fortunes et deux noms qui feront souche de
ducs et pairs... L''avenir de Tévêque de Luçon assure a sa nièce de grands avantages, car l'adroit prélat, qui a su conserver Tamitié de Marie de Médicis , en trahissant sa confiance , afin de s'assurer la protection de votre e'poux et les bonnes grâces du roi , celui-là ne se contentera pas d'un évêché ; il lui faudra le chapeau de cardinal...
— M. de Luynes le solHcite en ce moment pour lui à la cour de Rome , interrompit la duchesse avec le ton de la vivacité.
— Et quand Tévêque de Luçon sera cardinal, reprit Ruccelaï , il voudra devenir premier ministre.
— Vous oubliez , marquis , que le duc ne se laissera pas docilement chasser par Fhomme qu''il protège maintenant...
-— Et qui le renversera plus tard , si son
ambition lui en fait une nécessité, et les esprits avides de domination savent toujours se créer de ces nécessités là. Mais ne cherchons pas à lire dans Pavenir , et puisque le présent est chargé d''événemens , occupons-nous du présent.
— Vous êtes Fami de l'évéque de Luçon, monsieur le marquis , dit la duchesse , il vous écoute volontiers , car il professe hautement son estime pour vous.
— Afin que je chante ses louanges, dit Kuccelaï ; ah ! monseigneur Févéque est un habile homme pour savoir mettre les autres dans ses intérêts ou sous sa dépendance.
— Ne pourriez-vous , continua la duchesse en se rapprochant de Ruccelaï, sans blesser les susceptibilités de Tadroite éminence , lui faire comprendre que le contrat de mariage de sa nièce , avec M. de Comballet , peut se
passer de la signature de sa majesté , et que cet honneur, auquel il renonce volontairement , ne changera rien aux dispositions bienveillantes de M. de Luynes ; enfin , parlez-lui de la cour de Rome , de noire saint-père le pape et de son cliapeau de cardinal , et faites qu''il se décide à célébrer secrètement Thymen que mon époux veut rompre. Le premier prétexte peut déguiser son absence ; ainsi, par mes ordres , M. de Luynes s''est dit malade et se tiendra dans ses appartemens, jusqu'^au moment où il sera débarrassé des soucis qui Tassiégent et troublent son esprit.
— En vérité , madame la duchesse , j''admire la générosité de vos intentions , et Pextréme bonté que vous faites paraître touchant M. de Comballet , dont vous vouiez assurer le bonheur en dépit de tous les obstacles... Je vous seconderai , puisque vous pensez que j''ai quelque crédit sur Tesprit de Tévèque de
Luçon ; toutefois , avant de prendre part à ce que vous appelez un complot de famille , vous me permettrez de vous adresser une question...
— A laquelle il me soit possible de re'pondre , fît observer la duchesse avec fierté.
— Vous en jugerez, madame, reprit Ruccelaï qui s''étant rappelé la proposition que le duc de Luynes avait faile a Georges, voulut éclaircir ses soupçons ; pour rompre aussi brusquement avec un homme comme Févéque de Luçon , votre époux avait de graves motifs, car le mot caprice serait déplacé en pareille circonstance.
— Je puis vous dire cela a vous , Thomme discret «""il en fût jamais , articula madame de Luynes avec le ton de la confiance ia plus intime ; on assure que le grave , le sage et ver-
tueux Armand Du Plessisa, pour sa charmante nièce , un de ces attachemens que la sainte église , la morale et son litre de prélat condamnent et réprouvent; on dit même, et M. de Luynes en a des preuves, que cet attachement , tout mondain , aurait eu des suites qui inquiètent vivement mademoiselle de Vignerod.
— Et vous , madame la duchesse , vous ne partagez ni les scrupules ni Topinion de votre époux relativement a mademoiselle de Vignerod; votre persévérance à poursuivre Paccomplissement de Tunion souhaitée si ardemment par M. de Comballet , en est la preuve ; vous n''accordez pas facilement créance aux calomnies ; mais le duc de Luynes ne vous ressemble pas.
— Ces hommes cFétat ont Thahitude des moyens violens , reprit la duchesse ; M. de
Luynes n'avait-il pas eu Tidée de marier mademoiselle de Vigfnerod au premier genùlhomme venu ; et moi-même , croyant que ce moyen était le seul pour sortir d''embarras, j'avais songé a vous , marquis , à vous , dont le célibat est le sujet des conversations de beaucoup de nos jolies femmes ; mais une coquette vous eût rendu malheureux...
— Et madame la duchesse ne veut faire que des mariages assortis, des unions fortunées...
En disant ces mots , Ruccelaï se mordait les lèvres pour ne pas éclater de rire ; le caractère de M. de Comballet et celui de mademoiselle de Yignerod ne témoignaient nullement de cet accord que la duchesse voulait assurer aux époux qu'elle protégeait.
— Si j''ai renoncé à mon idée , poursuivit la duchesse, il n'en est pas de même chez
M. de Luynes , qui tient a la sienne avec l'opiniâtreté d'un homme qui ne veut pas en chercher une autre... Quand M. deComballet sera marié , le duc n'ira pas demander au pape un bref pour autoriser son divorce.
— Il n'oserait! dit froidement Ruccelaï, car l'épouse qu'il voudrait déshonorer aurait pour appui le clergé , et à la cour de Rome on s'inquiète peu des motifs , mais beaucoup de ceux qui les font valoir.
— Ma prudence saura retenir M. de Luynes au bord de l'abîme, dit la duchesse, et puisque c'est un mariage qui peut le combler, nous aurons un mariage !
— Rien de plus facile , dit Ruccelaï , qui avait son projet , il faut que la nièce de l'évêque de Luçon ait un époux.
— Et que cet époux ne reste pas a Saint-
Germain , reprit la duchesse , car la calomnie pourrait chercher à troubler son bonheur.
— Nous ferons en sorte que madame la duchesse de Luynes n'ait pas à se repentir d'avoir daigné nous accorder sa confiance, répliqua le marquis en donnant à ses paroles un accent solennel ; demain , je serai a Paris avant le lever de monseigneur révéc:uc de Lucon.
— M. de Comballet vous y aura précédé , car, cette nuit même, il quitte Saint-Germain pour n''y revenir que dans quelques années. Je conduirai mademoiselle de Yignerod chez son oncle , où j''arriverai quand vous Tavirez décidé à consentir au mariage presque clandestin des deux époux...
Tout en causant ainsi , la duchesse de Luynes, qui suivait Al fonse Ruccelaï pas a pas,
traversait la verte pelouse et s'arrêtait sous les fenêtres de Pappartement que le marquis occupait quand il logeait dans cette hôtellerie; le moment était arrivé, pour madame de Luynes, de quitter le complaisant auxiliaire qu''elle venait de se donner ; mais afin de Tencourager a la servir activement , elle lui dit , avec cette grâce charmante qui sait embellir le mot le plus simple , la phrase la plus indifférente :
— Marquis Alfonse Ruccelaï, ramitié de la • duchesse de Luynes vous est acquise ; car il est des services qu'ion ne peut payer autrement.
— La duchesse de Luynes ! dit une voix que Ruccelaï reconnut pour être celle de Georges.
La femme du premier ministre tressaillit en entendant prononcer son nom ; et malgré les
efiForts du marquis pour la convaincre qu'elle était le jouet cFune illusion produite par Vécho , la duchesse abrégea des adieux, qu'elle entremêlait d''instructions détaillées, de recommandations pressantes, auxquelles Ruccelaï feignait de ne rien comprendre pour retenir la duchesse au-delà du terme qu''eile avait fixé pour cette singulière entrevue ; cette petite manœuvre ne réussit qu''à la prolonger de quelques instans , car madame de Luynes avait hàle de retourner au château; aussi ordonna-t-elie , d'une voix sévère , au marquis italien de la reconduire jusqu*'à sa chaise qui Taltendait a Pentrée de la ruelle.
Ruccelaï obéit , mais en se rendant à un désir exprimé avec tant de hauteur, il se disait :
— Ma belle duchesse , je verrai monseigneur de Luçon , mais dans Pinlérêt de mon
protégé seulement ; vous garderez votre marquis de Comballet , qu*"©!! vous prête pour amant , aussi long-temps que cela vous plaira : ce n''est pas moi qui vous en empêcherai.
Le marquis salua respectueusement la duchesse et regagna sa chambre par Tescalier, sans s''inquieter des conjectures qu**!! fit naître en rentrant par la porte de la rue , quand tout le monde de riiôtellerie le croyait endormi ; Tordre qu''il donna au valet , qui s''êtait empressé de prendre une lampe pour éclairer sa marche , acheva de troubler la cervelle de M. Simon.
— Un cheval sellé pour quatre heures du matin , avait dit le marquis en rentrant chez lui.
— Quatre heures du matin ! avait répété M. Simon en écarquillant des yeux étonnés'; allons ! monsieur le marquis est invité à chas-
ser avec le roi... Quatre heures du matin î c''est un caprice que je lui ferai payer cher.
Ëta&n d''ètre prêt, M. Simon ne se coucha point et sella lui-même l'animal qu''il croyait destiné au noble exercice de la chasse au courre; a trois heures et demie, il réveillait le marquis , et vingt minutes après , celui-ci quittait Saint-Germain.