Jean Bona, feuillant piémontais
3. André Rivet, protestant, né en France, en 1572; mort à Bréda, en Hollande, en 1651.
recueils liturgiques : il y aurait ajouté une bonne traduction des messes contenues dans le Missale Chaldaicum et dans les manuscrits. Il eût désiré vivement y adjoindre une liturgie arménienne authentique et non réformée par les reviseurs romains, comme celle qui avait paru à Rome en 1642, à l'imprimerie de la Propagande, mais il n'en trouva aucune ^ Il se mit donc à l'œuvre et commença par le syriaque. Dès les premiers pas, les difficultés furent nombreuses. Il avait espéré trouver dans le Missale Chaldaicum un texte bien assuré ; l'illusion se dissipa bientôt. 11 fut obligé de faire table rase des textes publiés dans ce recueil ou de les collationner très minutieusement avec les manuscrits. 11 dut faire tout d'abord la critique du texte donné par les divers manuscrits, comparant entre eux ceux qu'il trouvait dans les Bibliothèques du roi, de Colbert, de Séguier ou de Saint-Germain-des-Prés ; il essaya de marquer l'âge et la valeur de ces manuscrits; il fut souvent embarrassé par l'attribution d'un même texte à différents auteurs suivant les divers manuscrits ; il constata l'insuffisance déplorable des lexiques pour tout ce qui touchait à la langue de l'Eglise, et fut frappé de l'ignorance des Orientaux et des erreurs étonnantes commises par ceux de leurs écrivains dont il consultait les œuvres, comme Abraham d'Ekhel ou Faustus Naironus^. Tant d'obstacles eussent découragé une
1. Il ne semble pas que Renaudot ait étudié la langue arménienne ; mais ])cut-être n'eùt-il pas hésité à entreprendre cette étude, s'il avait trouvé les manuscrits qu'il cherchait.
2. Savant maronite, neveu du précédent, longtemps professeur de syriaque à la Sapience, mort à Rome en 1711. Son principal ouvrage, intéressant au point de vue historique, est VEvoplia fidci catliolicas historicodogmatica. Rome. 1U94, in-8".
LES ÉTUDES LITURGIQUES aVANT RENAUDOT 179
volonté moins tenace. Ils retardèrent à peine noire traducteur, qui vint à bout de cette partie de sa tâche. C'était cependant la moins diflicile.
Les difficultés s'accrurent notablement lorsqu'il voulut s'occuper des liturgies coptes, d'autant plus importantes pour lui que les érudits protestants en vantaient l'autorité et l'antiquité. Renaudot voulait, à l'origine, se contenter d'améliorer le latin de la traduction faite par Scialach. En le comparant au texte original, il rencontra, dit-il, tant de fautes et de contre-sens qu'il dut se résoudre à refaire la version. Le jésuite Athanase Kirclier avait promis une version nouvelle qu'il iiavait pas donnée. Renaudot fut donc obligé d'entreprendre à lui seul une traduction directe du copte. Pour le syriaque, les lexiques étaient incomplets ; pour le copte, ils manquaient totalement. Ceux que Ton avait entre les mains étaient plus propres à induire en erreur qu'à diriger le traducteur.
Il en fut de même pour l'éthiopien. Le traducteur, qui se proposait de reproduire la version delà Magna Bibliotheca Vetermn Patrurti^ fut désagréablement surpris de constater, après une première comparaison avec le texte éthiopien, qu'elle avait besoin d'une refonte complète. On avait bouleversé le texte, transposé des prières et, surtout, fait subir de fâcheuses et volontaires interpolations à certains passages caractéristiques, par exemple celui de Yëpiclëse ou Invocation du Saint-Esprit. Renaudot recommença la version et confronta les passages parallèles de la liturgie copte de saint Basile, très étroitement apparentée à l'éthiopien, pour corriger les fautes indubitables du texte, dont il n'avaitqu'un seul exemplaire.
Au cours do son travail, il avait étudié attentivement et minutieusement le sens des termes liturgiques, contrôlé les divers textes les uns par les autres, afin de ne pas tomber dans les mêmes méprises que ses devanciers, Erpenius', Golius-, Kircher, Fabricius. Il enrichit la version de commentaires historiques et liturgiques, sur les points qui n'avaient pas été éclaircis par Goar.
L'œuvre achevée fut soumise à Bossuet. Celui-ci fut d'avis qu'elle devait être publiée. Colbert en jugea de même ; mais il voulait encore plus, il demandait que l'on éditât ensemble la version et les textes originaux. C'était bien entrer dans les vues de Renaudot et satisfaire ses plus ambitieux désirs. L'abbé comprenait mieux que personne la portée d'une telle publication. La version latine, plus accessible au commun des savants, permettait à un plus grand nombre d'acquérir une connaissance suffisante des théories dogmatiques et des rites des Eglises orientales ; mais, si l'on ne donnait pas en même temps les textes eux-mêmes, et si l'on ne fournissait pas aux spécialistes le moyen de contrôler l'exactitude et la fidélité de la version, on demeurait à la merci d'une objection.
Colbert ordonna donc de préparer les caractères coptes, arabes, syriaques, nécessaires pour l'impression. Mais la mort du ministre arrêta l'entreprise. Il fallut
1. Erpenius ou Thomas clErpe (1584-1G24), orientaliste hollandais, auteur d'une Grammatica arabica publiée pour la i)remière fois à Lcyde en 1613, in^».
2. Jacques Golius (1596-16G7). hollandais, orientaliste cl surtout arabisant des plus distingués. Renaudot se référait surtout à la publication suivante : Palriarchse Antiocheni Elix III, qui floruit circa ann. Chr. 1180, homilia de nativ. Christi, donnée en appendice de la grammaire arabe d'Erpenius, rééditée en 165G, à Leyde, in-4<'.
renoncer au rêve si longtemps et si joyeusement caressé. Fallait-il aussi renoncer à publier isolément la version et les dissertations, notes et commentaires qui raccompagnaient? Ce ne fut pas l'avis de Bossuet. Renaudot suivit le conseil de Tévêque deMeaux, et se décida à livrer son manuscrit aux imprimeurs.
A Torigine, l'ouvrage devait paraître en un seul volume in-folio ' ; des motifs que nous ignorons firent plus tard choisir le format in-quarto, conformément à la première idée de Renaudot.
1. Renaudot écrit à Quirini, le 8 janvier 1714: « On commence aujourd'hui à imprimer les Liturgies. M. le Procureur général a commencé à opiner qu'il fallait mieux faire un in-folio que deux in-4», et son avis sera suivi. » {Co7nmentarii de relus perlincnlibus ad Cardinalem Quirinum, p. I, 1. II, c. XI, p. 200-201.)
Nous avons dit quelle fut la genèse de l'œuvre que l'abbé Renaudot publiait sous le titre de Liturgiariim Orientalimn collectio. Le premier volume parut, sans nom d'auteur, en 1715 ; il portait un titre et des soustitres fort longs et très complets ^ Le second volume fut publié l'année suivante avec un titre moins développé 2.
1. Liturgiarum oricntalium eollec/io, in qua conlinentur Lilurgix Coplilarnm très : Basilii, Gregorii T/ieologi, et Cyrilli Alexandrini, laliie conversm secundum eremplar copticum ; qux prius ex arabica earumdem versione latine translatée fuer an t a Viclorio Scialach Maronita et Augusfx-Vindelicorum éditai anno MDCIV.
Adjunct/B sunt rubricx ritualcs ex variis codicibus mss. collectée, et suis locis appositse. Earumdem Liturgiarum contextus grsecus ex codice gneco-arabico Bibliothecas Regisc ; priorum duorum nunquam antea editus : ter lise pridem editus sub titulo liturgix sancti 3farci, cum versione latina et notis necessariis. Commentarius in Liturgiam copticam sancti Basilii in quo ritus, et omnia ad disciplinavi eucharislicam pertinenlia explicaniur, prspcipue ex autoribus orientalibus. Notse breviores in reliquas liturgias.
Prsemittuntur disserfaliones très : I. De Liturgiarum orientalium origine et autoritate. II. De Liturgiis alexandrinis. III . De -Lingua coptica. Tomus primus. Chez J.-B. Goignard, imprimeur du roi, rue Sa! ut- Jacques, à l'euseigne delà Bible d'Or, in-'j".
2. Liturgiarum Orientalium Collectio, in qua continentur Jacobitarum Syrorwn liturgi,7>, ex multis codicibus sgriacis latine conversa; ; tum liturgix Xeslorianorum très, ex moMuscriplis codicibus pariter latine coni^ers/r. Cum cornmentario fusiori ad pirsecipuas, et notis 7iecessariis ad reliquas. Operà et studio Eusebii Renaudotii Parisini. Tomus sccundus.
Conformément aux promesses du titre, le premier volume contenait :
1° Une préface générale de trente pages, dans laquelle Fauteur exposait le plan et Fhistoire de son œuvre, les efforts qui avaient été faits jusque-là dans le domaine des textes liturgiques orientaux, et critiquait les travaux de ses devanciers.
2° Une dissertation sur Torigine et l'autorité des liturgies orientales fort développée et divisée en huit chapitres ^
3° Une dissertation sur les liturgies des Coptes du patriarcat d'Alexandrie, moins longue que la précédente ; elle se divise en quarante-neuf paragraphes, où se trouve l'histoire des textes liturgiques coptes traduits et publiés en Europe, ainsi que celle de la liturgie copte elle-même.
A^ Une dissertation sur la langue copte. Ce n'est, selon l'auteur, ni l'ancienne langue des Pharaons, ni un patois dérivé du grec ; c'est une langue mère, celle des anciens Egyptiens, mais aujourd'hui elle comprend de nombreux emprunts faits au grec; elle est antérieure à l'arabe, c'est donc une langue autochthone, la langue des popu-
L En voici les litres : I. In qun probatur nullani antiquilus fuisse Eucharistiae consecrandae forniani, quae graecis latinisque liturgiis foret dissimilis. — II. Liturgies onincs veteres ex quo scriptae sunt, nihil continere quod veteri et apostolicae eucharistiam celebrandi formae non accurate respondeat. — III. Ostenditur veteres liturgias graecas et orientales cuni latinis convenire et utrasque apostolicas celebrandorum niysterioruni formae in praecipuis capitibus respondere. — IV. Quid judicandum sit de antiquis graîcis Jacobi, Marci, Basilii et Chrysostomi liturgiis. — V. Quid verisimilius statui possit de tempore quo scriptae sunt orientales liturgia?. VI. De linguis quibus liturgiae ab initio et ad haec usque temporacelebrari solilae sunt.— VII. De liturgiarum auctoritate.— VIII. Dedisciplinae liturgie» quae rubricis aut Ritualibus libris continetur auctoritate.
184 l'œuvre LITURGIQUK DE RENAUDOT
lations que la civilisation grecque des successeurs d'Alexandre voulut pénétrer.
Commence alors la série des liturgies, qui forme le volume proprement dit :
5** Liturgix sancii Basiliï, sancti Gregorii et sancli Cyrillî. Texte latin seulement. Ce sont les messes autrefois si mal éditées par Welser, d'après Scialach. Elles sont suivies des prières consécratoires pour quelques objets destinés à Fusage liturgique ^.
6*^ Liturgix Grœcœ-Alexandrinse : A. Liturgia sancti Basilîi Alexandrina. Texte grec et version latine, d'après un manuscrit gréco-arabe (n*' 3023 de la Bibliothèque du roi) ; plusieurs prières manquent, en particulier celles de la préparation de Tautel, Toraison de la prothèse, la prière d'absolution, celle de l'encensement, les leçons de l'épître et de l'évangile, et en grande partie la prière du voile. — B. Bivina liturgia sancti Patris nostri Gregorii. Texte grec et traduction latine, d'après le même manuscrit. Renaudot remarque qu'elle est tout à fait conforme à la liturgie copte de même nom.
7^ Bivina liturgia^ seu missa sancti Apostoli et Evangelistse Marci^ discij^uli sancti Pétri. Texte grec et version latine. C'est la pièce publiée en 1583, par Jean de Saint-André, mais dont la version fut retouchée par le nouvel éditeur; celui-ci avait pu consulter à Rome, en 1701, chez les moines Basiliens, où on l'avait transporté, le texte même dont le cardinal Sirlet avait envoyé la copie à l'éditeur de 1583. Elle ressemble beaucoup à la liturgie copte de saint Cyrille.
1. Orationes et benedktiones ad consecralionem omnium altaris instrumentorum (en latin seulement).
PUBLICATIONS LITURGIQUKS DE RENALDOT 185
8*^ Un ample commentaire de 132 pages sur la liturgie copte de saint Basile.
9*^ Des notes sur les deux autres liturgies coptes de saint Grégoire et de saint Cyrille, et sur les bénédictions des vases sacrés.
10° Des notes sur les liturgies gréco-alexandrines de saint Basile, saint Grégoire et saint Marc.
11° Une longue dissertation de PatriarcJia Aleœandrino^ contenant la description très détaillée et très intéressante des rites usités pour l'élection du patriarche d'Alexandrie.
L'auteur explique d'abord la discipline de l'élection, avec les discussions historiques auxquelles elle a donné lieu, l'origine du nom de pape qu'ont pris les patriarches, l'énumération des provinces qui leur étaient soumises, les limites du patriarcat, le mode d'élection, la discipline de l'élection, laquelle était précédée de prières, jeûnes, litanies solennelles en présence des évêques, le rôle influent des prêtres d'Alexandrie et des habitants du Caire, l'ingérence des moines du couvent de Saint-Macaire; comment l'on tenait compte de la désignation faite par le prédécesseur quand elle avait eu lieu ; le consentement requis de tous, mais principalement des évêques, la conduite que tenait l'assemblée i électorale lorsqu'elle était saisie d'un ordre donné par le pouvoir séculier ; comment on réduisait la diversité des opinions, et dans quel cas le sort était appelé à décider la cause.
Il parle ensuite de la proclamation de l'élection et des qualités requises dans le patriarche nommé. 11 fallait qu'il fût de naissance libre (ce qui était également exigé pour
186 l'œuvre liturgique de renaudot
tout prêtre d'Alexandrie), né d'une mère à son prenriier mariage, sain de corps et sans difformité, âgé d'au moins cinquante ans, vierge, n'ayant jamais versé le sang, même d'un animal, connaissant très bien et parlant avec facilité la langue de son peuple; savant, c'est-à-dire lisant le copte, et sachant de mémoire la liturgie ; capable de traduire et de commenter les textes devant le peuple; ayant fait profession de la vie monastique, de mœurs dignes comme elles sont décrites dans les épîtres de saint Paul quand il parle des évêques ; qu'il n'eût pas encore reçu l'ordination épiscopale et ne fût pas déjà à la tête d'un diocèse et, en théorie du moins, qu'il ne fût pas proposé par la faveur des princes. Une parfaite intégrité de doctrine (bien entendu dans le monophysisme) était de rigueur ; aussi la profession de foi était-elle le complément indispensable de l'élection.
Puis vient la description des rites de l'élection : comment on cherchait à obtenir le consentement des évêques avant de songer à la consécration, la curieuse cérémonie qui consistait à enchaîner le nouvel élu comme si on avait dû lui faire violence pour obtenir son assentiment, la conduite de l'élu au Caire, où on le présentait aux évêques, au clergé et au peuple assemblés dans l'église, le procès-verbal de l'élection, l'éloge du patriarche défunt, dont on recommandait le souvenir à la mémoire des fidèles, la signature du procès-verbal que l'on conservait ensuite précieusement dans les archives, la collation, d'abord des ordres inférieurs, puis des ordres supérieurs, au nouvel élu \ la présentation du candidat au calife,
1. La collation de l'ordre épiscopal avait lieu immédiatement si l'élu portait déjà le titre de Komos ou Hiyoumène.
enfin l'ordination donnée le dimanche, soit à Alexandrie même, comme on le fit longtemps, soit ailleurs, dans le monastère de Télu ou bien au Caire.
Renaudot discute, à cette occasion, avec plus de vivacité que de succès, le témoignage de saint Jérôme et d'Eutycliius d'après lequel Tordination du patriarche d'Alexandrie aurait été faite à l'origine par un collège de douze prêtres; il expose sommairement d'après Ibn-al-Assal et Abulbircat, les cérémonies qui suivaient l'ordination quand celle-ci avait eu lieu hors d'Alexandrie, la profession de foi, les conditions ou les pactes imposés au nouveau patriarche par ses diocésains d'Alexandrie, la proclamation faite au Caire quand le sacre s'était fait à Alexandrie, enfin le pèlerinage du nouvel élu au fameux couvent de Saint-Macaire, pèlerinage d'une importance toute particulière, car c'était comme une nouvelle confirmation de l'élection: on y faisait la lecture du procès-verbal d'élection, et la proclamation de l'élection elle-même, avant la célébration de la liturgie, et l'on retournait au Caire en s'arrêtant en route, pour célébrer les saints offices, dans divers monastères de moindre importance. Les premiers actes du nouveau patriarche étaient d'ordonner des évêques pour les diocèses vacants et de faire part de son élévation au patriarche jacobite d'Antioche.
Dès lors, le nouveau successeur de saint Marc prenait son habitation au palais patriarcal, où il observait dans toute sa rigueur la règle monastique de l'abstinence de la chair, et la récitation quotidienne de l'oflice divin avec les clercs. 11 choisissait des clercs destinés à l'assister dans l'administration, des conseillers, des secrétaires
connaissant l'arabe et bien instruits de la discipline ecclésiastique et civile; car le patriarche était à la fois juge civil et religieux des chrétiens de sa communion. La charge était délicate et difficile ; aussi supportait-on, malgré les prohibitions canoniques, que le patriarche prît des évêques pour remplir les fonctions de conseillers. Avec leur concours, il gérait les affaires de son immense patriarcat qui comprenait l'Egypte inférieure, la Thébaïde, la Lybie, la Maréotide, l'Ethiopie et la Marmarique, la Nubie, mais à l'exclusion de l'Afrique proprement dite, bien qu'il portât le titre de patriarche d'Afrique.
Quant à l'église éthiopienne, elle n'avait pas même le droit d'élire son métropolitain et devait le recevoir tout ordonné d'Alexandrie. A partir du xiii^ siècle, les patriarches d'Alexandrie prétendirent instituer un métropolitain suffragant à Jérusalem. Le patriarche n'avait pas d'autres métropolitain sous sa juridiction. Tous les évêques étaient immédiatement soumis au patriarche, qui les désignait et leur donnait la consécration ; son pouvoir était très étendu sur les monastères, qui relevaient de lui directement, un peu comme dans l'Eglise occidentale, les Ordres religieux jouissant du privilège de l'exemption relèvent du pape ; mais les patriarches, assurés que jamais on ne les déposerait, abusaient de leur autorité pour commettre des exactions simoniaques et permettre des ordinations sacerdotales contraires aux canons.
12° Le Riius ordinationis Alexandrini Jacohitarum Xtatriarchx^ d'après un excellent manuscrit de la Bibliothèque du chancelier Ségaier, devait, dans la pensée de Renaudot, servir de pièce à conviction, destinée à corro-
borer ce qu'il avait écrit au point de vue liturgique dans la dissertation précédente.
Un résumé des dispositions requises du candidat par les lois ecclésiastiques ou imposées par l'usage est transcrit en tête de TOrdinal, ainsi qu'un aperçu des cérémonies préliminaires au sacre. Le jour fixé pour le sacre étant venu, le cortège des évoques fait son entrée dans l'église, ayant à sa tête les deux plus anciens évoques du nord et du midi de l'Egypte, une nombreuse série de prêtres, des diacres portant des croix, des cierges, les flabelli, des images des chérubins. Les diacres chantent sur le ton de Tévangile une simple et belle invocation en grec au Christ Verbe de Dieu, né de la Vierge Marie, mort sur la croix et vivant, glorieux, à la droite du Père et du Saint-Esprit. Le doyen des évêques fait lire ensuite par un diacre son psephisma^ c'est-à-dire le bon témoignage qu'il rend aux qualités du nouvel élu, on continue par la lecture en grec d'un éloge mentionnant l'élection du nouveau patriarche, en remplacement du patriarche défunt. Aussitôt après, les évêques et le nouvel élu s'approchent de l'autel ; le doyen des évêques dit plusieurs oraisons séparées par un encensement, puis le diacre commence une litanie grecque, et à chaque demande le peuple répond Kyrie eleison. Une nouvelle oraison résume toutes ces prières et prélude à la première imposition des mains, qui se fait pendant que l'archidiacre récite la prière Gratia divina^ à laquelle d'aucuns attribuent une trop grande importance. Puis, l'évêque le plus ancien, tenant la main étendue sur la tête de l'élu, récite personnellement une brève oraison.
Le moment solennel entre tous est venu. L'archi-
190 l'œuvhe liturgique de renaudot
diacre invite le peuple à un recueillement plus profond ; il demande aux évêques de se réunir et d'étendre les mains; tous en effet élèvent la main vers le ciel; l'un d'eux impose ses deux mains sur les épaules de l'élu en môme temps ; le plus ancien des évêques touche de sa main droite la tête de l'élu et récite la grande préface consécratoire : Domine Dominator, Deus omnipotens. Désormais l'essentiel du sacre est accompli. En marquant du signe de la croix la tête de rordinand,révèque dit l'annonce: Promotus est in sancta Bei Ecclesia. Un diacre lit de l'ambon des lettres systatiques (ou de recommandation) des évêques, l'archidiacre récite une litanie pour l'élu, et le doyen des évêques présente le nouveau patriarche à l'assemblée, qui répond par le cri trois fois répété : Bignus est, pendant qu'on impose sur la tête de l'ordinand le volume des quatre Evangiles. Une nouvelle imposition de la main droite est faite parl'évêque le plus ancien, et l'archidiacre répète le Bîvina gratia. Suit une autre imposition des mains par chacun des évêques, qui prononce une formule à laquelle l'assistance répond chaque fois par le triple : Bignus est ! L'imposition des ornements pontificaux, l'intronisation, la lecture par le nouveau prélat de l'évangile du Bon Pasteur, accompagnées des acclamations du peuple, complètent le sacre. La liturgie est célébrée ensuite, en commençant par la prière du voile de la liturgie copte de saint Basile. Tout se termine par une longue procession que dirige le nouveau chef de l'Eglise d'Alexandrie. Renaudot donne à la suite des rites de l'ordination un modèle du psephisma et de la systatica qu'on lit pendant la cérémonie.
13" La Liturgia communis, sive Canon univer salis jEthiopum. Traduction latine, complètement refaite ' .
Le volume se terminait par des Observationes in canonem generalem sive litiirgiam œlhiopicam.
Le second volume était le plus riche en œuvres nouvelles ; il étaitconsacré tout entier auxliturgies syriaques : jacobites et nestoriennes. Il commence par une dissertation assez étendue intitulée : De Syriacis Melchitarum et Jacohitarum liturgiis. Il contient quarante et une anaphoras, dont une seule avait été traduite, celle de saint Basile, et publiée en 1569 par André Masius. Les quarante autres étaient traduites pour la première fois, et les deux tiers d'entre elles étaient absolument inconnues. Le Missale Chaldaicum contenait le texte de quatorze liturgies. Renaudot commença par éliminer celle de Jean Bar Schouschan, qu'il tenait pour suspecte, ne l'ayant trouvée que dans des manuscrits en petit nombre et de moindre valeur. Les autres étaient :
1° Liturgie de saint Sixte^ pape de Rome. Incipit : Tranquillitatem et pacem. Au sujet de cette liturgie, Renaudot se demande pourquoi, célébrée rarement, elle occupe dans le missel maronite la première place attribuée partout ailleurs à la liturgie de saint Jacques,
1. Elle est précédée de la liste des autres liturgies éthiopiennes : « Habentur aliae praeterea novem. I. Joannis evangelistae. — II. Patrum Orthodoxorurn Nicaenorum GCCXVIII. — III. S. Epiphanii Orthodoxi. — IV. Jacobi Serugensis. — V. Joannis Ghrysoslomi. — VI. Domini nostri Jesu Christi.— VILS. Mariae quani scripsit Ileriacos vel Kyriacus archiepiscopus Behnsœ.— VIII. S. Gregorii Theologi. — IX. Dioscori ». Renaudot avait eu dabord l'intention d'en donner aussi la traduction ; mais une pensée l'arrêta : « Id ex unico nec primaevo exeniplari fieri vix posse agnovimus... inutili labori supersedimus. » Le manuscrit unique dont parle notre auteur était une copie prise sur un manuscrit appartenant à l'ocock ; elle se trouvait chez les Dominicains du couvent de la rue Saint-Houoré, à Paris. — Elle est aujourd'hui à la Bibl. Nat. (Eth. 7b).
192 l'oeuvre liturgique de henaudot
qui est la liturgie normale ; et pourquoi on Tattriljue au pape saint Sixte. On la plaça en premier lieu, croit-il, pour attirer sur le recueil entier la bienveillance de la Cour romaine. Elle fut mise sous le nom du pape Sixte, parce que les Jacobites (car c'est une liturgie jacobite) ont cru, d'après quelques textes apocryphes, que ce pape était favorable à leurs erreurs. Dans la plupart des manuscrits, les ver'ha Chrisli manquent aux formules de la consécration ; Renaudot les a rétablis. On remarque dans la prière qui précède Tépiclèsela formule suivante : jper illapsum Spiriius Sancti, quia le procedit ah œterno^ etaFillo tuo accipit siihstantialiter^ formule qui ressemble au filioque de notre Credo, et qui étonnerait si Ton ne pensait au texte de saint Jean. .. Spiritum veritatïs. . . quia de meo accipiet (Jean, xvi,13, 14).
2° Liturgie attribuée à saint Jean Chrysostome. Incipit : Deus 'magne et seterne. Aucun motif ne permettait aux Maronites d'attribuer au grand évêque de Constantinople cette liturgie que les manuscrits, assez peu nombreux d'ailleurs, attribuent simplement à Jean de Harran.
3° Liturgie de saint Jean VEvangeliste. Incipit : Domine Deus fortis. Elle est chez les Syriens la seule qui porte le nom de Tapôtre ; elle a subi dans le missel maronite, comme toutes les autres, diverses interpolations, tant dans la formule consécratoire, modifiée et adaptée à la formule romaine, que dans l'épiclèse, dontle sens est changé. Des manuscrits anciens des bibliothèques Séguier etColbert et un autre appartenant à l'éditeur, conforme aux précédents, ont servi de base à la reconstitution du texte.
4® Liturgie de Pierre, prince des apôtres. Incipit : Tibi et coram te, Domine. La formule de consécration
était tronquée. Renaudot Ta rétablie après avoir collationné le texte du missel avec celui des manuscrits qu'il avait à sa disposition, et il plaça cette messe au deuxième rang de celles qui étaient attribuées à saint Pierre ^
5'^ Liturgie des Douze Apôtres. Incipit : Domine Deus misericors et sancte. Interpolée comme les autres, et dans les mêmes passages, par les Maronites, elle a été corrigée par l'éditeur, conformément aux manuscrits.
O** Lifurgie de saint Denis. Incipit : Caritatem et concordiam. Mise sous le nom de Denis TAréopagite, par les Maronites, cette liturgie appartient certainement, et les éditeurs du Missale ne l'ignoraient pas, à Denis Bar Salibi, évêque d'Amid, au xii^ siècle. Elle est très brève et probablement destinée à certains offices, comme le baptême des enfants moribonds, qu'il faut abréger autant que possible sans toucher aux parties essentielles. On sait, en effet, que chez les Syriens Jacobites, la célébration de la messe accompagne toujours l'administration des sacrements, et que l'on a composé pour ces circonstances des offices plus courts. Dans plusieurs manuscrits de cette liturgie, les paroles de la consécration manquent; mais cette omission ne peut être que le fait d'une négligence de copiste, car on sait, par d'autres oeuvres de Bar Salibi, qu'il tenait ces paroles pour absolument nécessaires.
7'^ Liturgie de Matthieu le Pasteur. Incipit : Tranquillitatem securam. On ne possède, dit Renaudot, aucun renseignement qui permette d'identifier ce Matthieu
1. Le missel maronite contient une autre Liturgie de saiiil Pierre, prince <les Apôtres, qui n'est pas dans Renaudot.
iO'y l'œlvrr liturgique dk renaudot
le Pasicur. Celte liturgie est d^uii style élégant et pur. Elle contient, avant les paroles de la consécration, dans les manuscrits assez rares qui la donnent, une phrase dio-ne de remarque : « panem fermentatum, in quo mysterium vitœ tegebatur accepit^ » Quant aux paroles de la consécration du vin, leur mutilation les rend insuffisantes pour le rite.
8" Liturgie de samt Eustathe dCAntioche. Incipit : Deus démens et multœ misericordiœ. Par exception, la formule de Tépiclèse n a subi dans le missel maronite qu'une modification sans importance. Eustathe, évêque d'Antioche, ayant assisté au concile de Nicée, n'avait nécessairement aucune relation doctrinale avec les Jacobites. Les manuscrits de cette liturgie sont assez rares, et ce fut un de ceux qui appartenaient à la bibliothèque de Colbert^ qui servit de base à Tédition.
9° Liturgie de saint Marouta de Tagrit. Incipit : Beus bone natura. Les Maronites avaient supprimé dans les diptyques le nom de Sévère d'Antioche, comme trop compromettant, mais ils en avaient laissé d'autres indubitablement monophysites, par exemple, Philoxène (de Mabboug), Jacques (Baradée), Pierre le Foulon. Renaudot n'est pas heureux dans les détails historiques qu'il donne sur Marouta, ni quand il essaie d'expliquer son titre épiscopal qu'il croit fixé à Tagrit par certains manuscrits et à Maiphercat par d'autres. Il s'agit, en réalité, de deux personnages très distincts, soit par leur
1. D'après le Commentaire de Denys Bar Salibi : le ferment est le symbole de la vie (voir éd. Labourt, trad., p. 51).
'"• La bibliothèque de Colberl possédait trois manuscrits contenant cette lit^urgie, les numéros 3783 (Bibl. nat., 81), 24U4 (Bibl. nat., 70) et 6517 (Bibl. nat.,7U).
caractère soit par Tépoque à laquelle ils ont vécu^ Les paroles de la consécration et la prière de Tépiclèse sont mutilées, comme à Tordinaire, dans le missel maronite; mais les premières ont une leçon qui rappelle en partie celle de la messe de Matthieu le Pasteur. En voici le texte : Panem fermentatum accepit in manus si^tas puras^ et Patri gralias agens... dixit : Accipite^ manducate et certi estote, atque ita pr.edicate et docete : quod corpus meum hoc est.
10° Liturgie de saint Jacques, apôtre. Incipit : Domine Deus 7ioster, nos quamvis itidignos. Cette liturgie est la plus ancienne, et la liturgie normale des Syriens. C'est elle qui servit de base au commentaire que donna Bar Salibi, au xii^ siècle, de la messe syriaque. Nous signalerons plus loin les principales observations que Renaudot a faites sur les diverses parties des anaphores syriaques à Toccasion de cette liturgie.
11° Liturgie de saint Marc evangéliste. Incipit : Deus Pater y qui Filium tuum. Aucun motif plausible ne permet de donner à cette liturgie une origine apostolique. Divers manuscrits ont permis à Renaudot de restituer le vrai texte altéré dans Fédition des Maronites.
12° Liturgie de saint Cyrille. Incipit : Domine Deus misericorsy sancte. Elle n'a aucun lien de ressemblance avec les liturgies coptes et grecques de même nom.
A la suite de ces liturgies publiées dans le Missale Chaldaicum de 1594, Téditeur ajoutait la traduction des documents suivants :
1. Assemani n'a jamais confondu ces deux villes, mais il a plusieurs fois confondu Marouta de Maiphercat (v siècle) avec Maroula de Tagrit (vii« siècle).
106 iAeuvre liturgique de renaudot
Ordo commums liturgise secundum ritum Syrorum Jacohitarum. Il contient la première partie, c'est-à-dire les rites préparatoires de la messe syriaque. En effet, l'office eucharistique chez les Syriens se compose de deux parties bien distinctes. La partie préparatoire est invariable, sauf les lectures des épîtres et des évangiles; les catéchumènes pouvaient y assister; elle commençait par la préparation de l'autel et des oblations,et se terminait, un peu après la récitation du symbole, parle renvoi des catéchumènes. La seconde partie, nommée anaphora^ ou liturgie proprement dite, commence au baiser de paix qui précède la préface. Elle varie suivant les messes, et ce sont ces diverses anaphores que Renaudot édite dans son volume, h' Ordo communis liiurgix qu'il donne en première ligne est celui que présentait « assez exactement » le Missale de 1594. Le traducteur l'a coUationné avec différents manuscrits.
Alius Ordo gêner alis liturgise^ emprunté à un bon manuscrit de Colbert et qui ressemble en beaucoup d'endroits, dit-il, à VOrdo liturgiee^ que Lefèvre de La Boderie avait publié avec le rituel baptismal de Sévère ^
13*' Litargia mhior sancli Jacohi fralris Dommï^ ordinata per Gregorimn catholicum Orientis, inter raontes Armeniae magnae^ an.Grœcorum mdcccciii, J.-C. mdxci. Incipit : Beus omnium Domine. Renaudot, trompé par une mauvaise lecture des chiffres^ syriaques, prend beaucoup de peine à chercher une identification de ce