‹ L'Abbé Eusèbe RenaudotChapitre 115 sur 138 · THÉORIKS SUR CERTAINS POINTS DES LITURGIES · texte numérisé non relu

THÉORIKS SUR CERTAINS POINTS DES LITURGIES

Christi. » Le sens de ces paroles est encore souligné par la solennelle admonition du diacre, qui les précède : Quam terrihilis est hœc hora. . . spirïtus vivus et sanclus... euckaristiam hanc sanctificat. Il n'indique pas une simple exposition ou manifestation extérieure, mais une vraie transformation après laquelle les dons ne sont plus ce qu'ils étaient auparavant. Toutes les liturgies orientales, grecques, jacobites, nestoriennes, éthiopiennes donnent ce même sens. On ne saurait invoquer contre cette unanimité la leçon du missel maronite, qui offre la version suivante : et hune panem^ corpus videlicet Christi^ faciat nobis prodesse sumentibus, ad remissionem peccatorum et vitam œternam ; cette leçon du missel imprimé est une modification contraire au témoignage de tous les manuscrits, et qui fut vraisemblablement imposée par les correcteurs romains.

Quelle est doncrefficacité de ces paroles ? Le patriarche Gabriel d'Alexandrie le dit avec la plus grande clarté : « Après que ces paroles ont été prononcées, le pain est devenu le corps du Christ, celui-là même qu'il a reçu de la Vierge Marie, le vin est devenu le sang du Christ, le même qui fut versé sur la Croix, La venue du Saint- Esprit sur le pain et le vin en opère la transsubstantiation ». Cette opinion est celle de tous les théologiens orientaux. Faut-il pour ce motif les accuser d'attribuer la transformation des éléments eucharistiques, non pas à la parole du Christ, mais à celle du prêtre ?

Pendant de longs siècles, observe Renaudot, il ne fut jamais question de taxer les Orientaux d'iiérésiepour ce fait. La dispute commença en Grèce même, par les accusations d'un théologien latin. Au concile de Florence, la

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qucslion fut soulevée par Jean de Torquemada, et ne fut pas tranchée. J^es Grecs protestèrent avec énergie contre le reproche qu'on leur faisait d'attribuer le changement de substance à Tépiclèse et non aux verha Christi; ils affirmèrent que Tépiclèse leur venait de leurs docteurs les plus anciens, qu'ils la gardaient pour ce motif, et qu'on ne pouvait de ce fait jeter la suspicion sur leur foi sans que cette suspicion atteignît du môme coup la foi et la religion de ceux que l'Église avait toujours considérés comme ses maîtres. Eugène IV ne voulut pas entrer dans le débat suscité par Torquemada; il publia le décret d'union déjà préparé, sans y rien changer. Les Orientaux n'ont pas cherché à formuler une théorie pour expliquer le sens et la raison d'être de cette prière; ils l'ont prononcée comme ils l'avaient reçue de leurs ancêtres, sans discuter avec subtilité sur la causalité des sacrements. Ils attribuent à l'invocation du Saint-Esprit une très grande efficacité, mais ni le texte des offices liturgiques, ni les explications des commentateurs ne permettent d'établir nettement que dans leur opinion, l'épiclèse seule opère la transformation des éléments. Denis Bar Salibi, dans son Expositio Litiirgias, après avoir bien marqué l'efficacité souveraine et nécessaire des verba Christi pour la consécration, attribue à la venue du Saint-Esprit sur les éléments eucharistiques les mêmes effets que la troisième personne de la Trinité opéra dans le sein de Marie pour la conception humaine de Jésus-Christ. Si Ton demande comment concilier cette double efficacité, on peut répondre que les Orientaux n'ont jamais été troublés par un problème qu'ils ne soupçonnaient pas. La consécration est-elle un fait

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