CHAPITRE IV CRITIQUE DE L'ŒUVRE DE RENAUDOT
Après cet exposé de Fœuvre liturgique de Renaudot, on nous demandera sans doute si tout est d'égale valeur dans cette compilation importante, si la critique des manuscrits sur lesquels fut rédigée la version latine est bien faite, si cette version elle-même est exacte, si les dissertations historiques ou canoniques ne laissent pas à désirer, si cette œuvre, enfin, n'a pas soulevé de nombreuses et graves objections.
L'on ne s'étonnera pas si nous répondons que tout n'est pas sans défaut dans cet ensemble, colossal pour l'époque où la collection parut et où les autres parties, publiées plus tard ou demeurées inédites, furent composées.
Dès l'origine, les critiques ne manquèrent pas. Les catholiques firent à l'œuvre un accueil des plus favo-
rables. Malgré quelques réserves de Longuerue ou de Le Quien, Topinion générale fut satisfaite et la démonstration parut convaincante. Le rédacteur du Journal des Savants exprimait le sentiment commun en écrivant ces mots : « 11 ne nous reste donc plus qu'à souhaiter que M. Renaudot donne au public les autres ouvrages qu'il a promis sur la discipline, Thistoire et la doctrine des Eglises orientales. Il faut pour développer ces matières, qui ne sont point encore assez éclaircies, une érudition qui ne se trouve pas ordinairement, même dans les personnes qui font profession de science * . »
Il n'en fut pas de même chez les protestants. Les sentiments d'admiration et de bienveillance firent place au mécontentement et au déplaisir. Un long article, envoyé de Cologne, le 27 janvier 1717, sans signature et sans nom d'auteur, parut dans le Journal littéraire de La Haye^ sous le titre de : Défense de la Mémoire de M. Jjudolp. Renaudot, qui ne se faisait pas remarquer par la bienveillance envers les hétérodoxes, surtout quand il les trouvait vantés outre mesure, n'avait pas épargné le célèbre orientaliste allemand dans son Histoire des Patiiarches d'Alexandrie^ ni dans ses dissertations liturgiques. Ludolf s'était occupé d'études éthiopiennes. Les protestants le tenaient en grande estime. Or, Renaudot l'avait nettement accusé de mauvaise foi et d'ignorance '"^ dans les choses ecclésiastiques et reli-