‹ L'Abbé Eusèbe RenaudotChapitre 26 sur 138 · LA BIBLIOTHÈQUE DU ROI · texte numérisé non relu

LA BIBLIOTHÈQUE DU ROI

Conseil de conscience, tantôt les ministres envoyaient se rendre compte des difficultés qui surgissaient, » à qui (( Ton recourait pour dénouer sans bruit les conflits ». A côté des abbés influents que Ton récompensait « avec des évêchés », il s'en trouvait d'autres, d'extraction plus humble, qui vivaient modestement, et qui, souples, tenaces, insinuants, s'ingéniaient à discuter officieusement les questions compliquées et délicates où l'on ne voulait pas compromettre le prestige des ambassadeurs. C'est le rôle que paraît avoir joué à Rome l'abbé Bernou.

Connaissant plusieurs langues, incapable de prétentions trop élevées, accoutumé à servir et consentant à se laisser désavouer au besoin, Bernou avait été envoyé à Rome par le ministre et sur la présentation de Renaudot qui demeura, semble-t-il, son intermédiaire auprès de Colbert. Sa mission dura de 1683 à 1686. Elle avait trait à diverses affaires mal définies, concernant le Portugal, notamment à une délimitation pour le compte de ce royaume, entre diverses provinces du Nouveau Monde par les rivières de la Plata et du Parana, et à des discussions touchant le Canada. Le séjour de Bernou à Rome nous a valu sa volumineuse et instructive correspondance.

Honnête homme, d'ambitions modestes, fort sensible aux aises de la vie et aux douceurs de l'amitié, tout dévoué à son maître, près duquel il avait rempli quelque temps les fonctions de secrétaire, il tenait l'abbé Renaudot au courant des petites nouvelles de Rome. Mais le plus grand intérêt de ses lettres consiste en ce qu'elles nous font connaître le caractère intime de son maître et surtout son rôle politique.

La réalité et l'importance du rôle politique de Tabbé Renaudot n'étaient pas ignorées de ses contemporains. Gros de Boze Taffirme très clairement : « Le roi trouva bon que ses ministres lui communiquassent certaines affaires, et lussent ses mémoires au ConseiP. » Niceron s'exprime de même, et Moréri dit encore plus explicitement que Tarchevêque de Reims, Le Tellier, patronnait Renaudot pour la charge de Bibliothécaire du roi, pour le remercier des services rendus en diverses questions diplomatiques.

Ce rôle diplomatique, pour n'avoir pas été très apparent, n'en fut cependant pas moins important. Nous nous bornerons ici à en esquisser les principaux traits et à montrer comment le savant sut profiter des relations que lui créèrent ses fonctions de diplomate. L'Angleterre fut le pays dont les affaires occupèrent la plus grande place dans la vie de Renaudot. La Révolution de 1688 avait renversé Jacques IL Le monarque détrôné avait accepté l'hospitalité que Louis XIV lui offrait au château de Saint-Germain. Il espérait entretenir par de fréquentes missions les sentiments de loyalisme de ses partisans. C'est vers ce temps que le rôle politique de Renaudot, réduit jusqu'alors à des proportions assez

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