Il s'agit du libellé des Trente-neuf articles
plusieurs formules, il est facile de constater que Renaudot était parfaitement informé sur les questions religieuses d'Angleterre ^ Bossuet tint compte de cette lettre, soit dans le livre VII de V Histoire des Variations, où il oppose les différences doctrinales qui séparent Edouard VI d'Elisabeth, au sujet de la présence réelle, soit dans le dixième livre, où il oppose la Confession de foi des Covenanlers écossais rebelles à celle qui fut rédigée par ordre de Charles II au nom de TÉglise anglicane.
Nous avons quelques motifs de penser que ce fut encore Bossuet qui demanda à Renaudot une autre dissertation, non moins importante, sur une des questions les plus graves que soulevait la situation religieuse de l'Angleterre : celle de la validité des ordinations anglicanes. Elle était alors l'objet de vives discussions. En 1685, le Saint-Office avait eu à résoudre un cas récent. Un calviniste français, pendant un séjour à Londres, avait été ordonné diacre et prêtre suivant le rite du Prayer Book d'Edouard VI. De retour en France, touché parla grâce divine, il se convertit au catholicisme et manifesta le désir de se marier. On se demanda si les ordres reçus selon le rituel anglican ne constituaient pas un empêche-
1. Voir la lettre dans Z?os.sMe/, éd. Lâchât, t. XXX, p. 513 et suiv.
ment dirimarit à son mariage. Malgré le vœu unanime des consulteurs commis à cette cause, qui avaient conclu pour la négative, le Saint-Office, pour divers motifs d'ordre politique, refusa de se prononcer. Mais, au dehors, on continuait de discuter. Bossuet demanda l'avis de Renaudot. Nous n'avons pas la réponse que celui-ci dut faire à l'évêque de Meaux. Le mémoire « sur la confirmation et l'ordination que l'on reçoit dans l'Eglise anglicane », qui se trouve dans les papiers de Renaudot, date de 1695 ; une note marginale, de la main de l'auteur, donne, au-dessous de la date, le renseignement suivant : « Pour réponse à une question posée par M. l'abbé de Noailles, pour savoir si on devait donner la confirmation à une personne qui l'aurait reçue dans l'Église anglicane ». Nous savons toutefois par Le Quien^ que, selon Renaudot, la confirmation des Anglais n'était pas un sacrement, non seulement parce qu'ils l'ont retranchée du nombre de ceux que Jésus-Christ a institués et parce qu'ils ne pratiquent pas fonction sur les confirmés, mais surtout à cause du défaut de consécration des évoques et des ministres inférieurs. La réponse à Bossuet sur les ordinations dut précéder ce mémoire à l'abbé de Noailles sur la confirmation. L'auteur deV Histoire des Variations s'en inspirait peut-être, dans son livre X^, lorsqu'il s'exprima en paroles hautaines et méprisantes, sur les évêques anglais séparés de l'Eglise, qui demandent au Parlement la solution de leurs doutes, et auxquels le Parlement répond, en 1559, « par un arrêt qui autorisait
1. Michel Le Quien (1661-1733), dominicain, ami et l'un des exécuteurs testamentaires de Renaudot. Il publia un ouvrage sur la Nullité des Ordinations anglicaties. Paris, 1725, 2 vol. in-12.
le cérémonial des ordinations joint avec la litiirg-ie d'Edouard : de sorte que si le Parlement n'avait pas fait ces actes, l'ordination de tout le clergé serait demeurée douteuse ».
Dans le mémoire adressé à l'abbé de Noailles, le sujet des ordinations est aussi traité brièvement, en cinq pages', à la suite de celui do la confirmation. L'auteur constate que les ordinations faites suivant l'Ordinal d'Edouard VI furent déclarées nulles, en 1553, attendu que la forme était insuffisante pour le sacre des évêques, et que, pour l'ordination presbytérale, on doit affirmer la même insuffisance, « parce qu'il n'est point parlé, dans la forme, du pouvoir d'offrir l'Eucharistie ^ ». Ce bref mémoire reçut dans la suite de plus amples développements. Une nouvelle rédaction, qui ne nous est pas parvenue en manuscrit, subit diverses vicissitudes et donna lieu à de très vives discussions. Le libraire de Renaudot, Jean-Baptiste Coignard, venait d'éditer l'ouvrage d'un prêtre irlandais, l'abbé Gould-^, qui s'était adonné tout entier à la conversion des calvinistes dans le Poitou. Le volume était intitulé : La véritable croyance de t Eglise catholique^ et les preuves de tous les points de sa doctrine^ fondées sur V Écriture- Sainte. Il eut quelque succès, et on allait en donner une nouvelle édition en 1719, lorsque Coignard, apprenant que Tabbé Renaudot avait composé toute une dissertation sur la question des ordinations anglicanes, le pria de lui en donner un abrégé pour