‹ L'Abbé Eusèbe RenaudotChapitre 39 sur 138 · RICHARD SIMON · texte numérisé non relu

RICHARD SIMON

Ilenaudot professait à Juilly au moment où Richard Simon publiait, en 1671, sous le titre de Fides Ecclesiœ orientalis^ une traduction latine, annotée, des opuscules grecs de Gabriel de Philadelphie, qu'il présentait comme un supplément au premier volume de la Perpétuité de la Foi^ destiné à corriger les erreurs que Nicole et Arnauld y avaient laissées. Le professeur de Juilly, que ses relations de famille, ses tendances jansénistes et son intérêt inclinaient vers Port-Royal, dut être vivement piqué par cette prétention blessante. De plus, Richard Simon donnait aux paroles de la consécration chez les Grecs une explication qui déplut à son confrère, et que celui-ci se proposait de réfuter. Richard Simon ne tint aucun compte des récriminations de Renaudot. En 1682, la Fides Ecclesiœ orientalis fut rééditée sans correction. La traduction du Voyage de Jérôme Dandini au mont Liban, publiée par Simon en 1675, n'avait pas été jugée exacte par Renaudot. Cette diversité d'opinions avait élevé une barrière entre les deux savants.

Au simple point de vue scientifique, Renaudot aurait peut-être consenti à admettre quelques-unes des propositions, bien osées et bien imprudentes pour l'époque, contenues dans Y Histoire critique du Vieux Testament ; mais il avait l'âme trop religieuse pour ne pas sentir tout le danger de théories qui enlevaient à Moïse la composition du Pentateuque pour en reporter l'honneur à Esdras et aux scribes de la Grande Synagogue. Son système théologique était complètement bouleversé par ces nouvelles théories sur une matière qu'il n'avait pas spécialement étudiée.

Renaudot fut Fim des premiers à connaître Touvrage où elles étaient formulées ^ Jl servit d'intermédiaire entre Bossuet et l'abbé Pirot, censeur du livre, et d'autre part entre Bossuet et Richard Simon. Son intervention retarda l'apparition de V Histoire critique du Vieux Testament. Le volume allait paraître dans les premiers mois de 1678; et Billaine, le libraire, qui en achevait l'impression, publia la table des chapitres, ou sommaire du livre, pour l'envoyer dans les pays étrangers. Nicolas Thoynard s'en procura un exemplaire et l'envoya aussitôt à Renaudot, que sa situation mettait en relations quotidiennes avec Bossuet, encore précepteur du dauphin^. Bossuet reçut l'avertissement le Jeudi-Saint.

Le jour même, il se transporta chez le chancelier Le Tellier, qui donna l'ordre au lieutenant de police La Reynie de saisir tous les exemplaires. Puis on commença un nouvel examen du livre. La conclusion fut que l'on devait demander à l'auteur des corrections. Il ne s'agissait pas de rejeter toute la Critique du Vieux Testament^ mais seulement de modifier les endroits qui tendaient à affaiblir l'authenticité des Livres saints**, en

1. Voir Perpéluilé de la Foi, édit. de 1782, t. V, 1. IX, cap. ix,p. 028.

2. Tel est le récit fait par R. Simon lui-même, dans la Critique de la Bibliothèque desauteurs ecclésiastiques. (Lepassage est cité par M. de IjaRroise. Bossuet et la Bible, p. 338.) De Beausset dans son Histoire de Bossuet, 1. XII, n. 22, dit que l'évêque de Gondom « avait été instruit par le D'' Arnauld ». C'est inexact. A propos de la publication du Nouveau Testament de Trévoux, l'évoque de Meaux écrivait à Malézieu (le 19 mai 1702) : « Il m'arrive ici ce qui m'arriva avec feu M. le chancelier Le Tellier, au sujet de [a Critique de l'Ancien Testament du même auteur. Ce livre allait paraître dans quatre jours, avec toutes les marques de l'approbation et de l'autorité publique. J'en fus averti très à propos par un homme très instruit, et qui savait pour le moins aussi bien les lanf/ues que notre auteur. Il m'envoya un index et ensuite une préface », etc. L'hounne (lui savait « pour le moins aussi bien les angues » que Richard Simon, ne peut être que Renaudot.

3. Lettre de Bossuet à l'abbé Berlin, 10 mai 17U2. L,achat, t.XXVlI,p. 2(J0,

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réservant ce qui était bon et utile. Renaudot assistait aux conférences tenues sur ce sujet entre Bossuet et le P. Simon. En sa présence, Fauteur de V Histoire critique en avait retranché tout ce qui scandalisait les catholiques (* et même les protestants^ ». Mieux encore, si Ton en croit Bossuet, il reconnut si bien le danger qu'il y avait à laisser subsister son œuvre « qu'il m'offrit, parlant à moi-même, de réfuter son ouvrage '-^ ». Renaudot, désireux d'occuper l'esprit toujours inquiet de son ancien confrère et de le conserver à l'Eglise, proposa « de l'employer à traduire et à faire imprimer plusieurs traités des Grecs schismatiques contre les Latins, parce que nos théologiens ne savent ordinairement pas les principaux raisonnements ni les autorités dont les schismatiques se servent, dans les points sur lesquels on dispute avec eux depuis si longtemps^ ». Mais le caractère de Richard Simon n'était pas à la hauteur de son intelligence. Il fit des promesses bientôt oubliées. Le lieutenant de police reçut l'ordre de faire brûler l'édition entière. Quelques exemplaires échappèrent; l'un d'eux, envoyé par Simon en Angleterre et de là en Hollande, servit de base à l'édition de Rotterdam, qui parut en 1685. Renaudot fut très mécontent de son insuccès. Une nouvelle audace de son ancien confrère mit le comble à son irritation.

En 1682, un petit volume ayant pour titre Antiquitates Ecclesiœ orientalis paraissait à Londres. On y trouvait, comme une sorte de préface aux lettres

1. Perpétuité de la Foi, préface du tome IV, édit. de i782, p. 12.

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