RICHARD SIMON
dire tous les amis de Renaudot. I^e 5 août suivant, un arrêt du Conseil supprimait le volume dénoncé.
Une amitié aussi fidèle est assurément digne d'admiration. Mais on ne saurait trop regretter les persécutions dont Richard Simon fut la victime. Il eût mieux valu réfuter ses prétendues erreurs ou ses allégations téméraires que supprimer ses œuvres. Tout n'était pas mauvais dans les nouveautés qui soulevaient alors l'opinion publique. Plusieurs de ces théories si longtemps condamnées sont aujourd'hui universellement reçues. Personne n'oserait plus traiter d'hérétique celui qui admet que le Pentateuque n'est pas sorti tel que nous l'avons des mains de Moïse. Il nous est permis de préférer la version grecque des Septante au texte hébreu, ou d'affirmer que le décret du concile de Trente sur la valeur authentique de la Vulgate et son usage dans les discussions doctrinales a un caractère plus disciplinaire que dogmatique. La sévérité de Bossuet fut grandement nuisible aux études bibliques chez les catholiques. Quels que fussent les défauts personnels de Simon et même parfois ceux de sa méthode, Bossuet n'est pas sans reproche. 11 n'a nullement « mis en poudre », comme il disait à Ledieu, les arguments de son adversaire. Renaudot, qui paraît être demeuré étranger aux questions d'exégèse, crut confondre l'auteur des Histoires critiques en lui reprochant de n'être pas très versé dans l'arabe, le copte et le syriaque ^ C'était insuffisant.
1. Les reproches que l'on peut faire à Bossuet sur cette question sont clairement résumés dans le livre de M. de la Broise : Bossiœl et la Bible, chap. X. p. 355 et suiv.
Dans l'affaire du quiélisme, Keiiaudot paraît, à tilre d'ami de Bossuet, comme intermédiaire entre Tévequede Meaux et le nonce. Parfois il communiquait à Bossuet les nouvelles reçues par le nonce, et réciproquement ', il leur transmettait à 1 un et à lautre, les informations que ses correspondants particuliers lui donnaient sur les manœuvres des partisans de Fénelon ^.
Quand les correspondances destinées à la Gazette apportaient à Renaudot des nouvelles sur les affaires religieuses, il s'empressait d'ordinaire d'en faire part à Bossuet ^ Ainsi l'évêque de Meaux lui écrivait le
1. Cf. Œuvres complètes de Bossuel, éd. Lâchât, t. XXIX, p. 1, 72, 364,
47i, etc.
'>. Ibid.. p. 123, 380, lettres de Bossuet à Renaudot.
3. Lettre de Renaudot à Bossuet, op, cit., t. XXX, p. 293. - Le billet suivant de Bossuet permet de croire que le rôle de l'abbé Renaudot n était pas celui d'un simple confident, et que Bossuet prenait ses avis sur les controverses pendantes.
A Meaux, 11 avril 1699.
« J'ai reçu ce matin. Monsieur, avant mon départ pour Issy, le paquet que vous m'avez envové, et je vous en rends grâces très humbles. J aurais bien voulu conférer un moment avec vous sur ce sujet-là. Mais cela se pourra faire une autre fois, puisque je serai sans faute, s'il plaît a Dieu, a Pans, le mercredi après Pâques. Je vous supplie, en attendant, de vouloir nien témoigner à M. le Nonce que plus je reçois de lettres de mon neveu et de mes amis, plus je vois sensiblement l'obligation extrême que nous lui avons Vous ne sauriez trop lui en marquer ma reconnaissance. On ne peut point être longtemps sans recevoir la soumission de M. 1 archevêque de Cambray ; je ne doute point (lu'ellc ne soit comme il faut, et j en prie