Bossuet, op. cit., t. XXX, p. 5U0-51U
gieuses occupaient le premier rang dans la pensée de Renaudot.
Son zèle pour la foi et la curiosité naturelle de son esprit attiraient son attention sur tout ce qui touchait, de près ou de loin, à la doctrine catholique et à Fhistoire de son développement.
C'est à ce double sentiment que nous devons attribuer l'intérêt et la part qu'il prit à la querelle sur les Rites chinois.
Ici encore son sentiment fut d'accord avec celui de Bossuet ; il prit la défense des prêtres des Missions Etrangères contre lesjésuites. L'antipathie qu'il professait à l'endroit de ces derniers n'avait fait que se fortifier avec les années. 11 ne pouvait oublier ni leurs menées contre Port-Royal, ni la faveur que quelques-uns d'entre eux avaient témoignée à Ricliard Simon. L'auteur de V Histoire critique du Vieux Testament avait en effet obtenu le privilège officiel d'imprimer, et même la permission de dédier son ouvrage au roi, par l'entremise de deux jésuites, les PP. Verjus et de La Chaise. Au reste, Renaudot partageait sur ce point l'opinion de beaucoup d'hommes des plus estimables, surtout parmi les prélats et les ecclésiastiques de France, qui voyaient les Jésuites d'assez mauvais œil.
Les griefs contre ceux-ci ne manquaient pas. On
supportait slyqc déplaisir leur présence à la (^our et rinfluence qu'ils exerçaient en qualité de confesseurs des rois depuis Henri IV. On accusait de laxisme leur attachement si vif au probabilisme, malgré Fintervention du Saint-Siège, malgré leur Général, le P. ïhyrse Gonzalez, partisan du probabiliorisme avec deux ou trois autres de ses confrères, et malgré la tendance nettement marquée du clergé de France et de la Sorbonne vers les opinions plus sévères. On s'accordait toutefois à reconnaître leur savoir faire et leur habileté. Le succès même de leurs œuvres et de leurs missions provoquait la malignité du public , et on faisait courir les bruits les plus fantaisistes sur les richesses fabuleuses que leur procuraient, disait-on, leurs missions dans le Nouveau monde. Tandis que Saint-Simon écrivait sa maligne tartine sur le chocolat des Jésuites ^ , Renaudot se plaisait à raconter des histoires comme celle-ci : « Les Jésuites de l'Amérique méridionale font dans dix-sept réductions ou missions [en marge : sur la rivière de Parana) un prodigieux trafic de la bonne lierhe dont ils chargent des flottes entières pour Santa-Fé, où les négociants de Buenos-Ayres les vont prendre au prix courant de cinq écus l'arrobe, qui est le poids de vingt-cinq livres... On tient pour certain dans le pays qu'ils ont des mines d'or qu'ils tiennent cachées fort soigneusement"^. »
Par contre, les prêtres des Missions Etrangères étaient
\. Mémoires, é^ViX. de Boislisle, t. VIII, p. 5i-57.
2. Mss. Renaudot, t. XXXIII, f. 363 v». Lîihonne Ae/'ie, ajjpclée aussi tludes Jcsuiles, thé du Purafjiiay, est très employée dans l'Amérique centrale, en infusion, comme Loisson stimulante, plus excitante que le thé et le café.
bien vus du clergé de France. En 1685, le jour de TEpiphanie, Fénelon avait prononcé dans la crypte de leur église son magnifique sermon sur la vocation des Gentils. Bossuet lui-même comptait parmi les premiers amis du séminaire. Il y avait donné le sermon de circonstance, lors de l'installation de MM. Gazil et Poitevin, comme supérieurs, le 27 octobre dG6,*J^ Il n'y a donc pas lieu de s'étonner si l'évêque de Meaux, fidèle à ses premières amitiés, appuyait de tout son crédit les prêtres des Missions Etrangères dans leurs controverses avec la Compagnie de Jésus.
L'abbé Kenaudot s'intéressait vivement à la question. Ses études sur les Eglises nestoriennes et un autre travail commencé depuis quelque temps, et qui parut dans la suite sous le titre d'A7îcïe7ines Relations des Indes et de la Chine, l'avaient amené à s'occuper de l'Extrême- Orient. Ses papiers contiennentles pièces les plus importantes de la discussion des Rites. Il s'agissait de savoir si l'on pouvait accepter comme exempts d'idolâtrie, et permettre aux chrétiens, « le culte de Confucius, les honneurs rendus aux morts et les noms donnés à Dieu par les Chinois"^». En général, les Jésuites étaient en faveur des rites chinois ; les Dominicains et les Franciscains étaient presque tous d'un avis contraire. M.Maigrot^, vicaire apostolique du Fokien, après une étude longue et sérieuse de la question, faite avec toute la
1. Il avait pris pour texte ces paroles du Psalmiste : Parnlum cor meum Detis, paratum cor meum. Ce sermon est perdu pour nous. Cf. A. Launay, Histoire de la Société des Missio7is étrangères, t. I, p. 79.